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Journalistes malmenés à Orléans : les rédactions somment le RN de condamner, la liberté de la presse ne se négocie pas

Quatorze directions de médias demandent ce vendredi au Rassemblement national de condamner les violences subies par des journalistes lors de son congrès d'Orléans. À six mois de la présidentielle, l'enjeu dépasse un parti : il touche à la manière dont la campagne pourra être couverte.

Par La Rédaction LSRPublié le 30 octobre 2026 à 15:30· 4 min de lecture

Six jours après le congrès du Rassemblement national à Orléans, l'affaire ne retombe pas. Ce vendredi 30 octobre, quatorze directions de médias, rejointes par le Spiil, le syndicat de la presse en ligne, signent une tribune publiée par Mediacités. Elles y demandent au parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella de condamner publiquement les violences subies par des journalistes pendant son rassemblement, et de garantir la sécurité de ceux qui couvriront sa campagne présidentielle.

Ce qui s'est passé à Orléans

Les faits remontent au week-end des 24 et 25 octobre, au Zénith d'Orléans. Selon le récit de Mediapart rapporté par Puremédias, quatre journalistes du site ont été hués avant l'ouverture du congrès, sous les cris de « Mediapart dehors », puis sortis de la salle par le service de sécurité du parti. D'après le média, l'un d'eux aurait été porté par la taille, un autre saisi par le col, et deux auraient été plaqués contre un mur à l'extérieur. Le service de presse du RN s'est ensuite excusé et a laissé l'équipe revenir, selon la tribune des rédactions citée par l'AFP.

Le lendemain, comme le rapporte l'AFP, une action revendiquée par l'Union des étudiants juifs de France a conduit des policiers en civil et le service d'ordre à évacuer les militants, ainsi qu'un journaliste de Mediapart qui filmait la scène. Une spectatrice lui aurait lancé de « retourner au bled », selon Puremédias. Un journaliste de Politis, qui filmait la même action, a été malmené et sorti. La direction de Mediapart a alors demandé à ses équipes de quitter le congrès, faute de garanties sur leur sécurité. La tribune de ce vendredi mentionne aussi un journaliste du Canard enchaîné bousculé et intimidé.

Ces incidents s'inscrivent dans un climat tendu. En septembre, Mediapart a publié des écrits antisémites qu'il attribue à Jordan Bardella dans sa jeunesse. Le président du RN dément fermement et a porté plainte en diffamation. Début octobre, une quarantaine de sociétés de journalistes avaient déjà dénoncé, selon Euronews, des menaces visant les auteurs de l'enquête, et reproché à Marine Le Pen d'avoir conseillé à Mediapart de porter « un costard en kevlar ».

Les positions en présence

Il faut rendre compte loyalement des arguments du parti. Selon des journalistes de TF1 présents sur place, cités par Puremédias, le RN a justifié l'intervention de son service de sécurité par la crainte d'un mouvement de foule. Le contexte était lourd : plusieurs dizaines de milliers de contre-manifestants étaient attendus à Orléans, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez cité par Public Sénat, et une action militante a bien perturbé la seconde journée. Un parti a le droit d'organiser son congrès et d'en assurer l'ordre. Il a aussi présenté des excuses le premier jour, ce qui n'est pas rien.

Les rédactions répondent que l'ordre ne justifie pas tout. Le 27 octobre, une quarantaine d'entre elles, dont BFMTV, LCI, Le Monde, Le Figaro, Radio France, France Télévisions et l'AFP, demandaient déjà de « pouvoir travailler librement ». Elles visaient tous les partis, quel que soit leur bord. La tribune de ce vendredi va plus loin : elle rappelle qu'un journaliste qui couvre un événement politique n'est pas un militant, et réclame une condamnation claire des violences, notamment des injures racistes.

La violence verbale appelle et légitime les passages à l'acte. — Carine Fouteau, Mediapart

Ce que dit cette affaire

Le désaccord entre le RN et Mediapart est réel, et il a sa place devant les tribunaux, où Jordan Bardella l'a d'ailleurs porté. C'est la règle républicaine : on conteste une enquête par le droit de réponse et par le juge, pas par la bousculade. La force de cette tribune tient justement à l'éventail de ses signataires. Le Monde et Ouest-France, Public Sénat et L'Humanité, Politico et Le Canard enchaîné n'ont ni la même ligne ni les mêmes lecteurs. Quand ils parlent ensemble, ce n'est pas un camp contre un autre, c'est la profession qui défend un principe.

Ce principe dépasse le seul RN. La liberté de la presse, inscrite dans la loi de 1881, ne se divise pas selon que les questions plaisent ou non. Un service d'ordre qui choisit les journalistes admis dans une salle, une foule qui scande le nom d'un média pour l'en chasser, des propos qui ciblent l'origine d'un reporter : chacun de ces gestes, pris isolément, peut sembler mineur. Mis bout à bout, à six mois d'une élection présidentielle, ils dessinent un climat où informer devient un risque.

Le RN aspire à gouverner. C'est son droit le plus strict, et c'est précisément pour cela que l'on attend de lui la même exigence que de tout parti de gouvernement. Le gaullisme a connu des relations rudes avec la presse, mais l'État républicain a toujours tenu que le pouvoir se critique, se conteste, se contrôle. La gauche comme la droite ont eu leurs dérapages avec les journalistes ; aucun n'a jamais été une bonne nouvelle pour la démocratie.

Une campagne sous protection ?

La demande des rédactions est simple et ne coûte rien au RN : une condamnation publique, et l'engagement que tous les journalistes accrédités pourront couvrir ses meetings sans être pris à partie. Les autres formations politiques gagneraient à prendre le même engagement, par écrit, avant l'entrée en campagne. Une charte commune, signée par tous les candidats à l'Élysée et garantie par l'Arcom, ne serait-elle pas la meilleure réponse ? Car une présidentielle se gagne dans les urnes, mais elle se prépare aussi sous le regard d'une presse libre.

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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