Colère sociale en Europe : l'Italie répond par décret, la jeunesse attend des réponses
Ce samedi, de Milan à Lisbonne et de Madrid à Tirana, des cortèges sont annoncés contre la vie chère et la crise du logement. En Italie, le gouvernement Meloni a choisi de durcir la loi pénale, une voie qui interroge jusqu'à Paris.

Ce samedi 24 octobre, la France n'est pas seule à descendre dans la rue. De Milan à Lisbonne, de Madrid à Tirana, des cortèges sont annoncés une semaine après la journée du 17 octobre, qui avait mêlé mobilisation massive et violences dans plusieurs pays. Partout, la même toile de fond : des fins de mois difficiles, un logement hors de prix et une jeunesse qui dit ne plus voir d'avenir. En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi de répondre d'abord par la loi pénale. Ce choix pourrait inspirer d'autres capitales, Paris comprise.
Les faits : une semaine de colère, un huitième décret
Selon Toute l'Europe, de nouvelles manifestations sont prévues ce samedi à Milan et dans d'autres villes italiennes, à l'appel d'un mouvement baptisé « 17 octobre » et organisé sur les réseaux sociaux. Au Portugal, le collectif « Camp de Lisbonne » manifeste contre la spéculation immobilière, quatre jours après l'évacuation de campements à Lisbonne et Porto qui s'était soldée par 55 interpellations. À Madrid, un cortège national pour la défense des retraites publiques doit partir d'Atocha à midi. En Albanie, étudiants et lycéens manifestent chaque jour depuis le 13 octobre et réclament la démission du Premier ministre Edi Rama.
Le bilan de la semaine passée est lourd. D'après une dépêche de l'AFP reprise par Boursorama, les autorités albanaises ont recensé 167 arrestations et 132 policiers blessés en cinq jours, et des balles en caoutchouc ont été utilisées pour la première fois. À Milan, environ 5 000 personnes ont défilé le 17 octobre, selon Le Petit Journal, avant que des pillages et des incendies n'éclatent en marge du cortège.
La réponse italienne a été rapide. Le Conseil des ministres a adopté le 20 octobre un décret que détaille Al Jazeera : création d'un délit de « participation violente » à une manifestation, puni de cinq ans de prison et de 20 000 euros d'amende ; possibilité de placer en détention administrative des mineurs de 14 à 18 ans jugés dangereux, même sans infraction commise ; responsabilité financière des parents pour les dégâts causés par leurs enfants ; jusqu'à douze ans de prison pour l'organisation de violences via les réseaux sociaux. Cinq cents militaires sont par ailleurs déployés à Milan jusqu'à la fin de l'année. Comme le rapporte La Libre Belgique ce samedi, il s'agit du huitième décret de sécurité depuis l'arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir. Il s'accompagne de 175 millions d'euros pour les routiers, agriculteurs et pêcheurs qui bloquent le sud du pays.
Les positions en présence
Il faut entendre l'argument du gouvernement italien. Des commerces ont été pillés, des policiers blessés, et aucun État ne peut tolérer que la violence s'installe dans ses villes. Le slogan de la présidente du Conseil, « Qui casse, paie », rencontre un écho réel dans une opinion lassée des dégradations. La maire de Gênes, Silvia Salis, reconnaît elle-même, selon Al Jazeera, que les violences de Milan et de Turin ne visaient que la destruction.
Mais les limites de cette stratégie apparaissent déjà. Le président de la République, Sergio Mattarella, a refusé, selon La Libre et Al Jazeera, d'accorder aux soldats des pouvoirs de police judiciaire, comme celui d'interpeller des manifestants. L'ancien président du Conseil et de la Commission européenne Romano Prodi, cité par La Libre, estime qu'un huitième décret signe l'échec des sept précédents. L'association Antigone, qui défend les droits des détenus, craint selon Al Jazeera une aggravation de la surpopulation carcérale, alors que la population détenue a déjà augmenté de plus de 17 % en quatre ans d'après les données gouvernementales.
L'analyse : l'ordre sans la justice ne tient pas
Le cœur du problème n'est pas policier. Une analyse d'Euronews fondée sur les données d'Eurostat montre que les prix de l'alimentation ont augmenté de 34 % dans l'Union européenne entre août 2021 et août 2026. Le pouvoir d'achat alimentaire du salaire minimum a reculé de 5 % en Espagne et de 4 % en France. En Italie, toujours selon Al Jazeera, le coût des dépenses courantes a progressé de 68 % depuis 2000, quand le salaire moyen à temps plein baissait de près de 5 %.
Face à de tels chiffres, une tradition gaulliste du sens de l'État devrait rappeler une évidence : l'autorité ne se décrète pas, elle se mérite. Un État fort est celui qui protège, pas seulement celui qui punit. Placer des adolescents en détention sans infraction, faire payer des familles déjà fragiles, installer durablement des blindés dans une métropole européenne : ce sont des signaux qui risquent de nourrir la défiance qu'ils prétendent combattre. L'historien Gregorio Sorgona, interrogé par Al Jazeera, redoute d'ailleurs que le décret n'intensifie la contestation.
La France est directement concernée. Le ministère de l'Intérieur mobilise 70 000 policiers et gendarmes ce samedi, et Emmanuel Macron a annoncé que les rassemblements non déclarés par les syndicats seraient interdits « partout où on le peut », selon Toute l'Europe. La tentation de suivre la voie italienne existe. Elle serait une erreur si elle tenait lieu de politique.
Conclusion : une réponse européenne à une colère européenne
Quand la même colère s'exprime au même moment dans six ou sept pays, elle cesse d'être une affaire nationale. L'Union européenne dispose d'instruments, du Fonds social européen à la garantie pour la jeunesse, et elle prépare son prochain cadre financier. Elle pourrait faire du logement abordable et du pouvoir d'achat des jeunes une priorité explicite, au même titre que la défense ou la compétitivité. La question est désormais posée aux dirigeants européens : sauront-ils répondre à cette génération autrement que par des décrets de sécurité ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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