Albanie : la révolte des flamants roses met l'Europe face à ses promesses
Depuis douze jours, étudiants et citoyens albanais défient le gouvernement d'Edi Rama dans les rues de Tirana, sur fond de corruption, de vie chère et de projet immobilier lié à la famille Trump. Pour l'Union européenne, qui compte l'Albanie parmi ses candidats les plus avancés, le moment est venu de choisir entre la stabilité et la démocratie.

Samedi 24 octobre, pour le douzième jour consécutif, la jeunesse albanaise a envahi le centre de Tirana. Selon Reuters, les manifestants se sont rassemblés vers 14 heures devant le ministère de l'Éducation, avant que la police anti-émeute ne réplique au gaz lacrymogène, au canon à eau et aux balles en caoutchouc. Un feu a été allumé à la porte du ministère de l'Agriculture. D'après les autorités citées par Euronews et Al Jazeera, plus de 300 manifestants et policiers ont été blessés, et des dizaines de personnes interpellées. Quelque 2 500 policiers avaient été déployés dans la capitale.
Les faits : d'une lagune à toute une génération
Comme le rappelle la Fondation Jean-Jaurès, tout commence au printemps autour d'un projet de complexe touristique de luxe à Zvërnec, dans la lagune protégée de Vjosa-Narta, porté par Affinity Partners, la société de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Le projet avait obtenu en janvier 2025 le statut d'« investisseur stratégique », une procédure que ses critiques jugent opaque. Les manifestants brandissaient des flamants roses en carton, oiseau emblématique de la lagune, et scandaient que l'Albanie n'était pas à vendre.
À la mi-octobre, les étudiants ont rejoint la contestation. Leurs revendications, rapportées par Euronews, sont concrètes : baisse des frais de scolarité, davantage d'investissement public dans l'éducation, fin de la corruption dans le système universitaire. Reuters résume les griefs de fond : corruption perçue au sommet de l'État, manque d'emplois, faiblesse de l'enseignement. Les cortèges se sont étendus à Elbasan et Shkodër, et ont reçu, selon Albanian Daily News, le soutien d'universitaires, de médecins, de syndicats et d'artistes. Une partie des manifestants exige désormais la démission d'Edi Rama, Premier ministre depuis 2013 et reconduit pour un quatrième mandat en 2025.
La violence est réelle : selon Euronews, des bâtiments ont été incendiés et des cocktails Molotov lancés sur les forces de l'ordre.
Les positions en présence
Edi Rama défend une ligne claire : manifester est un droit, la violence un crime. Il a promis, selon Euronews, une réponse de l'État « prolongée et persistante » et affirmé que les casseurs en paieraient le prix judiciaire et financier. Il se dit ouvert au dialogue, sauf avec les émeutiers et les partis qui ne condamnent pas la violence, et a symboliquement disposé des coussins rouges devant son bureau en signe d'invitation. Il attribue aussi une partie des troubles à des « acteurs étrangers » et accuse la Russie et l'Iran d'alimenter la désinformation en ligne, rapporte Al Jazeera. Les sources consultées ne permettent pas, à ce stade, de vérifier ces affirmations.
Ses arguments ne sont pas tous à écarter. Un gouvernement issu des urnes a le devoir de protéger les institutions et les biens, et Edi Rama a rappelé dès le 15 octobre, dans des propos à Reuters cités par Al Jazeera, que les gouvernements changent par des élections. C'est un principe que nul démocrate ne peut balayer.
Mais la réponse des manifestants mérite aussi d'être entendue. Samedi, selon Euronews, des partisans du Parti démocrate d'opposition ont brûlé ces coussins. Les étudiants, eux, refusent toute récupération : leurs pancartes visent à la fois Edi Rama et le chef de l'opposition de centre droit, Sali Berisha. Pour le chercheur Afrim Krasniqi, cité par Al Jazeera, les étudiants ont manifesté pacifiquement pendant près de trois mois sans être écoutés, le pouvoir répondant surtout par des campagnes de dénigrement.
La Commission européenne, enfin, a pris position le 18 octobre. Elle condamne les incendies et les attaques contre les institutions, exige que la réponse de l'État reste légale et proportionnée, et appelle à régler les griefs par un dialogue pacifique, compte tenu de l'engagement de l'Albanie sur le chemin de l'adhésion.
L'analyse : la stabilité ne remplace pas la démocratie
L'Albanie est l'un des candidats les plus avancés à l'entrée dans l'Union, avec le Monténégro. La Fondation Jean-Jaurès relève que le soutien européen a longtemps privilégié la stabilité et la coopération avec le gouvernement en place, au détriment des inquiétudes démocratiques, et juge la parole française trop discrète.
Ce reproche touche juste. Une tradition gaulliste de la politique étrangère a toujours tenu que la souveraineté d'un peuple ne se négocie pas, ni face aux puissances, ni face aux intérêts privés. Le slogan des flamants roses dit exactement cela. Qu'un littoral protégé puisse s'ouvrir à un projet privé lié à la famille du président américain, par une procédure contestée, pose une question que Paris et Bruxelles ne peuvent pas éluder au nom des bonnes relations.
La jeunesse albanaise ne réclame ni la fin de l'Europe ni un homme providentiel. Elle demande des universités abordables, des emplois pour ne pas avoir à partir, des institutions qui rendent des comptes. Selon la Fondation Jean-Jaurès, plus de 1,2 million d'Albanais ont émigré depuis la chute du communisme. Ce sont des revendications de justice sociale et d'égalité des chances, celles-là mêmes que l'Union prétend incarner. Si l'adhésion se réduit à un calendrier technique négocié entre gouvernements, elle perdra ceux qui devraient en être les premiers défenseurs.
Rien de tout cela n'excuse la violence. Mais une démocratie ne se juge pas seulement à sa capacité à rétablir l'ordre. Elle se juge aussi à sa capacité à entendre ceux qui ne sont pas casseurs.
Conclusion : que doit faire la France ?
La France devrait sortir de sa réserve. Elle peut soutenir sans ambiguïté le droit des Albanais à manifester pacifiquement, demander que toute enquête sur les violences, des deux côtés, soit conduite par une justice indépendante, et plaider pour que les prochains rapports d'adhésion examinent sérieusement la transparence des grands projets d'investissement. Car la vraie question posée par Tirana est celle-ci : l'Europe veut-elle s'élargir à des États, ou à des peuples ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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