Ultradroite contre les cortèges : le procès de Nice, premier test de la fermeté promise par l'État
Dix militants présumés d'ultradroite sont jugés ce mardi à Nice après les violences du 24 octobre contre des manifestants de la vie chère, alors que des agressions similaires ont été signalées dans une quinzaine de villes. Entre soupçons de passivité policière, démentis du ministre et promesses de dissolution, l'État doit prouver qu'il protège le droit de manifester.

Ce mardi après-midi, dix hommes présentés comme des militants d'ultradroite doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Nice. Ils sont poursuivis après les violences commises samedi 24 octobre en marge de la mobilisation contre la vie chère. Au-delà de leur sort judiciaire, l'audience pose une question plus large : la République sait-elle protéger ceux qui manifestent ?
Les faits
Le 24 octobre, entre 410 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 800 000 selon la CGT ont défilé en France, d'après France Info. À Nice, plus de 2 000 personnes se sont rassemblées malgré une interdiction préfectorale, rapporte Nice Premium. En fin de journée, environ 300 manifestants se sont retrouvés face à une cinquantaine de militants d'ultradroite. Trois personnes ont été légèrement blessées et deux policiers ont été touchés, selon la préfecture citée par le même média.
D'après BFM Côte d'Azur, repris par Cannes Tendances, deux véhicules ont été interceptés avant les heurts, avec à leur bord masques, gants, gazeuses et matraques. Onze personnes sont soupçonnées d'association de malfaiteurs en vue de commettre des violences aggravées. Un mineur relève du juge des enfants, les dix majeurs sont jugés en comparution immédiate. Selon Petites Affiches, le parquet a requis leur placement en détention provisoire. Le procureur Damien Martinelli a dit vouloir, selon le HuffPost :
« une réponse extrêmement ferme » — Damien Martinelli, procureur de la République de Nice
Nice n'est pas un cas isolé. Selon l'AFP, citée par le quotidien suisse Blick, des militants d'extrême droite s'en sont pris à des cortèges dans plus d'une quinzaine de villes, dont Montpellier, Nancy, Bordeaux, Rouen et Toulouse. France Info fait état d'enquêtes ouvertes notamment à Dijon et Montpellier. Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a dénoncé une « milice d'extrême droite » et annoncé un signalement au procureur, rapporte le HuffPost.
Les positions en présence
Mediapart et Libération affirment que certaines agressions se sont déroulées sous le regard de policiers, et Mediapart relève que des maires s'interrogent sur leur passivité. Des députés insoumis, dont Manuel Bompard et Thomas Portes, accusent les autorités d'avoir laissé faire, voire d'avoir protégé ces groupes, selon l'AFP.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, conteste fermement. D'après l'AFP, il assure que la police n'a protégé personne, qu'elle n'a agi de concert avec aucun groupe et qu'elle est intervenue à plusieurs reprises pour disperser les affrontements. Il a demandé aux préfets de saisir la justice et évoque des poursuites pour constitution de groupes de combat, des dissolutions, voire des poursuites pour reconstitution de ligue dissoute en cas de récidive. Il a qualifié de « première dans une manifestation » la présence d'ultradroitiers cherchant l'affrontement, selon le HuffPost.
À Nice, le maire Éric Ciotti, allié du Rassemblement national, a condamné les agressions « avec la plus grande fermeté » et demandé que leurs auteurs soient poursuivis, tout en saluant le dispositif de sécurité qui a, selon lui, protégé les commerces. Une partie du débat public s'est d'ailleurs concentrée sur les casseurs et les black blocs, ce qui a, note Blick, largement éclipsé les violences venues de l'extrême droite. Ce point de vue mérite d'être entendu : les dégradations commises par l'ultragauche sont réelles et doivent elles aussi être poursuivies.
L'analyse
Il faut d'abord se garder des conclusions hâtives. Les accusations de passivité policière reposent sur des vidéos et des témoignages ; elles ne sont pas établies à ce stade et le ministre les dément. Il appartient aux enquêtes, et le cas échéant à l'Inspection générale de la police nationale, de dire ce qu'il en est. Accuser sans preuve des fonctionnaires qui encadraient de nombreux cortèges ce jour-là serait injuste.
Mais il serait tout aussi dangereux de minimiser ce qui s'est passé. Des groupes organisés, équipés de matraques, venus dans plus d'une dizaine de villes pour s'en prendre à des cortèges où défilaient notamment des lycéens, ce n'est pas un fait divers. C'est une atteinte directe à une liberté fondamentale. Ces groupes prétendent, selon le ministère de l'Intérieur, protéger les commerces. Or dans une République, le maintien de l'ordre appartient à l'État et à lui seul. Tolérer des milices auto-proclamées, c'est accepter que la rue soit tenue par ceux qui frappent le plus fort.
La tradition gaulliste est claire sur ce point : l'autorité de l'État ne se partage pas. C'est cette même exigence qui commande de réprimer les casseurs d'extrême gauche et les groupes de combat d'extrême droite avec la même rigueur, sans hiérarchie selon la couleur politique. L'impartialité est la condition de la confiance.
Il y a aussi un enjeu social. La mobilisation du 24 octobre portait sur les salaires, le pouvoir d'achat et l'éducation. Si manifester devient risqué, ce sont les plus modestes, les plus jeunes, ceux qui n'ont pas d'autre moyen de se faire entendre, qui renonceront les premiers. La sécurité des cortèges est une question de justice sociale autant que d'ordre public.
Conclusion
Le procès de Nice sera un premier test de la fermeté promise. Mais une réponse au cas par cas ne suffira pas si ces violences se répètent à chaque mobilisation. Le gouvernement pourrait rendre publiques, dans les prochaines semaines, les conclusions des enquêtes ouvertes dans chaque ville, y compris sur le comportement des forces de l'ordre, et engager sans délai les procédures de dissolution qui s'imposent, dans le strict respect du droit. La transparence est la meilleure réponse aux soupçons. Reste une question : le Parlement se saisira-t-il enfin de la montée de ces groupes avant la prochaine journée de mobilisation ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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