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Syndicats à Matignon : l'ordre public ne suffira pas à éteindre la colère sociale

Reçus mercredi par Sébastien Lecornu, les syndicats sont ressortis déçus, sans mesure sur les salaires ni sur la vie chère. À quinze jours de la grève du 5 novembre, le gouvernement doit choisir entre gérer la crise et y répondre.

Par La Rédaction LSRPublié le 21 octobre 2026 à 16:37· 4 min de lecture
L'hôtel de Matignon, résidence du Premier ministre, rue de Varenne à Paris (2017).
L'hôtel de Matignon, résidence du Premier ministre, rue de Varenne à Paris (2017). — Crédit : Photo : ScareCriterion12, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mercredi matin, Sébastien Lecornu a reçu les organisations syndicales à Matignon, quatre jours après les manifestations du 17 octobre et leurs graves débordements. La réunion a duré deux heures et demie, selon la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. À la sortie, le constat est partagé par presque tous les participants : beaucoup de méthode, peu de réponses.

Une réunion centrée sur l'ordre public

D'après Public Sénat, la CFDT, la CGT, FO, la CFTC, la CFE-CGC, l'UNSA et la FSU étaient présentes, aux côtés de représentants de la police et de la gendarmerie. Quatre ministres entouraient le Premier ministre : David Amiel (Comptes publics), Jean-Pierre Farandou (Travail), Édouard Geffray (Éducation nationale) et Laurent Nuñez (Intérieur). Dans son courrier d'invitation, cité par LCP, Sébastien Lecornu indiquait vouloir examiner les moyens de garantir la liberté de manifester, que certains chercheraient à détourner par des actes inacceptables.

Les organisations lycéennes et étudiantes n'étaient pas conviées, ce que la CFDT et la CGT ont déploré, selon l'AFP. Le mouvement lycéen, parti de la banlieue parisienne le 18 septembre, a pourtant touché plus d'un quart des lycées et une trentaine d'universités, d'après la même agence.

Le contexte reste tendu. Selon les premières estimations gouvernementales relayées par l'AFP, environ 3 000 commerces ont été attaqués le 17 octobre. Des couvre-feux localisés ont été décidés à Paris, Lille, Lyon ou Marseille. Une nouvelle manifestation est annoncée samedi 24 octobre à l'appel de la coordination des gilets jaunes, puis une journée de grève intersyndicale le 5 novembre.

Des syndicats unanimement déçus

Sophie Binet a affirmé que le gouvernement n'avait annoncé « aucune mesure » et n'avait retenu aucune des revendications de la CGT, rapporte Public Sénat. Avant la réunion, la centrale demandait une hausse de 10 % du Smic, l'indexation des salaires sur les prix, des moyens pour les services publics et une revalorisation des fonctionnaires. Elle appelle désormais à tenir des assemblées générales dans les entreprises pour prolonger la grève au-delà du 5 novembre.

La CFDT, plus prudente sur la forme, n'est pas moins sévère sur le fond. Sa secrétaire générale, Marylise Léon, juge le gouvernement « pas vraiment dans le tempo » et estime impératif que des réponses sociales arrivent d'ici le 5 novembre, notamment sur les salaires. Le président de la CFTC, Cyril Chabanier, a parlé d'une réunion « très décevante », tout en relevant une ouverture sur le Smic. Sophie Vénétitay, pour le Snes-FSU, repart avec « un calendrier et une méthode », dont une réunion lundi prochain sur la consultation des élèves.

Les arguments du gouvernement

Il faut entendre la position de l'exécutif. Au lendemain de pillages d'une ampleur rare, la première responsabilité de l'État est de protéger les personnes, les commerces et le droit de manifester lui-même. Sébastien Lecornu a reconnu, selon l'AFP, un dispositif policier trop statique le 17 octobre et dénonce un « schéma insurrectionnel » qu'il attribue à des groupuscules d'ultragauche. Depuis Doha, Emmanuel Macron a appelé à la fermeté, estimant, selon plusieurs médias, que « la main ne doit pas trembler au sommet de l'État ». Le gouvernement fait aussi valoir des gestes concrets : un prêt à taux zéro plafonné à 50 000 euros pour les commerces sinistrés, et un dialogue confié à Jean-Pierre Farandou sur le pouvoir d'achat.

Ces arguments sont sérieux. Mais ils ne répondent qu'à la moitié de la question. Le cadrage sécuritaire est d'ailleurs lui-même contesté : Mediapart a rapporté le 19 octobre le témoignage d'un agent du renseignement territorial affirmant qu'une consigne aurait demandé de désigner La France insoumise comme instigatrice du mouvement. Le ministère de l'Intérieur a démenti toute consigne de ce type, et le Premier ministre a jugé « fausse » l'idée d'un renseignement politique. Les groupes de l'Assemblée se sont accordés sur une commission d'enquête : c'est le bon lieu pour établir les faits.

La vie chère, angle mort de Matignon

Le cœur du malaise est connu. D'après l'INSEE, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août. L'énergie, en hausse de 21,3 % sur un an, en est le principal moteur. Pour les ménages modestes, qui consacrent une part plus lourde de leur budget au logement, au chauffage et au carburant, cette hausse n'est pas une statistique : c'est une fin de mois.

Dans ces conditions, convoquer les syndicats pour parler d'abord de maintien de l'ordre revient à inverser l'ordre des priorités. Une tradition gaulliste, celle de la participation et du dialogue avec les corps intermédiaires, enseigne que la cohésion nationale ne se rétablit pas seulement par la force publique. Elle se reconstruit quand chacun a le sentiment que l'effort est partagé. Le Medef lui-même, par la voix de Patrick Martin, reproche à l'État sa défaillance face aux pertes des commerçants : la colère dépasse les clivages habituels.

Quinze jours pour changer de pied

Le gouvernement dispose de quinze jours avant le 5 novembre. Il peut les employer à préparer un nouveau dispositif policier, ce qui est nécessaire. Il peut aussi les employer à ouvrir une vraie négociation : une conférence sur les salaires et le Smic, un bouclier ciblé sur l'énergie pour les ménages modestes, et un dialogue direct avec les représentants lycéens et étudiants, que Matignon n'a pas encore reçus. Les partis politiques sont attendus jeudi rue de Varenne : ce sera un premier test.

Une question reste ouverte. Faut-il attendre que la rue impose son calendrier, ou l'État saura-t-il, cette fois, prendre les devants ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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