Attentat de Trappes : la République doit nommer la haine et protéger tous ses enfants
Un mort et cinq blessés : la fusillade de Trappes et La Verrière, vendredi, fait l'objet d'une enquête antiterroriste qui retient un possible mobile raciste. Au-delà de l'unanimité des condamnations, la classe politique doit prouver qu'elle protège avec la même force tous les Français.
Ce que l'on sait
Vendredi 23 octobre, en fin de matinée, un homme a ouvert le feu sur des passants à Trappes, puis dans la commune voisine de La Verrière, dans les Yvelines. Selon l'AFP et l'agence AP, reprises par CBS News, les tirs ont été effectués en rafales depuis une voiture, en plusieurs endroits, dont les abords d'une aire de jeux. L'attaque a duré moins d'un quart d'heure.
Le bilan rapporté par Le Monde fait état d'un mort, un homme de 26 ans, et de cinq blessés, parmi lesquels une fillette de 12 ans. Selon l'AFP, trois agents d'entretien qui nettoyaient une école de La Verrière figurent parmi les victimes grièvement atteintes. Le suspect, un homme de 39 ans, a été interpellé à Coignières par des policiers de la brigade anticriminalité, puis placé en garde à vue. D'après Le Monde, il était connu de la police, mais pas des services de renseignement.
Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête. Selon l'AFP, elle porte sur des assassinats et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante d'un acte commis en raison de l'appartenance, vraie ou supposée, des victimes à une ethnie, une race ou une religion. Toujours selon l'AFP, le suspect aurait déclaré aux policiers vouloir tuer des personnes qu'il considérait comme d'origine étrangère. Ses motivations exactes restent à établir par l'enquête, et il demeure présumé innocent.
Les mots du pouvoir, les mots des partis
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a parlé d'un « crime terroriste » au mobile possiblement raciste, comme le rapporte CBS News. Selon l'agence AP, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a jugé l'affaire très grave. Emmanuel Macron s'est rendu à Trappes dans la soirée. Selon Le Monde, il y a évoqué « un tournant historique dans la vie de notre République » et lancé : « La Nation doit être unie. »
La condamnation a été unanime, mais les mots ont différé. LCP a recensé les réactions. À gauche, Jean-Luc Mélenchon a résumé : « Le racisme tue ». Olivier Faure a appelé à mesurer la gravité des discours qui banalisent le racisme. Marine Tondelier a estimé que la violence des mots précède celle des actes. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, a évoqué selon l'AFP un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe.
À droite et à l'extrême droite, le ton a été plus réservé sur le mobile. Marine Le Pen a dénoncé un « acte barbare » dont les motivations « devront être établies ». Bruno Retailleau a parlé d'une « violence terrifiante », Édouard Philippe a affirmé que le terrorisme doit être combattu sans relâche. Selon L'Express, plusieurs de ces responsables n'ont pas fait référence à un éventuel mobile raciste. Jordan Bardella a salué la rapidité de l'interpellation.
Les présidents des deux chambres ont pris la parole. Yaël Braun-Pivet a évoqué des faits d'une extrême gravité. Le président du Sénat a appelé, selon LCP, à :
retrouver le chemin de l'apaisement et de la paix civile — Gérard Larcher
Nommer les choses, sans les instrumentaliser
La prudence réclamée par une partie de la droite n'est pas illégitime. Une enquête commence, un homme est présumé innocent, et les premières heures d'un drame charrient souvent des erreurs. Attendre les conclusions des enquêteurs, c'est une exigence que ce journal partage : les faits d'abord.
Mais cette prudence a une limite. Le parquet antiterroriste a lui-même retenu la circonstance aggravante liée à l'origine supposée des victimes. Le ministre de l'Intérieur et le chef de l'État ont employé les mots de terrorisme et de racisme. Quand l'autorité judiciaire et l'exécutif nomment la nature probable d'un crime, refuser de la prononcer n'est plus de la retenue, c'est une gêne. Et l'on ne peut pas exiger, à juste titre, la plus grande fermeté face au terrorisme quand il se réclame de l'islamisme, puis hésiter quand il viserait des Français en raison de leur couleur de peau ou de leur religion supposée.
La tradition gaulliste et chiraquienne a toujours tenu cette ligne. La République ne connaît pas de victimes de seconde zone. Jacques Chirac, en refusant en 2002 tout débat avec l'extrême droite, rappelait que certaines idées ne se banalisent pas sans dommage pour la cohésion nationale. Cela ne signifie pas qu'un discours politique serait responsable d'un crime : seule l'enquête dira ce qui a armé ce tireur. Cela signifie que chacun, à sa place, porte la responsabilité du climat qu'il installe.
Il faut aussi regarder le calendrier. L'attaque survient à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation sociale, dans un pays où des couvre-feux et des interdictions de manifester se multiplient, et où le Premier ministre jugeait le même jour la menace « élevée », comme le rapporte Le Monde. Mais la réponse à un attentat raciste ne peut pas être seulement policière. Elle passe par la justice, par l'école, par les services publics dans les quartiers, par la parole des élus.
Une proposition
Trappes est une ville que l'on caricature souvent. Elle est aujourd'hui une ville en deuil, et ses habitants attendent autre chose que des formules. Ce journal propose que le Parlement, au-delà de l'émotion, organise rapidement un débat solennel sur les violences racistes et la menace terroriste sous toutes ses formes, avec un état des lieux des moyens consacrés à la lutte contre la haine et au soutien des victimes. L'unité réclamée par le président de la République ne se décrète pas : elle se prouve, en protégeant avec la même force tous les enfants de la Nation. La classe politique saura-t-elle, cette fois, tenir ce langage commun au-delà de quelques jours ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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