Samedi 31 octobre : Nuñez redoute une nuit de violences, l'État doit protéger sans confisquer la rue
Dans un télégramme aux préfets, le ministre de l'Intérieur juge « très élevé » le risque de violences urbaines le soir d'Halloween et suspend des repos des forces de l'ordre. La veille, la justice administrative suspendait le couvre-feu des mineurs à Paris, rappelant que la fermeté doit rester proportionnée.

Les faits
Le ministre de l'Intérieur prépare un samedi sous haute tension. Dans un télégramme signé mercredi 28 octobre et consulté jeudi par l'AFP, Laurent Nuñez avertit les préfets, les préfets de zone et le préfet de police de Paris que le risque de violences urbaines sera « très élevé » le samedi 31 octobre, soir d'Halloween, du début de soirée jusque tard dans la nuit.
Selon Actu17, le ministre dit avoir repéré sur les réseaux sociaux de multiples appels à se rassembler dans les centres-villes. Il demande une attention particulière aux places publiques à partir de 20 heures et redoute des cortèges sauvages. D'après l'AFP, il réclame un dispositif « puissant, réactif et agile » et a validé la suspension des repos des policiers et gendarmes là où c'est nécessaire, afin de porter leur taux de disponibilité à 75 %. Europe 1 indique que les mesures envisagées peuvent aller jusqu'au couvre-feu. Franceinfo, cité par Actu17, rapporte que les forces de sécurité craignent aussi des attaques contre des bâtiments publics.
Ce télégramme intervient après deux samedis agités. Le 17 octobre, une mobilisation nationale pour le pouvoir d'achat a été marquée par des violences et des pillages, et Emmanuel Macron a reconnu un manque d'anticipation, rappelle l'AFP. Le 24 octobre, environ 410 000 personnes ont manifesté en France selon le ministre, 1 435 personnes ont été interpellées et 267 policiers et gendarmes blessés. Laurent Nuñez avait alors jugé la journée « maîtrisée ». Le mouvement, parti mi-septembre de lycées de banlieue parisienne, mêle selon l'AFP la défense du pouvoir d'achat, celle des services publics et les revendications des lycéens et des étudiants. Les organisations lycéennes ont appelé à poursuivre la mobilisation le 31 octobre et le 5 novembre.
Un autre fait pèse sur le débat. Mercredi 28 octobre, le tribunal administratif de Paris a suspendu, à la demande de l'association Vigie Liberté, le couvre-feu imposé aux mineurs de 21 heures à 6 heures dans plusieurs secteurs de la capitale par un arrêté du 19 octobre. Selon Le Club des Juristes, le juge y a vu une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, faute d'éléments précis établissant un risque propre aux mineurs. Il a en revanche maintenu les périmètres d'interdiction des rassemblements spontanés et l'interdiction de transporter certains équipements, comme les masques ou le sérum physiologique.
Les positions en présence
Le gouvernement fait valoir une réalité qu'on ne peut balayer : des commerces pillés, des centaines de membres des forces de l'ordre blessés, des appels en ligne dont le ministre estime qu'ils ne laissent aucun doute sur les intentions de leurs auteurs. Protéger les personnes et les biens est la première mission de l'État, et l'on ne saurait reprocher à un ministre d'anticiper. Le même souci guide une autre annonce : selon Europe 1, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que l'exécutif faciliterait l'ouverture des commerces le dimanche jusqu'à Noël pour aider les commerçants touchés à rattraper leurs pertes.
En face, les inquiétudes portent sur la manière. Les lycéens accusent les forces de l'ordre de violences, tandis que Laurent Nuñez défend une action proportionnée, rapporte l'AFP. Toujours selon l'AFP, le maire de Rouen a saisi la justice après une vidéo montrant une grenade explosant près d'un enfant de cinq ans. La France insoumise, de son côté, dénonce des rassemblements qu'elle qualifie de « néofascistes » prévus ce week-end à Paris et en banlieue. Enfin, la décision du tribunal administratif rappelle que l'urgence ne dispense pas l'administration de justifier ses restrictions.
L'analyse
Il faut tenir les deux bouts. Une République qui laisse piller ses centres-villes abandonne d'abord les plus modestes : le petit commerçant sans réserve, l'habitant du quartier, le policier épuisé. Mais une République qui répond à une colère sociale par le seul vocabulaire de l'ordre public se trompe de diagnostic. Le mouvement est né dans des lycées qui manquent de professeurs et de moyens, et il s'est élargi à la vie chère. Ce sont des demandes de services publics et de justice sociale, pas des menaces à neutraliser.
La tradition gaulliste a toujours lié l'autorité de l'État à sa légitimité. L'autorité ne se mesure pas au nombre d'arrêtés, mais à leur justesse. Le juge administratif l'a rappelé avec sobriété : une mesure générale qui frappe tous les mineurs d'un quartier sans démonstration précise du danger n'est pas de la fermeté, c'est de l'imprécision. Distinguer les casseurs des manifestants pacifiques, c'est la condition pour que la force publique reste respectée.
Il y a aussi un enjeu de calendrier. À six mois d'une présidentielle maintenue au 18 avril et au 2 mai, chaque samedi de tension nourrit ceux qui prospèrent sur le désordre. Le meilleur rempart contre eux reste un État à la fois ferme sur les violences et attentif aux causes.
Et maintenant ?
Samedi soir, la priorité doit rester la protection de tous : des commerces comme des cortèges pacifiques, des policiers comme des adolescents. On peut proposer une règle simple : toute mesure restrictive prise d'ici le 5 novembre devrait être motivée publiquement, limitée dans le temps et dans l'espace, et accompagnée d'un bilan rendu au Parlement. Reste une question que le gouvernement ne pourra pas éluder longtemps : combien de samedis faudra-t-il avant d'ouvrir une vraie négociation sur l'école et le pouvoir d'achat ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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