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Alberta : les trois quarts disent non à la sécession, une leçon pour l'Europe

Les électeurs de l'Alberta ont largement refusé, lundi 19 octobre, d'engager leur province sur la voie de la séparation, malgré les encouragements venus de l'entourage de Donald Trump. À dix jours d'un sommet entre l'Union européenne et le Canada, ce vote rappelle que l'unité d'un pays allié est aussi un enjeu européen.

Par La Rédaction LSRPublié le 20 octobre 2026 à 22:32· 5 min de lecture

Les faits

Lundi 19 octobre, les électeurs de l'Alberta, province pétrolière de l'Ouest canadien, étaient appelés à se prononcer sur dix questions. La plus attendue portait sur l'avenir de la province : rester au sein du Canada, ou engager le processus juridique menant à un référendum contraignant sur la séparation. Selon les résultats provisoires rapportés par Al Jazeera, environ 76 % des votants ont choisi de rester, contre 24 % favorables à l'ouverture de ce processus. Plus de 1,8 million de bulletins avaient alors été dépouillés, sur 81 % des bureaux de vote, d'après PBS NewsHour, qui s'appuie sur les chiffres non officiels d'Elections Alberta. Franceinfo évoque un rejet très large.

Ces chiffres restent provisoires. Elections Alberta, l'autorité électorale de la province, précise que les résultats officiels ne seront publiés que le 29 octobre, après vérification d'un dépouillement entièrement manuel.

Le scrutin n'était pas un vote direct sur l'indépendance, et ses détracteurs l'avaient surnommé « référendum sur un référendum », rappelle PBS. C'était pourtant la première fois que les Albertains étaient consultés sur la question de la séparation.

Les positions en présence

Le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a grandi en Alberta, a salué un « choix clair » en faveur de l'unité, selon l'AFP et Al Jazeera. Il a toutefois invité à ne pas assimiler tous les partisans du processus à des indépendantistes, une partie d'entre eux ayant d'abord voulu exprimer leur colère envers Ottawa, rapporte PBS. D'après Global News, il entend désormais avancer dans un esprit de fédéralisme coopératif, notamment sur l'immigration.

La Première ministre de la province, la conservatrice Danielle Smith, opposée à l'indépendance mais qui avait organisé le scrutin sous la pression des séparatistes de son propre parti, a salué selon PBS un vote pour une Alberta plus forte dans un Canada uni. Côté séparatiste, Jeffrey Rath, figure de l'Alberta Prosperity Project, assure que le combat continue et souhaite le départ de Danielle Smith de la tête du parti conservateur uni, indique PBS.

Les arguments des partisans de la séparation méritent d'être entendus. L'Alberta détient les quatrièmes réserves prouvées de pétrole au monde, et une partie de ses habitants estime que la province a été bridée par la politique climatique fédérale. Un électeur cité par PBS affirme que l'Alberta a été traitée comme une « colonie ». Le malaise est réel : sur les autres questions, les électeurs auraient approuvé, d'après des résultats partiels publiés par Global News, un contrôle provincial accru pour réduire l'immigration (environ 59 %) et la restriction de certains services publics aux citoyens et résidents permanents (environ 57 %).

L'analyse : quand l'ingérence se retourne contre ses auteurs

Ce scrutin s'est déroulé sous le regard appuyé de Washington. Selon Al Jazeera, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a qualifié l'Alberta de « partenaire naturel » des États-Unis, et Elon Musk a écrit que la province devrait se séparer. Le média précise qu'il ne s'agit pas d'une position officielle du gouvernement américain. PBS relie pour sa part le résultat à la guerre commerciale de Donald Trump et à ses menaces de faire du Canada le 51e État américain, qui ont ressoudé les Canadiens autour de leur pays.

La leçon vaut au delà de l'Atlantique. Quand une puissance étrangère, même alliée, encourage la fragmentation d'un État, elle peut provoquer l'inverse de ce qu'elle espère : un sursaut de cohésion nationale. Pour qui se réclame de l'héritage gaulliste, ce n'est pas une surprise. La souveraineté ne se décrète pas, elle repose sur la confiance des citoyens dans leurs institutions communes.

Mais le résultat dit aussi une chose moins confortable. Un quart des votants a voulu ouvrir la porte à la sécession, et des majorités semblent avoir soutenu des mesures restreignant l'accès des résidents non permanents à la santé ou à l'éducation. L'unité obtenue par réflexe face à l'extérieur ne suffit pas. Elle doit se prolonger par une solidarité concrète entre régions, des services publics ouverts à tous et une transition écologique qui n'abandonne pas les territoires dépendants des énergies fossiles. C'est exactement le défi que connaissent nos propres bassins industriels.

Et l'Europe dans tout cela ?

Le calendrier donne à ce vote une portée européenne. Les dirigeants de l'Union européenne et du Canada doivent se retrouver à Montréal les 29 et 30 octobre, selon Le Brief, avec la présence attendue d'António Costa et d'Ursula von der Leyen. Mi-septembre, la présidente de la Commission avait proposé de faire du Canada le premier « membre associé » de l'Union, rapporte La Voce di New York. Devant le Parlement européen, Mark Carney avait salué l'ambition sans reprendre le terme, en citant les matières premières critiques, la défense ou la sécurité énergétique. Donald Trump avait jugé l'idée « ridicule » et menacé l'Union de droits de douane.

Un Canada fracturé aurait été un partenaire affaibli. Un Canada uni, qui partage avec l'Europe l'attachement au multilatéralisme et au droit international, est un allié précieux au moment où la relation transatlantique se tend. La France, liée au Québec par une relation particulière depuis le voyage du général de Gaulle en 1967, sait combien les questions d'unité canadienne sont sensibles. Elle doit respecter les choix des Canadiens, tout en refusant que d'autres puissances prétendent en décider à leur place.

Conclusion

Le sommet de Montréal offre l'occasion de transformer la sympathie en coopération concrète : énergie, minerais critiques, défense, recherche. La France pourrait y défendre un partenariat qui associe les échanges énergétiques à des engagements climatiques communs, afin que l'Alberta voie dans l'Europe un débouché et non une menace. Reste une question : l'Union saura-t-elle, cette fois, parler d'une seule voix face aux pressions venues de Washington ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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