Roumanie : un gouvernement enfin, mais un sursis de six mois face à l'extrême droite
Après plus de cinq mois de crise, le Parlement roumain a investi mardi le gouvernement minoritaire du diplomate pro-européen Luca Niculescu. Ce répit fragile, sous la pression de l'un des plus lourds déficits de l'Union et d'une extrême droite en tête des sondages, concerne directement la France et l'Europe.

Après plus de cinq mois de crise, la Roumanie a de nouveau un gouvernement de plein exercice. Mardi 20 octobre, le Parlement a investi le cabinet de Luca Niculescu par 280 voix, alors que 233 étaient nécessaires, selon l'AFP reprise par la RTBF et l'agence Reuters. Le soulagement est réel à Bruxelles comme à Paris. Mais la majorité qui soutient ce gouvernement ressemble davantage à une trêve qu'à un projet commun.
Les faits
Le blocage remonte au début du mois de mai. Comme le rappelle Le Grand Continent, le gouvernement pro-européen du libéral Ilie Bolojan a été renversé le 5 mai par une motion de censure votée conjointement par les sociaux-démocrates du PSD et l'extrême droite de l'AUR. D'après l'AFP, le PSD avait quitté la coalition en raison de désaccords sur la politique budgétaire et les mesures d'austérité.
Le président centriste Nicusor Dan a ensuite échoué trois fois à faire investir un Premier ministre. Luca Niculescu, 55 ans, est sa quatrième tentative. Ce diplomate sans étiquette, ancien journaliste et ancien rédacteur en chef de RFI Roumanie selon l'AFP, a été ambassadeur de Roumanie en France de 2016 à 2022, précise Le Courrier des Balkans.
Son gouvernement est minoritaire. Il associe des ministres du PSD, qui obtient onze portefeuilles selon Le Courrier des Balkans, et des technocrates. Les libéraux du PNL et le parti de la minorité hongroise, l'UDMR, ne siègent pas au gouvernement mais ont voté l'investiture. D'après Reuters, ils se sont engagés à ne pas déposer de motion de censure avant mars 2027. Le PSD, lui, réévaluera son soutien dans six mois.
Les positions en présence
Le nouveau chef du gouvernement a choisi la modestie. Avant le vote, il a déclaré, selon Reuters :
Je ne demande pas un chèque en blanc. — Luca Niculescu
Ilie Bolojan, qui préside le PNL, a parlé d'un « vote de nécessité », rapporte Le Grand Continent, en reprochant au PSD et à l'AUR d'avoir renversé son gouvernement sans proposer de solution viable. Pour les libéraux, l'urgence est budgétaire : Reuters indique que toutes les grandes agences de notation menacent de dégrader le pays, aujourd'hui au dernier échelon de la catégorie « investissement », si un budget 2027 réduisant le déficit n'est pas adopté en décembre.
À l'opposé, l'AUR réclame des élections anticipées. Le parti nationaliste fait valoir une forme de légitimité populaire : il est en tête des sondages avec près de 40 % des intentions de vote, selon l'AFP comme Reuters. Le président Dan a écarté cette option, estimant qu'un nouveau scrutin prolongerait l'instabilité et aggraverait l'état des finances publiques. Il a aussi exclu toute participation de l'extrême droite au gouvernement. Reuters rappelle que l'AUR s'oppose à Bruxelles, aux achats d'armement et à l'aide à l'Ukraine.
L'analyse
L'argument de l'AUR mérite d'être pris au sérieux : une démocratie ne peut indéfiniment gouverner contre le premier parti du pays dans les sondages. Mais des sondages ne sont pas des élections, et le Parlement élu en décembre 2024 dispose d'un mandat qui court jusqu'en 2028. Former une majorité au sein de cette assemblée relève du fonctionnement normal des institutions, pas d'un contournement du peuple.
Le vrai danger est ailleurs. La Roumanie doit ramener son déficit sous 3 % du PIB d'ici 2030, conformément à son engagement auprès de Bruxelles dans le cadre de la procédure pour déficit excessif. Selon Reuters, ce déficit dépassait 9 % en 2024 et devrait atteindre 6,2 % cette année. Dans le même temps, l'agence souligne que les retraites sont gelées depuis deux ans en raison des contraintes budgétaires. C'est précisément sur ce terrain que le gouvernement Bolojan est tombé.
Un pays où les retraités voient leur pouvoir d'achat fondre pendant que l'extrême droite promet de rompre avec Bruxelles offre un terrain idéal au ressentiment. La rigueur est nécessaire, mais une rigueur perçue comme injuste nourrit exactement les forces qu'elle prétend contenir. Le programme de Luca Niculescu, qui mise sur la lutte contre la fraude fiscale et une meilleure collecte de l'impôt selon Le Grand Continent, va dans le bon sens : faire payer d'abord ceux qui échappent à l'impôt plutôt que ceux qui en dépendent.
L'enjeu dépasse Bucarest. La Roumanie est un pilier du flanc oriental de l'OTAN, où la France dirige depuis 2022 un groupement tactique allié. Le Grand Continent rapporte que sept navires commerciaux ont été attaqués au large de la Roumanie et de la Bulgarie depuis début octobre, et que deux drones d'attaque ont été abattus le 17 octobre par des F-16 roumains. Le politologue Sergiu Miscoiu, cité par l'AFP, prévient que le Premier ministre devra « en grande partie jouer les pompiers ».
Conclusion
Le sursis obtenu mardi ne vaudra que s'il est utilisé. Pour la France, qui entretient avec la Roumanie un lien historique et militaire étroit, la leçon est claire : on ne protège pas une démocratie européenne seulement par des arrangements parlementaires, mais en prouvant que l'Europe protège aussi ceux qui en paient l'effort.
Une proposition s'impose : que l'Union européenne accompagne le redressement roumain d'une souplesse ciblée, en tenant pleinement compte de l'effort de défense consenti sur le flanc oriental et en conditionnant son soutien à une répartition équitable de l'effort. Faute de quoi, la question n'est plus de savoir si l'extrême droite arrivera au pouvoir à Bucarest, mais quand.
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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