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Ingérences étrangères : à six mois de la présidentielle, le Sénat arme la démocratie, mais pas assez

Le Sénat examine depuis ce mardi un projet de loi contre les ingérences étrangères, alors que près d'une centaine d'opérations auraient déjà visé la campagne présidentielle selon le ministre de l'Intérieur. Un texte utile et consensuel, qui laisse pourtant de côté l'essentiel : la responsabilité des plateformes.

Par La Rédaction LSRPublié le 20 octobre 2026 à 20:28· 5 min de lecture
L'hémicycle du Sénat, au palais du Luxembourg à Paris, vu depuis le plateau et la tribune (2017).
L'hémicycle du Sénat, au palais du Luxembourg à Paris, vu depuis le plateau et la tribune (2017). — Crédit : Photo : Soleil1409, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

À six mois de l'élection présidentielle, le gouvernement a défendu ce mardi 20 octobre devant le Sénat son projet de loi « relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique ». Le chiffre avancé en ouverture des débats par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, donne la mesure de l'enjeu : selon Public Sénat, près d'une centaine d'opérations numériques étrangères auraient déjà ciblé la campagne depuis l'été.

Les faits

Le texte, adopté en commission le 14 octobre, tient en quelques articles. D'après la synthèse publiée par le Sénat, il crée une procédure de référé permettant à un juge de faire cesser rapidement la diffusion en ligne de fausses informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Il étend à tous les scrutins, y compris locaux, le référé électoral existant. Il alourdit enfin les peines prévues par le code électoral pour la diffusion de fausses nouvelles : jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, contre un an et 15 000 euros aujourd'hui, et jusqu'à six ans lorsque l'ingérence agit pour le compte d'une puissance étrangère.

Selon le rapport de la commission des lois, Viginum, le service de l'État chargé de détecter les ingérences numériques, a repéré quatre opérations étrangères lors des municipales de mars 2026, dont deux prorusses. Cet été, comme le rapportait LCP, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur de possibles ingérences russes visant Gabriel Attal et Édouard Philippe, après une procédure similaire concernant Raphaël Glucksmann. Ces campagnes étaient alors attribuées, selon LCP, au mode opératoire prorusse dit « Matriochka ».

La France aurait tort de se croire à l'abri, elle est même une cible privilégiée. — Laurent Nuñez, au Sénat

Le précédent roumain hante les esprits. Le rapport sénatorial rappelle qu'en 2024, un candidat crédité de moins de 1 % des intentions de vote quatre semaines avant le scrutin est arrivé en tête du premier tour avec près de 23 %, avant que l'élection ne soit annulée.

Les positions en présence

Sur le principe, le texte fait consensus. Mais beaucoup le jugent trop modeste. Selon l'AFP, reprise par Boursorama, le projet de loi est considéré comme trop limité au regard des enjeux d'une campagne présidentielle. Le ministre lui-même a reconnu, d'après Public Sénat, qu'il ne prétend pas régler seul la menace et vient compléter l'arsenal existant.

La commission des lois, présidée par la rapporteure Muriel Jourda (Les Républicains), a recentré le référé sur les contenus diffusés par ou pour le compte d'une puissance ou d'une organisation étrangère, et imposé au juge de statuer sous 48 heures. Le rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères, le socialiste Rachid Temal, a proposé d'interdire le recours rémunéré aux influenceurs pendant la campagne, de renforcer le contrôle de l'origine des fonds prêtés aux candidats et de porter de trois à six mois la période de protection avant un scrutin. Plusieurs sénateurs, selon Public Sénat, veulent aussi responsabiliser davantage les plateformes, et le centriste Laurent Lafon souhaite créer une infraction visant les développeurs d'intelligence artificielle dont les modèles auraient porté atteinte au débat démocratique.

Une autre ligne de prudence existe, celle des libertés. Dans son avis du 16 juillet, le Conseil d'État a jugé le dispositif proportionné, grâce à l'intervention d'un juge, au contradictoire et à des critères cumulatifs stricts : fausseté manifeste, diffusion délibérée, massive et artificielle. Il a toutefois relevé que le texte débordait les seules ingérences étrangères, ce que la commission a corrigé.

L'analyse

Ce débat pose la question au bon niveau, celui de la souveraineté. Une élection présidentielle est le moment où la Nation choisit, seule, qui l'incarnera. Qu'une puissance étrangère achète des vues ou imite des sites de presse locale, c'est une atteinte directe à la cohésion nationale. La tradition gaulliste l'a toujours su : l'indépendance ne se défend pas seulement aux frontières.

Mais il faut regarder l'outil avec lucidité. Le Conseil d'État lui-même émet des doutes sur son efficacité : une décision de justice, même rapide, risque d'arriver après la propagation du mensonge, et le référé créé en 2018 n'a été utilisé que deux fois en près de huit ans, selon le rapport du Sénat. Alourdir les peines contre des opérateurs installés hors de France aura un effet dissuasif limité. Le cœur du problème se trouve ailleurs : dans le modèle économique de plateformes qui amplifient ce qui fait réagir, vrai ou faux. Le rapport sénatorial cite une fausse vidéo de coup d'État vue environ 14 millions de fois, dont Meta aurait refusé le retrait.

La réponse la plus solide n'est donc pas seulement pénale. Elle passe par l'application ferme du règlement européen sur les services numériques, l'échelon européen étant seul capable de peser face aux grandes plateformes. Elle passe aussi par un investissement public durable : des moyens pour Viginum, pour l'éducation aux médias à l'école, pour une presse indépendante et un service public de l'information solide. La meilleure défense contre la manipulation reste un citoyen informé.

Il faut enfin veiller à ce que la lutte contre les fausses nouvelles ne devienne jamais un instrument contre la critique légitime. Le recentrage sur l'origine étrangère des contenus va dans le bon sens et doit être maintenu jusqu'au bout de la navette.

Conclusion

Ce projet de loi est utile, mais il arrive tard et reste étroit. D'ici avril, la question est simple : l'État se donnera-t-il les moyens, humains et européens, d'imposer aux plateformes une vraie transparence sur les campagnes qu'elles amplifient, ou se contentera-t-il de punir après coup des auteurs hors d'atteinte ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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