17-Octobre, suite : partis à Matignon, renseignement à l'Élysée, l'État doit d'abord établir les faits
Ce jeudi, Emmanuel Macron réunit les services de renseignement et Sébastien Lecornu reçoit les partis, deux jours avant une nouvelle mobilisation. Face aux accusations croisées, l'exécutif ne retrouvera la confiance qu'en rendant publics et vérifiables les faits du 17 octobre.

Cinq jours après les violences et les pillages qui ont suivi la mobilisation du 17 octobre, l'exécutif ouvre ce jeudi deux réunions qui disent beaucoup de la crise en cours. Le matin, le président de la République réunit les services de renseignement et les ministres concernés. Dans la journée, le Premier ministre reçoit les partis à Matignon. Deux jours avant une nouvelle journée de mobilisation, le samedi 24 octobre, l'enjeu dépasse le maintien de l'ordre : il s'agit de savoir si l'État peut encore produire un récit partagé des faits.
Les faits
Mercredi, depuis Doha, au terme d'une tournée dans le Golfe, Emmanuel Macron a annoncé une réunion jeudi matin avec les services de renseignement, le Premier ministre et les ministres concernés, afin d'obtenir un compte rendu détaillé des événements, rapporte Actu17. Le chef de l'État a parlé de transparence. Il a jugé l'état d'urgence inutile à ce stade, sans l'exclure, et a déclaré ne voir aucune ingérence étrangère visible dans les violences, tout en dénonçant une manipulation de l'information après coup, notamment par des images générées par intelligence artificielle. Selon une dépêche reprise par Boursorama, la « fermeté » reste le mot d'ordre de l'exécutif.
À Matignon, Sébastien Lecornu reçoit les chefs de partis et les présidents de groupes parlementaires, indique Public Sénat. D'après Le JDD, l'ordre du jour porte sur l'évolution de la doctrine de maintien de l'ordre et sur la sécurité des meetings de la campagne présidentielle, en présence du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Dans sa lettre d'invitation, citée par l'AFP, le Premier ministre écrit que ni désaccord, ni colère, ni ambition politique ne peut justifier la violence.
Cette séquence s'ouvre sur fond de soupçon. Le 19 octobre, Mediapart a publié le témoignage d'un commissaire du renseignement territorial. Selon le journal, des échanges écrits datés du 18 octobre montrent qu'il lui aurait été demandé d'écrire que La France insoumise était derrière le mouvement, une thèse qu'il juge « objectivement faux » de l'avis général de ses collègues. Le ministère de l'Intérieur dément toute consigne de ce type. À l'Assemblée, mardi, Laurent Nuñez a répondu « C'est faux ! » à Manuel Bompard, rapporte LCP, et Sébastien Lecornu a jugé une telle instruction « impensable ». LFI a fait savoir qu'elle voulait poursuivre le ministre en justice, selon Le Figaro.
Les positions en présence
Le gouvernement assume une ligne de fermeté et accuse une partie de la gauche radicale de complaisance. Mercredi au Sénat, selon Public Sénat, Sébastien Lecornu a affirmé que l'extrême gauche et l'ultragauche cherchaient à « polluer l'élection présidentielle ». Il a aussi reconnu, la veille, une défaillance des services :
Notre renseignement a vu beaucoup de choses, mais pas tout. — Sébastien Lecornu
À l'autre bout, Jean-Luc Mélenchon a prévenu qu'il participerait à la réunion pour la « pourrir », selon l'AFP et le HuffPost, et dénonce une manière de traiter les oppositions « au fouet ». Le Rassemblement national sera représenté, mais ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella ne feront le déplacement ; ce dernier a raillé un « conseil de classe », d'après l'AFP. Gabriel Attal dit, selon Le JDD, ne pas avoir compris la démarche.
Entre ces pôles, la gauche de gouvernement tente une autre voie. Marine Tondelier viendra, mais regrette que la lettre ignore la sortie de la crise sociale, rapporte l'AFP. Le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, accompagnera Olivier Faure, Boris Vallaud et Raphaël Glucksmann avec, selon Public Sénat, des propositions présentées comme « un agenda pour sortir de la crise » : économie, social, institutions, collectivités.
L'analyse
Il faut d'abord rendre justice à la démarche. Réunir les forces politiques après des violences graves, à six mois d'une présidentielle, relève du sens de l'État. Le général de Gaulle comme Jacques Chirac savaient que l'autorité ne se résume pas à la force : elle suppose que chacun reconnaisse les règles du jeu. Condamner sans ambiguïté les pillages et protéger les meetings de tous les candidats est un minimum républicain que personne ne devrait refuser.
Mais une réunion ne produit de la confiance que si les faits sont établis. Or deux récits s'affrontent. Le gouvernement désigne une ultragauche organisée et pointe la proximité de certains élus insoumis avec des groupuscules. Mediapart rapporte qu'un cadre du renseignement aurait reçu l'ordre d'écrire une thèse qu'il jugeait fausse. Rien, à ce stade, ne permet de trancher : le témoignage est anonyme, le démenti est formel. C'est précisément pour cela que la parole du ministre ne peut suffire. Dans une démocratie, ce n'est pas au soupçonné de s'absoudre lui-même.
Il y a aussi un angle mort. La lettre du Premier ministre parle d'ordre, presque jamais des raisons pour lesquelles des lycéens sont descendus dans la rue : professeurs non remplacés, bâtiments dégradés. Les écologistes et les socialistes ont raison de le rappeler. Une République qui ne répond qu'au désordre finit par convaincre les plus jeunes que seul le désordre se fait entendre.
Conclusion
Le compte rendu demandé par l'Élysée ne doit pas rester dans un tiroir. Il serait sain qu'il soit transmis à la délégation parlementaire au renseignement, où siègent majorité et oppositions, et qu'une inspection indépendante vérifie publiquement les accusations de Mediapart, dans un sens ou dans l'autre. À cette condition, la réunion de Matignon pourra être autre chose qu'un échange de procès d'intention. Et une question reste posée à l'exécutif : quand recevra-t-il les lycéens eux-mêmes ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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