Liberté de manifester : avant samedi, l'État doit interdire peu et protéger beaucoup
Laurent Nuñez a demandé aux préfets d'interdire les manifestations à risque prévues le 24 octobre, au moment où Sébastien Lecornu reçoit les syndicats à Matignon. L'ordre public est un devoir de l'État, mais une liberté constitutionnelle ne se restreint qu'au cas par cas, sous le contrôle du juge.

Ce mercredi 21 octobre, Sébastien Lecornu reçoit à Matignon les cinq syndicats représentatifs, en présence du ministre de l'Intérieur. À l'ordre du jour, selon l'AFP : la liberté de manifester et les réponses à apporter aux lycéens. La rencontre intervient deux jours après une instruction de Laurent Nuñez aux préfets qui change la donne pour la journée de mobilisation du samedi 24 octobre. Le droit de défiler dans la rue, pilier de notre vie démocratique, se retrouve au centre du jeu.
Les faits
Selon le JDD, qui a consulté le document, un télégramme daté du lundi 19 octobre demande aux préfets d'interdire les manifestations revendicatives prévues samedi qui seraient susceptibles de troubler l'ordre public. Franceinfo, qui a eu accès à la même note, précise que l'interdiction ne doit intervenir que si le dialogue avec les organisateurs n'a pas permis de réunir les conditions de sécurité nécessaires. Le ministre invoque le contexte national et demande de tenir compte des circonstances locales.
La note va plus loin. D'après franceinfo, elle recommande d'éloigner les cortèges autorisés des bâtiments publics et des rues commerçantes, de renforcer le renseignement pour estimer le nombre de participants radicaux, et elle prévoit des arrêtés interdisant les regroupements autour des lieux touchés le week-end dernier. Des couvre-feux partiels pourraient être décidés. Le JDD souligne qu'il ne s'agit pas d'une interdiction générale de manifester, et que les préfets doivent respecter les exigences légales de nécessité et de proportionnalité.
Le contexte explique cette fermeté. Selon l'AFP, environ 3 000 commerces ont été attaqués lors des violences des 17 et 18 octobre, 123 personnes ont été incarcérées et une cinquantaine d'informations judiciaires ouvertes. Des couvre-feux localisés sont déjà en vigueur à Lyon, à Paris autour de la place de la République et des Halles, et à Marseille pour les mineurs. À Rennes, toujours selon l'AFP, environ 400 personnes, surtout des lycéens et des étudiants, ont défilé malgré une interdiction préfectorale, sans incident notable.
Les positions en présence
Le gouvernement assume. Laurent Nuñez, cité par le JDD, estime que face à un tel niveau de violence, la réponse de l'État doit être « extrêmement rapide et ferme ». Sébastien Lecornu a reconnu devant l'Assemblée que le dispositif du 17 octobre était trop statique, et promis un déploiement « massif » pour samedi. Il affirme aussi que les couvre-feux ont contribué au calme des dernières nuits.
À droite, les critiques visent surtout la lenteur de l'exécutif. Selon le JDD, Jordan Bardella a dénoncé sur CNews l'« incompétence » du gouvernement. Chez les employeurs, le président du Medef, Patrick Martin, juge l'État « défaillant » et demande qu'il indemnise les commerçants non assurés, rapporte l'AFP.
Du côté syndical, la méfiance domine. La CFDT et la CGT regrettent que les organisations lycéennes ne soient pas conviées à Matignon. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, estime que l'exécutif « paye cash dix ans de verticalité » et réclame de vraies réponses sociales, selon l'AFP. Sophie Binet, pour la CGT, avait prévenu dès le 5 octobre, d'après Sud Radio, que les violences « desservent toujours les mobilisations », tout en affirmant vouloir protéger le droit des lycéens à manifester.
La confiance est d'autant plus fragile que Mediapart a rapporté, le 19 octobre, des échanges internes laissant entendre que des consignes auraient visé à imputer les violences à La France insoumise, ce que le ministère de l'Intérieur dément.
L'analyse
Disons-le clairement : rien ne justifie les pillages, et l'État a le devoir de protéger les commerçants, les élus et les agents publics. Un gaulliste ne transige pas avec l'autorité de l'État. Mais l'autorité de l'État, c'est aussi la garantie des libertés publiques. Le droit de manifester n'est pas une tolérance administrative, c'est l'expression collective des idées que la Constitution protège.
Le droit fixe d'ailleurs le cadre avec précision. En 2019, le Conseil constitutionnel a censuré l'interdiction administrative individuelle de manifester prévue par la loi dite anticasseurs, rappelant que toute atteinte à cette liberté doit être « nécessaire, adaptée et proportionnée ». En sens inverse, la Cour européenne des droits de l'homme a validé en 2024, dans l'affaire Eckert contre France, l'interdiction d'une manifestation de gilets jaunes, précisément parce qu'elle était bornée dans l'espace et dans le temps et répondait à un risque sérieux de violences.
Tout se jouera donc dans l'application. Une interdiction ciblée, motivée, limitée à un périmètre et à quelques heures, contrôlable par le juge des référés, peut se défendre. Une consigne nationale appliquée de manière extensive, qui ferait de chaque cortège lycéen une menace présumée, serait une autre affaire. Elle risquerait de punir l'immense majorité pacifique pour les actes d'une minorité, et de nourrir la colère qu'elle prétend apaiser.
Il y a enfin une question politique. Le mouvement est né, rappelle l'AFP, de revendications très concrètes : des professeurs remplacés, des moyens, des bâtiments rénovés. Répondre par le seul maintien de l'ordre, c'est traiter le symptôme et oublier la cause. Recevoir les syndicats est un bon signal. Ne pas entendre les lycéens eux-mêmes en est un mauvais.
Conclusion
Samedi, la République sera jugée sur sa capacité à tenir les deux bouts : empêcher les casseurs d'agir et laisser la jeunesse défiler. Une proposition simple pourrait y aider : que chaque arrêté d'interdiction soit publié, motivé et assorti d'un itinéraire de substitution, et que le gouvernement reçoive sans tarder les organisations lycéennes. L'ordre public se construit mieux avec la confiance qu'avec la seule contrainte.
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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