À Oslo, l'Europe tente de garder l'Ukraine à la table face au virage de Trump
Volodymyr Zelensky a entamé ce mardi en Norvège des discussions avec l'émissaire américain Steve Witkoff, en présence de représentants européens, avant un possible déplacement de ce dernier à Moscou. Entre l'accord sur le diesel russe et des missiles payés par les Européens mais bloqués à Washington, la rencontre révèle surtout la dépendance stratégique de l'Europe.

Les faits
Volodymyr Zelensky a entamé ce mardi 20 octobre à Oslo une série d'entretiens avec l'envoyé spécial américain Steve Witkoff. La rencontre est organisée par le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et le président finlandais Alexander Stubb, comme l'indique le gouvernement norvégien, qui annonce une conférence de presse commune à l'issue des discussions. Jared Kushner, gendre de Donald Trump, devait y participer à distance pour raison de santé, selon Radio Free Europe.
Les Européens ne sont pas restés à la porte. D'après Euronews et le Kyiv Independent, des représentants du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne et de la Pologne, ainsi que de l'Union européenne et de l'OTAN, étaient attendus. La Commission européenne a confirmé avoir été invitée. Selon la RTBF, qui cite le site américain Axios, ces discussions élargies visent à préparer une proposition de paix à présenter à Moscou, où Steve Witkoff espère ensuite rencontrer Vladimir Poutine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit souhaiter qu'une telle rencontre ait lieu très prochainement.
Ce rendez-vous intervient au pire moment des relations entre Kiev et Washington. Lundi, Donald Trump a estimé qu'il était temps que quelqu'un d'autre négocie au nom de l'Ukraine, rapportent la RTBF et Radio Free Europe. Le 9 octobre, il avait annoncé un accord avec Vladimir Poutine sur des livraisons de diesel russe. Comme le détaille Le Grand Continent, le Trésor américain a accordé une licence générale autorisant ces importations jusqu'au 7 avril 2027, une dérogation d'une durée inédite depuis 2022. Volodymyr Zelensky y a vu un cadeau injustifié fait au Kremlin.
S'y ajoute la question des armes. Selon une dépêche de l'agence Belga reprise par La Libre, le président ukrainien a affirmé lundi devant des sénateurs américains que le Pentagone retardait la livraison de missiles déjà payés par des pays européens dans le cadre du programme PURL, dans l'attente d'une signature du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
Les missiles sont prêts. Ils pourraient déjà se trouver en Ukraine. — Volodymyr Zelensky, cité par Belga
Le secrétaire d'État Marco Rubio a assuré que ces retards n'étaient pas délibérés, rapporte le Kyiv Independent. Washington dément par ailleurs avoir modifié sa politique de partage du renseignement.
Les positions en présence
L'administration américaine a ses arguments, et il faut les entendre. Donald Trump reproche aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes de faire grimper le prix des carburants, à quelques semaines des élections de mi-mandat. Selon Al Jazeera, la Maison-Blanche cherche à faire baisser des prix de l'énergie qui ont flambé après la guerre contre l'Iran. Un responsable américain cité par Axios estime que Volodymyr Zelensky a mal calculé en poursuivant ces frappes. Vu de Washington, la priorité serait de sortir d'une guerre coûteuse, quitte à parler directement avec Moscou, et même avec Pékin : Donald Trump se dit prêt à rencontrer Vladimir Poutine et Xi Jinping, mais d'abord pour parler de dénucléarisation.
Kiev répond que céder sur les raffineries sans contrepartie reviendrait à désarmer l'Ukraine face à une Russie qui, elle, ne relâche pas la pression. Les faits lui donnent au moins en partie raison : selon Al Jazeera, des frappes russes sur des installations énergétiques de la région d'Odessa ont privé d'électricité plus de 32 000 familles ce mardi. D'après Euronews, Kiev aurait proposé une pause des frappes contre davantage d'intercepteurs Patriot.
L'analyse
Le rendez-vous d'Oslo dit beaucoup de la place de l'Europe. Elle paie, au sens propre, une partie des armes américaines destinées à l'Ukraine, mais elle ne décide pas de leur livraison. Selon Volodymyr Zelensky, cité par Belga, des pays européens seraient prêts à céder des Patriot de leurs propres stocks et attendent pour cela l'autorisation de Washington. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a reconnu de son côté que la Pologne n'avait plus de Patriot à fournir, note le Kyiv Independent. Ce constat devrait inquiéter Paris autant que Varsovie : une défense européenne qui dépend d'une signature au Pentagone n'est pas une défense souveraine.
L'accord sur le diesel pose une autre question, celle de la cohérence. L'Union européenne maintient depuis février 2023 un embargo sur les produits pétroliers raffinés russes, rappelle Le Grand Continent. Si Washington rouvre la porte, les sanctions européennes perdent une partie de leur force, et Moscou se voit récompensé sans avoir rien cédé. Le même média juge d'ailleurs l'effet sur les prix probablement limité, les raffineries russes tournant bien en dessous de leurs capacités. Le gain pour les automobilistes américains serait donc incertain, le coût diplomatique, lui, bien réel.
Il ne s'agit pas de récuser par principe toute négociation. La tradition gaulliste a toujours préféré le dialogue, même avec l'adversaire, à l'escalade. Mais une paix durable suppose que l'agressé ne soit pas écarté de la table, et que le droit international reste la boussole. Qu'Oslo ait été organisé à la demande de Kiev, comme l'a indiqué Jonas Gahr Støre selon le Kyiv Independent, montre que l'Ukraine cherche des Européens pour l'y maintenir.
Conclusion
La présence des Européens à Oslo est une bonne nouvelle, mais elle ne suffit pas. Si la France et ses partenaires veulent peser sur l'issue de cette guerre, ils devront accélérer la production européenne de défense antiaérienne et parler d'une seule voix sur les sanctions énergétiques. Faute de quoi, la paix en Ukraine risque de se négocier entre Washington et Moscou, et l'Europe d'en payer la facture sans en écrire les termes. Les Vingt-Sept sont-ils prêts à s'en donner les moyens ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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