Bulgarie, suite : Iotova en tête d'un cheveu, l'abstention et la mer Noire dessinent le second tour
La présidente sortante, partisane du dialogue avec Moscou, n'arrive que de justesse devant le pro-européen Andreï Guiourov, sur fond d'abstention record. Le second tour du 1er novembre dira si Sofia reste un partenaire sûr sur le flanc est de l'Union.

Les faits
Le premier tour de l'élection présidentielle bulgare n'a pas désigné de vainqueur. Selon les sondages de sortie des urnes et les décomptes parallèles publiés dimanche soir, la présidente sortante, Iliana Iotova, arrive en tête avec 32,7 à 36,5 % des voix, devant l'ancien Premier ministre par intérim Andreï Guiourov, crédité de 31 à 33,5 %. Les deux candidats s'affronteront au second tour le dimanche 1er novembre, comme le rapportent l'AFP et l'agence AP.
L'écart est bien plus serré que prévu. Le dernier sondage d'Alpha Research, réalisé la semaine précédente, donnait à la présidente sortante près de treize points d'avance. Dimanche soir, l'agence publique BTA a publié cinq décomptes parallèles : quatre placent Iliana Iotova en tête, avec une avance de 1,9 à 5,5 points, tandis que l'institut Market Links donne Andreï Guiourov légèrement devant, à 33,5 % contre 32,7 %. Le nationaliste prorusse Kostadin Kostadinov, chef du parti Vazrajdane, obtiendrait environ 12,5 % des voix selon ces mêmes estimations. Les résultats officiels de la Commission électorale centrale restent à venir.
L'autre fait marquant est l'abstention. Selon la BTA, la participation atteignait 16,04 % à 16 heures, contre 24,12 % au même moment lors de la présidentielle de 2021. Les instituts Alpha Research et Myara l'estimaient à un peu plus de 21 % en début de soirée, d'après la radio publique BNR et le Sofia Globe. L'agence AP parle d'une participation au plus bas historique. Or la loi bulgare exige à la fois une majorité des suffrages et une participation supérieure à 50 % pour qu'un candidat soit élu dès le premier tour.
Les positions en présence
Iliana Iotova, ancienne journaliste, ancienne eurodéputée socialiste et vice-présidente pendant près de dix ans, a succédé en janvier à Roumen Radev, devenu depuis Premier ministre. Elle est soutenue par son parti, Bulgarie progressiste, et par les socialistes. Selon l'AFP, elle se présente comme une « présidente de la paix », reste attachée à l'Union européenne et à l'OTAN, mais critique la poursuite de l'aide militaire à l'Ukraine et plaide pour des négociations entre Moscou et Kiev. Elle met aussi en avant la pauvreté et les inégalités régionales, des sujets bien réels dans l'un des pays les plus modestes de l'Union.
Ce discours a sa cohérence et parle à une partie de l'électorat bulgare, historiquement proche de la Russie et lassé d'une guerre qui pèse sur son économie. Il serait injuste de le réduire à une simple complaisance envers le Kremlin.
Andreï Guiourov, ancien vice-gouverneur de la banque centrale, est soutenu par les formations pro-occidentales Nous poursuivons le changement et Bulgarie démocratique. Selon Anadolu, il a signé avec Kiev un accord de coopération en matière de sécurité lorsqu'il dirigeait le gouvernement intérimaire. D'après l'AP, il a déclaré vouloir que la Bulgarie ait « une voix qui lui soit propre en Europe ».
L'analyse
Le score décevant de la présidente sortante tient sans doute beaucoup à la mer Noire. Les 6 et 13 octobre, rappelle l'AFP, quatre navires marchands ont été frappés par des drones au large des côtes bulgares, et 21 personnes sont portées disparues. Roumen Radev a convoqué l'ambassadrice de Russie en estimant que ces attaques servaient les intérêts de Moscou, sans désigner formellement de coupable faute de preuves. Cité par l'AFP, le politologue Teodor Slavev voit dans le résultat une « gifle électorale cinglante » pour l'exécutif, dont la réponse aux menaces russes aurait paru peu convaincante.
C'est la leçon principale de ce premier tour : quand la sécurité nationale est en jeu, l'ambiguïté se paie. Prôner la paix est légitime, et l'Europe aurait tort de mépriser l'aspiration à la fin des combats. Mais la paix durable suppose le respect du droit international et de la souveraineté des États, ce que des attaques contre des navires civils viennent précisément menacer. Un chef d'État doit pouvoir dire clairement qui menace ses côtes quand les faits sont établis, et exiger une enquête quand ils ne le sont pas.
L'abstention massive est l'autre signal, et il n'est pas propre à la Bulgarie. Après une série d'élections anticipées ces dernières années, une large partie des Bulgares ne croit plus que son vote change quelque chose. L'institut Myara oppose une Bulgarie « conservatrice, populaire et tournée vers l'Est » à une Bulgarie « occidentale, élitiste et libérale ». Ce clivage social et territorial, l'Europe le connaît bien, y compris en France.
Conclusion
Le président bulgare a des pouvoirs surtout protocolaires, mais il représente le pays, nomme les gouvernements intérimaires et commande les armées. Le choix du 1er novembre dira si Sofia reste un partenaire fiable sur le flanc est de l'Union, au moment où la mer Noire devient une ligne de front.
Pour la France et l'Europe, la réponse ne peut pas se limiter à espérer le bon résultat. Si l'Union veut que les Bulgares regardent vers l'Ouest, elle doit leur montrer qu'elle les protège, en renforçant concrètement la sécurité maritime en mer Noire, et qu'elle les aide à rattraper leur retard social. La question reste ouverte : l'Europe saura-t-elle convaincre ceux qui ne votent plus avant de chercher à convaincre ceux qui doutent d'elle ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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