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Manifestation du 31 octobre : le Conseil d'État renvoie le cortège aux portes de Paris, la liberté de manifester ne peut devenir une concession

Dans la nuit, le Conseil d'État a donné raison au ministère de l'Intérieur et validé le parcours imposé par la préfecture de police, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton. Protéger chacun est un devoir de l'État, mais repousser durablement la contestation sociale hors des centres-villes ne peut tenir lieu de doctrine.

Par La Rédaction LSRPublié le 31 octobre 2026 à 07:30· 5 min de lecture
Le Palais-Royal, siège du Conseil d'État, place du Palais-Royal à Paris, en décembre 2016.
Le Palais-Royal, siège du Conseil d'État, place du Palais-Royal à Paris, en décembre 2016. — Crédit : Photo : Fred Romero, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Les faits

Le bras de fer judiciaire aura duré moins de vingt-quatre heures. Vendredi 30 octobre en fin d'après-midi, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi par l'intersyndicale francilienne, a suspendu l'arrêté de la préfecture de police qui interdisait le parcours déclaré entre Bastille et Nation, comme l'ont rapporté Entrevue et Sortiraparis. Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé faire appel devant le Conseil d'État. Selon BFMTV, dont l'information a été reprise par plusieurs médias samedi matin, la plus haute juridiction administrative a annulé dans la nuit la décision du tribunal et validé le trajet imposé par la préfecture : départ à 14 heures de la porte de Bagnolet, arrivée porte de Charenton, par les boulevards des Maréchaux. Les motifs détaillés de l'ordonnance n'étaient pas encore connus au moment où nous écrivons.

Cette troisième journée de mobilisation en trois semaines, contre la vie chère et le manque de moyens de l'Éducation nationale, est portée par l'intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, mais aussi la FAGE, l'UNEF et l'Union étudiante), par l'Union syndicale lycéenne et par une coordination de gilets jaunes qui parle d'un « acte III », selon Public Sénat. Environ 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés dans le pays. À Paris, la préfecture a aussi instauré un couvre-feu de 23 heures à 6 heures dans les secteurs de République et de Châtelet-Les Halles jusqu'au 2 novembre. À Marseille, faute de déclaration, les rassemblements sont interdits ; à Lyon, un large périmètre du centre-ville est fermé aux cortèges.

Les positions en présence

Le gouvernement invoque un risque qu'il juge « très élevé » de violences urbaines, d'après Laurent Nuñez, la journée coïncidant avec Halloween. Le souvenir du 17 octobre pèse lourd : Libération, cité par Euronews, relevait que la participation avait largement dépassé les prévisions du ministère et le sociologue Sébastian Roché y évoquait une perte de contrôle des forces de l'ordre. Emmanuel Macron lui-même a reconnu à Marseille, le 26 octobre, un manque de préparation ce jour-là, rapporte LCP. Le chef de l'État a présenté le cortège excentré du 24 octobre comme un modèle pour les prochaines mobilisations, tout en reconnaissant des « demandes légitimes » derrière le mouvement.

La préfecture de police assume aussi un argument économique. Sa porte-parole, Hélène Denéchère, a défendu sur RMC des lieux « plus aisés à sécuriser et moins exposés pour les commerçants », selon Public Sénat. Au Sénat, le LR Olivier Paccaud abonde : pour lui, les autorités choisissent logiquement les parcours les plus faciles à protéger, afin d'éviter de nouveaux pillages.

Nécessité fait loi — Olivier Paccaud, sénateur LR de l'Oise

En face, les organisations syndicales dénoncent une restriction disproportionnée. La trésorière de l'UNEF, Clara Privé, résume ainsi le sentiment des organisateurs : « La préfecture nous balade de parcours en parcours ». Le sénateur socialiste Rémi Cardon redoute un « découragement organisé » et la perte progressive d'un droit.

L'analyse

Il faut d'abord prendre au sérieux l'argument de l'ordre public. L'État a le devoir de protéger les commerçants, les habitants et les manifestants eux-mêmes, et nul ne peut balayer d'un revers de main les dégâts du 17 octobre. Le recours au juge, de part et d'autre, est d'ailleurs le signe d'un État de droit qui fonctionne : le tribunal a contrôlé, le ministre a fait appel, le Conseil d'État a tranché en dernier ressort. Cette décision s'impose à tous.

Mais une décision de justice prise dans l'urgence, sur un cas précis, ne vaut pas doctrine. Or c'est bien une doctrine qui semble se dessiner : celle d'une contestation sociale reléguée aux portes de la capitale et des grandes villes, loin des lieux symboliques et des regards. Manifester, ce n'est pas seulement marcher ; c'est se rendre visible. Opposer, comme l'a fait la préfecture, la liberté de manifester à la liberté du commerce, c'est mettre sur le même plan un droit constitutionnel fondamental et une préoccupation économique, certes légitime, mais d'une autre nature. Quand la lutte contre les casseurs justifie de déplacer des dizaines de milliers de manifestants pacifiques, ce sont eux qui paient pour une minorité violente.

Le climat ajoute à l'inquiétude. Le Syndicat de la magistrature et une association de défense des libertés avaient déjà saisi le Conseil d'État, le 22 octobre, contre des propos présidentiels distinguant manifestations syndicales et autres rassemblements, selon le Club des juristes. Et l'hypothèse d'un blocage temporaire des réseaux sociaux, défendue notamment par Gabriel Attal, a circulé ces derniers jours, même si Emmanuel Macron a assuré qu'elle n'était pas envisagée, d'après Europe 1.

Surtout, l'essentiel est ailleurs. Ces cortèges disent la vie chère, des classes surchargées, une jeunesse inquiète pour son avenir. Le gouvernement a lui-même admis, par la voix du ministre de l'Éducation Édouard Geffray, qu'il aurait dû aller plus vite. Gérer la rue sans répondre à ce qu'elle exprime, c'est s'exposer à des samedis sans fin.

Conclusion

La tradition gaulliste est celle d'un État fort parce que juste, qui tient l'ordre sans craindre le peuple. Une proposition simple s'impose : que le Parlement fixe des critères clairs et publics pour encadrer les modifications de parcours, afin que la liberté de manifester ne dépende plus d'un bras de fer nocturne entre préfecture et syndicats. Et que le gouvernement ouvre, sans attendre le 5 novembre, une véritable négociation sur le pouvoir d'achat et les moyens de l'école. La question reste posée : combien de samedis faudra-t-il pour que la réponse soit enfin politique, et non plus seulement policière ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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