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Italie : la rue dit non à la vie chère et au réarmement, un avertissement pour toute l'Europe

Des dizaines de milliers de grévistes et d'étudiants ont défilé vendredi dans plus de cinquante villes italiennes contre le coût de la vie et la hausse des dépenses militaires. Le gouvernement Meloni répond surtout par l'ordre public, alors que le dilemme entre défense et protection sociale se pose aussi à Paris et à Bruxelles.

Par La Rédaction LSRPublié le 31 octobre 2026 à 17:29· 4 min de lecture
Façade du palais Chigi, siège de la présidence du Conseil italien, à Rome, en juin 2024.
Façade du palais Chigi, siège de la présidence du Conseil italien, à Rome, en juin 2024. — Crédit : Photo : Blackcat, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les faits

Vendredi 30 octobre, le syndicat de base USB a appelé à une grève générale dans toute l'Italie. Selon Al Jazeera, des dizaines de milliers d'étudiants et de syndiqués ont défilé à Rome, Milan, Naples, Turin, Bologne ou Gênes. D'après Il Fatto Quotidiano, des rassemblements étaient prévus dans plus de cinquante villes, et le syndicat revendique une action parallèle de dockers dans plus de cent ports à l'étranger contre le transit d'armes.

Euronews rapporte qu'à Rome, près du Colisée, un petit groupe s'est détaché du cortège en fin de manifestation, a dressé des barricades et lancé des bouteilles sur les forces de l'ordre. Huit manifestants ont été interpellés. À Gênes, des dockers ont bloqué une partie du port au petit matin, et des heurts ont éclaté au départ du cortège de Turin, selon Al Jazeera.

Ce mouvement ne naît pas d'hier. Comme le rapportait l'AFP à la mi-octobre, routiers et agriculteurs bloquaient déjà des routes dans le Sud contre le prix des carburants, pendant que lycéens et étudiants manifestaient contre la hausse prévue du budget de la Défense. Après les violences de Milan des 17 et 18 octobre, Giorgia Meloni a durci l'encadrement des rassemblements. Le 24 octobre, selon l'agence Belga, 371 personnes, dont 110 mineurs, ont été brièvement retenues par la police lors de cortèges restés en grande partie pacifiques.

Ce que réclame la rue

Sur son site, l'USB résume ses mots d'ordre : baisse des prix, de l'énergie et des loyers, hausse des salaires, arrêt de ce qu'il appelle une « économie de guerre ». Il Fatto Quotidiano détaille le reste : retour de l'indexation des salaires sur les prix, baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, et réorientation de la dépense publique des armes vers l'école, la santé et les pensions.

Le contexte économique explique cette colère. D'après l'Istat, cité par l'AFP, l'inflation a atteint 4,2 % sur un an en septembre, tirée par les carburants. Al Jazeera rappelle que les prix de l'alimentation, de l'énergie et des transports ont progressé de 68 % depuis 2000, quand le salaire moyen a reculé de près de 5 % sur la même période. Selon la RTBF, le gouvernement écarte depuis quatre ans toute proposition de salaire minimum, et une nouvelle grève générale est annoncée pour le 20 novembre.

Les positions en présence

Le gouvernement ne nie pas les difficultés. Selon Al Jazeera, il a approuvé une aide de 175 millions d'euros pour les routiers, agriculteurs et pêcheurs frappés par la hausse des carburants, et son projet de budget 2027 prévoit une prime annuelle de 2 500 euros pour les salariés de moins de 30 ans. Giorgia Meloni dit espérer répondre aux jeunes qui ont le sentiment que l'État les ignore, tout en prévenant que ces mesures ne sont pas destinées à ceux qui cassent des vitrines.

Rien de différent de ce que nous avons géré jusqu'ici. — Matteo Piantedosi, ministre de l'Intérieur, cité par Euronews

Sur la défense, l'exécutif a déjà reculé. Reuters indiquait début octobre que Rome ramenait la hausse prévue des dépenses militaires de 0,9 % à 0,6 % du PIB, soit environ 14 milliards d'euros par an en 2027 et 2028, en s'appuyant sur la clause dérogatoire européenne qui autorise un déficit supplémentaire pour la défense. L'agence soulignait que ce réarmement est impopulaire et divise la coalition, alors que la dette devrait culminer près de 139 % du PIB. L'argument du gouvernement est connu et mérite d'être entendu : l'Italie doit tenir ses engagements envers l'OTAN et ses partenaires européens face à la menace russe.

Les syndicats et organisations étudiantes, eux, reprochent au pouvoir de répondre par l'ordre public plutôt que par le pouvoir d'achat, comme le relève Belga.

L'analyse

Il faut d'abord écarter une confusion. Les violences d'un petit groupe près du Colisée sont condamnables et l'État a le devoir de protéger les biens et les personnes. Mais elles ne résument pas une mobilisation nationale. Un gouvernement qui ne verrait dans ce mouvement qu'un problème de maintien de l'ordre se tromperait de diagnostic.

Le cœur du sujet dépasse l'Italie. L'Europe demande à ses États de se réarmer, et elle a raison de le faire face à une Russie qui fait la guerre à ses portes. Mais elle n'a ouvert de marges budgétaires que pour la défense. Rien de comparable n'existe pour protéger les salaires, les services publics ou la transition énergétique. Rome a d'ailleurs choisi de consacrer une partie de cette souplesse à l'énergie, signe que le dilemme est réel.

La France connaît la même tension. Ses propres mobilisations contre la vie chère, ses contraintes budgétaires et ses engagements militaires posent exactement la même question. La sécurité d'une nation repose sur ses armées, mais aussi sur l'adhésion de ses citoyens. Un effort de défense perçu comme payé par les plus modestes affaiblit ce consentement, et fait le jeu de ceux qui prônent le repli.

Conclusion

La France pourrait porter à Bruxelles une proposition simple : financer une part plus large de l'effort de défense par un emprunt européen commun, pour que le réarmement ne se paie pas en coupes dans l'école, l'hôpital ou les salaires de chaque pays. À quelques mois d'échéances électorales majeures en Italie comme en France, la question est posée : l'Europe peut-elle demander à ses peuples de se réarmer sans leur garantir que la justice sociale ne sera pas la variable d'ajustement ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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