LSR

Attentat de Trappes, suite : la piste psychiatrique ne doit effacer ni le racisme ni les questions à l'État

Le suspect de l'attaque qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi a été placé en observation psychiatrique, tandis que le ministre de l'Intérieur maintient la qualification d'attentat terroriste raciste. Ce lundi soir, la LDH, des associations antiracistes et les syndicats appellent à se rassembler partout en France.

Par La Rédaction LSRPublié le 26 octobre 2026 à 15:35· 5 min de lecture
La mairie de Trappes (Yvelines), photographiée en 2006.
La mairie de Trappes (Yvelines), photographiée en 2006. — Crédit : Photo : Henry Salomé, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Trois jours après l'attaque qui a endeuillé Trappes et La Verrière, l'enquête prend un tour que beaucoup redoutaient. Le principal suspect a quitté la garde à vue pour l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Une évolution procédurale, qui ne dit rien à ce stade de l'issue judiciaire, mais qui relance un débat sensible : comment nommer un crime raciste lorsque son auteur présumé souffrirait de troubles psychiques ?

Les faits

Vendredi 23 octobre, vers 10 heures, un homme a ouvert le feu depuis sa voiture sur plusieurs sites de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines. Selon Actu17 et Euronews, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, jeune espoir du MMA, a été tué. Cinq personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans dont l'état était jugé critique ce week-end. Le suspect, Kévin T., 39 ans, a été interpellé peu après à Coignières.

D'après le Parquet national antiterroriste (Pnat), cité par Le JDD, une arme de type Sten a été retrouvée dans son véhicule, et son appartement de Plaisir aurait été piégé avec des bonbonnes de gaz reliées à un minuteur. Selon les éléments rapportés par la presse, il aurait dit aux enquêteurs avoir voulu viser des personnes noires et arabes pour « venger » des commerçants pillés lors des émeutes du 17 octobre. L'enquête porte notamment sur un assassinat en relation avec une entreprise terroriste, aggravé par le mobile lié à l'origine ou à la religion des victimes.

Samedi soir, après un examen psychiatrique, sa garde à vue a été levée et il a été placé en observation pour une durée pouvant aller jusqu'à 48 heures, indique le Pnat. Comme le précise Actu17, la mesure est alors suspendue et les auditions doivent reprendre si son état le permet. Selon l'AFP, reprise par L'essentiel, il serait suivi pour une schizophrénie, et des analyses ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang. Les gardes à vue de quatre de ses proches, dont ses parents, ont été levées dimanche.

Les positions en présence

Ce lundi, sur RMC et BFMTV, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a tenu une ligne claire, rapporte l'AFP. Pour lui, la levée de la garde à vue pour raisons psychiatriques « ne change rien » à la nature des faits.

On ne cherche pas à minimiser. — Laurent Nuñez

Le ministre a indiqué que l'attaque était classée dans le champ de l'ultradroite, tout en soulignant que le suspect ne présentait pas, en apparence, de signes d'affiliation préalable à cette mouvance. Le président de la République, qui s'était rendu sur place dès vendredi, avait lui aussi parlé d'« attentat terroriste raciste ».

Du côté de la famille de la victime, les interrogations se multiplient. Son avocat, Yassine Bouzrou, s'interroge selon l'AFP sur l'admission psychiatrique et sur le suivi dont faisait l'objet le suspect, connu de la police, et n'exclut pas d'engager la responsabilité de l'État. Euronews rapporte que la famille se demande si les autorités ont suffisamment surveillé cet homme.

La société civile, elle, appelle à se rassembler. La Ligue des droits de l'Homme, SOS Racisme, le Mrap, des organisations lycéennes et étudiantes ainsi que la CGT, la CFDT, la FSU, Solidaires et l'Unsa invitent à manifester ce lundi soir, à 19 heures place Stalingrad à Paris et dans de nombreuses villes, « contre la banalisation de la haine raciste ». À Strasbourg et Mulhouse, selon Rue89 Strasbourg, la LDH met en cause les discours qui stigmatisent des populations entières.

Un argument de prudence, légitime, s'oppose toutefois aux conclusions hâtives : seule l'enquête pourra établir le parcours du suspect et son état mental au moment des faits. Il mérite d'être entendu, car la justice ne se rend pas à chaud.

L'analyse

Deux exigences doivent ici tenir ensemble. La première est celle du droit. Notre code pénal distingue depuis longtemps l'abolition du discernement, qui rend irresponsable, de sa simple altération, qui laisse la responsabilité entière tout en pouvant atténuer la peine. Depuis la réforme de 2022, adoptée après l'affaire Sarah Halimi, la consommation volontaire de stupéfiants ne permet plus, dans certains cas, d'échapper au procès. Ce sont les experts, puis les juges, qui trancheront. Ni un ministre ni un éditorialiste ne peuvent le faire à leur place.

La seconde exigence est politique et morale. Un trouble psychique n'efface pas le choix des cibles. Si les déclarations rapportées se confirment, cet homme n'a pas tiré au hasard : il a désigné des Français noirs et arabes comme coupables collectifs d'émeutes auxquelles ils étaient étrangers. Cette logique de bouc émissaire ne naît pas dans le vide. Elle se nourrit d'un climat, de mots répétés, d'amalgames tolérés. Le reconnaître n'est pas accuser telle ou telle personnalité, c'est regarder en face ce qu'une République doit combattre.

La tradition gaulliste a toujours placé la cohésion nationale au-dessus des querelles. Elle commande aujourd'hui de ne pas laisser croire à une partie de nos concitoyens que leur sécurité compte moins, ou que l'on hésite à nommer la haine qui les vise. La fermeté de Laurent Nuñez sur ce point est bienvenue. Elle devra se traduire en actes.

Et maintenant ?

Les questions de la famille appellent des réponses précises : quel suivi médical et administratif existait, comment un homme connu de la police a-t-il pu détenir une arme de guerre ? Une inspection indépendante, rendue publique, serait le meilleur moyen d'y répondre sans attendre des années. Au-delà, l'attaque de Trappes pose une question à toute la classe politique, à l'approche de 2027 : sera-t-elle capable de débattre des émeutes, de la sécurité et de l'immigration sans désigner des communautés entières à la vindicte ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

Partager

L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

À lire aussi