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Albanie : derrière la « guerre hybride », une jeunesse que l'Europe ne peut pas ignorer

Après une semaine d'émeutes à Tirana et quelque 300 blessés, Edi Rama dénonce une ingérence étrangère et durcit le ton. Mais la colère des étudiants albanais pose à l'Union européenne une question qu'elle ne peut esquiver : que vaut l'élargissement sans l'adhésion des peuples ?

Par La Rédaction LSRPublié le 21 octobre 2026 à 10:28· 5 min de lecture
Manifestants rassemblés dans une rue de Tirana, le 18 octobre 2026.
Manifestants rassemblés dans une rue de Tirana, le 18 octobre 2026. — Crédit : Photo : Vyolltsa, CC0, via Wikimedia Commons

Depuis le mardi 13 octobre, Tirana vit au rythme des affrontements. Selon un décompte du ministère albanais de l'Intérieur relayé par l'AFP, quelque 300 personnes ont été blessées en une semaine, dont près des deux tiers parmi les forces de l'ordre. Ministères, tribunaux, banques et commerces ont été incendiés ou dégradés. Mardi 20 octobre, le Premier ministre Edi Rama a livré sa lecture des événements : le pays ferait face à une « guerre hybride ».

Une colère ancienne, un embrasement soudain

La violence de ces derniers jours ne sort pas de nulle part. Comme le rappelle la RTBF, une première vague de contestation, surnommée la « révolution des flamants roses », est née au printemps contre un projet touristique de luxe estimé à 4,6 milliards de dollars dans la réserve naturelle de Zvërnec, sur la côte sud. Ce projet est associé à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. Dès juillet, le Comité Helsinki albanais demandait une enquête indépendante sur l'usage de la force par la police.

À l'automne, les étudiants ont pris le relais. D'après Al Jazeera, ils dénoncent depuis des mois le coût des études, la dégradation des conditions d'enseignement et le manque de débouchés. Le politiste Afrim Krasniqi, cité par la chaîne, souligne qu'ils ont manifesté pacifiquement pendant près de trois mois sans obtenir de véritable dialogue. Des soupçons de corruption visant de hauts responsables nourrissent aussi la défiance envers un pouvoir en place depuis 2013.

« Le point d'ébullition de mois de griefs réprimés » — Arlis Alikaj, journaliste, cité par Al Jazeera

Mardi, des centaines d'universitaires ont rejoint les étudiants dans une « marche de solidarité » contre les violences policières, rapporte l'AFP.

La réponse du pouvoir : fermeté et soupçon d'ingérence

Edi Rama refuse de démissionner. Il a rappelé à Reuters que les gouvernements changent par les élections, et l'Albanie a voté en 2025. Devant des proviseurs de Tirana, il a reconnu, selon un communiqué de ses services cité par l'AFP, que la colère repose sur des inquiétudes réelles : coût de la vie, prix du logement, avenir de la jeunesse. Mais il affirme que la violence serait orchestrée et nourrie par des acteurs étrangers, dans le but de freiner les négociations d'adhésion à l'Union européenne. Il avait auparavant accusé la Russie et l'Iran de propager de la désinformation en ligne, selon Euronews. À ce stade, les sources consultées ne font pas état d'éléments publics venant étayer ces accusations.

Le gouvernement a annoncé une série de mesures : abaissement de l'âge de la responsabilité pénale pour les mineurs violents, interdiction des réseaux sociaux avant 16 ans, prime de 2 500 euros pour chaque policier engagé en première ligne. Le Premier ministre a salué la retenue « exemplaire » des forces de l'ordre.

Ces arguments méritent d'être entendus : les Balkans occidentaux sont une cible connue des campagnes d'influence, et aucun État ne peut tolérer que l'on incendie ses ministères.

Bruxelles face à son candidat modèle

La Commission européenne a réagi dès le 18 octobre. Dans un communiqué, elle condamne les incendies et les attaques contre les institutions, demande que les responsables répondent de leurs actes dans le respect du droit, et rappelle que toute réponse doit rester légale et proportionnée. Elle rappelle aussi la liberté de réunion et appelle au dialogue.

L'équilibre est délicat. Après le Monténégro, l'Albanie est l'un des pays des Balkans occidentaux les plus avancés sur le chemin de l'adhésion, avec un objectif fixé à 2030, comme le rappelle Al Jazeera. Selon la même source, Edi Rama a lui-même posé l'alternative lors d'un direct sur les réseaux sociaux, demandant aux Albanais s'ils voulaient « ça » ou l'Union européenne.

C'est précisément là que l'Europe doit être exigeante. Faire de l'adhésion un argument contre la contestation serait un contresens. L'Union n'est pas un label de stabilité accordé à un gouvernement ; c'est une communauté de droit. Ses critères portent sur l'indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, la liberté de la presse et le respect des libertés publiques. Une jeunesse qui réclame des universités dignes et des dirigeants intègres ne s'oppose pas à l'Europe : elle en réclame la promesse.

Une même question, de Paris à Belgrade

La France aurait tort de regarder Tirana de loin. Dans Le Courrier des Balkans, le sociologue Ivica Mladenović rapproche les mobilisations de Paris, Belgrade et Tirana : des jeunesses différentes, mais une même interrogation sur qui décide de l'usage des ressources communes et qui en paie le prix.

Partout, la tentation est de répondre d'abord par l'ordre. L'ordre est nécessaire, mais un État qui ne parle à sa jeunesse que par la police finit par perdre l'autorité qu'il croit défendre. Dans la tradition gaulliste, l'État est le garant de l'intérêt général, non le gardien d'un pouvoir. En 2018, face à une première révolte étudiante, Edi Rama avait remanié son gouvernement et promis un « Pacte pour l'université », dont certaines mesures restent, selon Al Jazeera, inappliquées.

Conclusion : conditionner, accompagner, écouter

La France et ses partenaires ont un levier : le processus d'adhésion lui-même. Plutôt qu'un soutien sans condition à Tirana ou un silence gêné, Paris pourrait plaider pour que le prochain rapport de la Commission sur l'Albanie consacre un chapitre précis à l'enquête sur les violences, de part et d'autre, et au financement de l'enseignement supérieur, avec un appui européen ciblé sur les universités. L'élargissement ne réussira qu'avec les peuples des Balkans, et d'abord avec leur jeunesse. La question est posée à Bruxelles autant qu'à Tirana : veut-on des candidats stables, ou des démocraties solides ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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