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Mort en garde à vue à Saint-Ouen : un juge d'instruction saisi, l'État doit toute la vérité à la famille

Mauricio K., 44 ans, est mort mardi dans une cellule du commissariat de Saint-Ouen-sur-Seine. L'autopsie relève des infiltrations hémorragiques mais aucune lésion traumatique expliquant le décès, et un juge d'instruction va désormais enquêter.

Par La Rédaction LSRPublié le 29 octobre 2026 à 23:43· 4 min de lecture
L'hôtel de ville de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), en mai 2020.
L'hôtel de ville de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), en mai 2020. — Crédit : Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mauricio K. avait 44 ans. Peintre, arrivé d'Angola à l'âge de 8 ans selon l'AFP, il est mort mardi 27 octobre dans une cellule du commissariat de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Jeudi soir, le parquet de Bobigny a rendu publics les premiers résultats de l'autopsie, et l'enquête a été confiée à un juge d'instruction, comme le rapportent Actu17 et franceinfo.

Les faits

D'après le récit du parquet repris par Actu17, tout commence lundi 26 octobre, peu avant 15 heures. La police municipale est appelée dans un fast-food pour des insultes sexistes visant une femme. L'homme, fortement alcoolisé (1,37 mg par litre d'air expiré), aurait continué à insulter les agents. Il est interpellé pour outrage sexiste, outrage et menaces envers des personnes dépositaires de l'autorité publique.

Toujours selon cette version, il se serait montré très agressif lors des fouilles au commissariat et aurait tenté de frapper les policiers. Ceux-ci indiquent l'avoir repoussé, avoir fait usage d'un bâton télescopique sur sa jambe gauche et son abdomen, puis l'avoir maîtrisé au sol. Un médecin a jugé son état compatible avec la garde à vue, ce qu'un second examen a confirmé dans la nuit.

Mardi, la garde à vue est prolongée. À 14 h 58, il est retrouvé inconscient au sol de sa cellule, où il se trouvait seul. Les policiers lui portent les premiers secours, les pompiers arrivent à 15 h 10, mais il ne peut être ranimé.

L'autopsie, pratiquée mercredi, relève selon le parquet des lésions liées à la réanimation, mais aussi des « zones d'infiltration hémorragique » sous le cuir chevelu, sur les jambes et sur les bras. Elle mentionne des antécédents cardiaques et conclut à « l'absence de lésion traumatique expliquant le décès ». Des expertises toxicologiques et anatomopathologiques ont été demandées.

Les positions en présence

Le parquet de Bobigny présente la saisine initiale de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) comme une procédure habituelle en cas de décès en garde à vue. D'après l'AFP, il précise que les policiers intervenus seront entendus.

La famille ne s'en satisfait pas. Le père de la victime a porté plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises par une personne dépositaire de l'autorité publique. Son avocat, Me Yassine Bouzrou, affirme que des violences graves ont été commises lors de l'interpellation et conteste la piste d'un simple malaise cardiaque. Il a dénoncé le « silence assourdissant » du parquet et de l'IGPN, et demande que les policiers soient entendus par un juge.

Le maire socialiste de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a exprimé sa profonde émotion et demandé, selon l'AFP, que toute la lumière soit faite.

Il faut entendre loyalement l'argument de ceux qui appellent à la retenue. Un homme ivre, agressif, présentant des antécédents cardiaques, peut mourir sans qu'aucune faute ne soit commise. Présumer la culpabilité des policiers serait aussi injuste que présumer leur innocence. C'est précisément pour cela que l'enquête doit être irréprochable.

L'analyse

La saisine d'un juge d'instruction est la bonne décision. Elle place l'enquête sous l'autorité d'un magistrat indépendant, et permet à la famille, si elle se constitue partie civile, d'accéder au dossier. Dans un État de droit, l'autorité de la police ne se mesure pas au silence qui entoure ses erreurs éventuelles, mais à la transparence avec laquelle elle accepte d'en rendre compte.

Car le problème dépasse Saint-Ouen. Dans un avis publié au Journal officiel fin septembre, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, constatait que le nombre exact de décès dans ces lieux n'était, selon LCP :

« ni complètement connu, ni rendu public » — Dominique Simonnot, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté

Pour la garde à vue et les cellules de dégrisement, le CGLPL pointe l'absence d'examen médical préalable et de « surveillance humaine constante » comme un risque grave pour l'intégrité physique des personnes. Il relève aussi que l'enquête en recherche des causes de la mort permet rarement aux familles d'apaiser des « suspicions légitimes », et que les conclusions des inspections ne sont pas systématiquement publiées.

Le décompte indépendant du Bondy Blog, publié en juin 2025, recensait déjà onze morts dans des commissariats en deux ans. Faute de chiffres officiels, ce sont des journalistes et des associations qui tiennent la comptabilité. Ce n'est pas digne d'une grande démocratie.

Le contexte rend l'exigence plus pressante encore. Depuis un mois, le maintien de l'ordre face au mouvement lycéen nourrit une défiance profonde, et le racisme est au cœur du débat public depuis l'attentat de Trappes. Si l'État veut que la loi soit respectée dans la rue samedi, il doit montrer qu'elle s'applique aussi, sans exception, dans ses propres cellules.

Conclusion

Il appartient au juge, et à lui seul, d'établir ce qui s'est passé entre lundi après-midi et mardi 14 h 58. Mais le législateur peut agir dès maintenant. Trois mesures simples, inspirées des constats du CGLPL, seraient à la hauteur : la saisine automatique d'un juge d'instruction pour tout décès en garde à vue, une surveillance humaine continue des personnes fortement alcoolisées ou blessées lors de leur interpellation, et la publication annuelle par le ministère de l'Intérieur du nombre et des circonstances de ces décès. La confiance entre la police et la population, dont les policiers ont besoin autant que les citoyens, se construit aussi ainsi.

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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