LSR
AnalyseSocial

Parcoursup : le gouvernement promet sa fin, l'Assemblée en débat sans voter

Face à la mobilisation lycéenne, le gouvernement annonce le remplacement de Parcoursup en 2028, des classes de seconde plafonnées et l'annulation de suppressions de postes. Les députés en débattent ce mercredi, mais sans vote, et syndicats comme organisations de jeunesse jugent que le compte n'y est pas.

Par La Rédaction LSRPublié le 28 octobre 2026 à 15:41· 5 min de lecture
Manifestation du mouvement lycéen à Paris, le 24 octobre 2026.
Manifestation du mouvement lycéen à Paris, le 24 octobre 2026. — Crédit : Photo : FreCha, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui a été annoncé

Après plus d'un mois de blocages et de manifestations lycéennes, le gouvernement a présenté lundi 26 octobre une série de mesures, portées par Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, et Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur. La plus symbolique concerne Parcoursup : selon L'Express Éducation, la plateforme serait transformée dès la campagne 2027 puis remplacée par un nouveau dispositif en 2028. Les lettres de motivation deviendraient l'exception, chaque refus devrait être motivé concrètement et les critères d'admission seraient publiés plus en détail.

D'après l'agence Anadolu, qui a suivi la conférence de presse, les classes de seconde seraient plafonnées à 28 élèves dans la moitié des lycées les moins favorisés à la rentrée 2027, puis partout l'année suivante. Les 836 suppressions de postes prévues dans le second degré public seraient annulées et 500 postes créés. Le gouvernement promet aussi jusqu'à 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, surtout en BTS et en IUT, l'indexation des bourses sur l'inflation et 4 milliards d'euros de prêts à taux bonifié pour rénover lycées et collèges.

Ce mercredi à 17 heures, l'Assemblée nationale débat de l'avenir de l'orientation des lycéens. Comme le rapporte LCP, ce débat se tient sur le fondement de l'article 50-1 de la Constitution : le gouvernement fait une déclaration, chaque groupe répond, et aucun vote n'est prévu.

Les positions en présence

Pour le gouvernement, ces annonces répondent à la consultation ouverte aux élèves. Selon L'Express, le ministre a appelé les lycéens à retourner en cours, en jugeant que l'intérêt général l'exige, tout en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une injonction.

Au centre, Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates, estime auprès de Public Sénat que ces mesures « vont dans le bon sens ». Il reconnaît que Parcoursup a des défauts, mais pose la question qu'il juge centrale : faut-il sélectionner, y compris à l'université ? Il y répond par l'affirmative. Jean-Michel Blanquer, père de la réforme de 2018, a quant à lui défendu la plateforme sur Franceinfo, mettant au défi ses détracteurs de citer un pays qui fait mieux, selon LCP.

À gauche, La France insoumise réclame l'abrogation de Parcoursup et un vote à l'issue du débat. Mathilde Panot y voit, d'après LCP, une machine à trier qui laisserait 125 000 bacheliers sans place. Le groupe socialiste, par la voix de Fatiha Keloua-Hachi, considère ce débat comme un point de départ, le Parlement n'ayant jamais vraiment discuté de la loi de 2018. Du côté de l'UDR, alliée du RN, Maxime Michelet doute que les ministres restent assez longtemps pour mener la réforme à terme et plaide pour une admission fondée sur le baccalauréat.

Les organisations de jeunesse et les syndicats ne désarment pas. Après sa rencontre avec le ministre, la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, a résumé sa position, rapportée par BFMTV :

Le compte n'y est pas. — Sophie Vénétitay, Snes-FSU

Elle regrette l'absence de revalorisation salariale et un plafond de 28 élèves limité à la seconde. L'Union étudiante, citée par Anadolu, estime qu'il manquerait au moins 250 000 places dans le supérieur. De nouvelles journées de mobilisation sont annoncées le 31 octobre et le 5 novembre.

Une réponse réelle, mais un débat sans vote

Il faut le reconnaître : le gouvernement a bougé. Annuler des suppressions de postes, plafonner les effectifs, indexer les bourses, c'est admettre que la colère lycéenne reposait sur des faits. Ces faits sont connus. Selon des statistiques du ministère citées par Localtis, environ 10 % des heures d'enseignement n'ont pas été assurées en lycée en 2024-2025. En juillet, environ 130 000 candidats restaient sans proposition à l'issue de la phase principale de Parcoursup. Une jeunesse qui réclame des professeurs devant ses classes ne demande pas un privilège, elle demande que l'État tienne la promesse républicaine de l'égalité des chances.

Les arguments des défenseurs de la sélection méritent d'être entendus. Les places sont limitées, certaines filières débouchent mal, et orienter n'est pas exclure. Mais la sélection n'est juste que si chacun part avec les mêmes armes. Or un lycéen dont les professeurs absents ne sont pas remplacés, dans un établissement vétuste, ne concourt pas à égalité avec celui d'un grand lycée parisien. La suppression annoncée de la mention du lycée d'origine, rapportée par Anadolu, va dans le bon sens. Elle ne suffira pas sans moyens.

Reste la méthode. Un gouvernement qui annonce la fin d'un dispositif créé par la loi, puis organise un débat sans vote, envoie un signal ambigu. L'article 50-1 permet pourtant au gouvernement de soumettre sa déclaration à un vote sans engager sa responsabilité. Dans la tradition gaulliste, l'État réforme en assumant ses choix devant la représentation nationale. Une Assemblée qui s'exprime clairement donnerait aux lycéens une garantie plus solide qu'une conférence de presse, d'autant que le remplacement de Parcoursup exigera une loi.

Conclusion

La jeunesse a obtenu des avancées importantes en quelques semaines. Pour qu'elles ne restent pas des promesses, deux engagements semblent nécessaires : inscrire dès le budget 2027 les crédits des postes et des places annoncés, et présenter avant l'été un projet de loi sur l'orientation, débattu et voté. La question demeure : le gouvernement acceptera-t-il que le Parlement, et pas seulement les ministres, écrive l'après-Parcoursup ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

Partager

L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

À lire aussi