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Darfour : plus de 100 morts sur un marché de Nyala, la France doit porter à l'ONU la fin de la guerre des drones

Une frappe de drone sur un marché de Nyala, fief des paramilitaires au Darfour, aurait fait plus de 100 morts selon une organisation soudanaise, un bilan que d'autres sources situent bien plus bas. Alors que Khartoum accuse l'Éthiopie et les Émirats, la France a les moyens d'agir au Conseil de sécurité pour que cessent les frappes contre les civils.

Par La Rédaction LSRPublié le 29 octobre 2026 à 21:30· 4 min de lecture
Rue commerçante et bureau de poste à Nyala, chef-lieu du Darfour-Sud (Soudan), en juin 2012.
Rue commerçante et bureau de poste à Nyala, chef-lieu du Darfour-Sud (Soudan), en juin 2012. — Crédit : Photo : Leovdvxxx, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un marché frappé à la nuit tombée

Lundi 26 octobre, vers 20 heures, au moins une frappe de drone a touché un marché nocturne de Nyala, chef-lieu du Darfour-Sud et place forte des Forces de soutien rapide (FSR), les paramilitaires en guerre contre l'armée soudanaise depuis avril 2023. Trois jours plus tard, le bilan reste incertain, et c'est déjà en soi une information.

Le groupe de défense des droits Emergency Lawyers fait état de 102 morts et 113 blessés, en majorité des femmes et des enfants, selon Al Jazeera. Le Sudan Doctors Network avance un bilan provisoire de 21 morts et plus de 40 blessés, proche de celui qu'une source hospitalière avait donné à l'AFP dès mardi. Médecins sans frontières indique de son côté que l'hôpital qu'elle soutient a reçu 36 corps, dont 21 en tenue civile, et que ses équipes ont vu plus de 150 blessés. L'ONG signale aussi une seconde frappe sur un quartier d'habitation. Aucun de ces chiffres n'a pu être vérifié de manière indépendante.

L'auteur de la frappe n'est pas officiellement établi. MSF et Emergency Lawyers l'attribuent à l'armée régulière. Un porte-parole des forces spéciales qui combattent aux côtés de l'armée a revendiqué, d'après Al Jazeera, une frappe « précise et ciblée » sur un camp de recrues des FSR à l'ouest de Nyala, sans évoquer le marché. Des témoins cités par la presse affirment que des combattants paramilitaires fréquentaient les lieux.

Une guerre devenue aérienne

Cette tragédie s'inscrit dans une escalade documentée par les Nations unies. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme a recensé au moins 306 morts dans des frappes de drones au cours des trois premières semaines d'octobre, imputées selon les cas à l'armée ou aux FSR : un camion de transport frappé à deux reprises au Kordofan-Occidental, des déplacés dans le Nil Bleu, des hôpitaux, des centrales électriques. Volker Türk a appelé les deux camps à s'engager dans un cessez-le-feu. Mercredi, l'ONU a de nouveau condamné ces attaques, et l'ambassade de France au Soudan a jugé l'escalade récente des frappes « totalement inacceptable », où qu'elles aient lieu, selon Dabanga.

La guerre déborde aussi les frontières. Mercredi, le sous-secrétaire soudanais aux Affaires étrangères, Muawiya Osman Khalid, a accusé l'Éthiopie d'avoir laissé décoller de son sol des drones ayant frappé des installations électriques et pétrolières, et a dénoncé une « agression éthio-émiratie », rapporte The Rio Times. Khartoum a présenté des débris et des trajectoires que la presse n'a pas pu authentifier. Addis-Abeba n'avait pas réagi à cette nouvelle accusation, après avoir qualifié de sans fondement des allégations similaires en mai. Les Émirats arabes unis ont, eux, toujours démenti armer les FSR.

Les arguments en présence

Le gouvernement soudanais soutient que ses frappes visent des cibles militaires dans des villes que les FSR ont transformées en bases, et qu'un État agressé a le droit de se défendre contre une milice accusée de massacres au Darfour. L'argument n'est pas à balayer : les paramilitaires ont eux-mêmes été mis en cause par l'ONU pour des attaques contre des civils, et, selon l'AFP, ce sont leurs drones qui ont privé d'électricité cette semaine une large partie de Khartoum et de l'est du pays.

Mais le droit international humanitaire ne connaît pas de bon camp. Il impose de distinguer combattants et civils, et de renoncer à une frappe dont les pertes civiles prévisibles seraient excessives. Un marché bondé à la nuit tombée ne devient pas une cible parce que des combattants s'y trouvent. MSF l'a résumé sobrement :

Les marchés, les maisons et les infrastructures civiles ne sont pas des cibles. — Médecins sans frontières

Ce que la France peut faire

Le Soudan n'est pas une guerre lointaine sans prise pour Paris. La France a accueilli en avril 2024 la conférence humanitaire internationale sur le Soudan. Elle siège au Conseil de sécurité, où un embargo sur les armes à destination du Darfour existe depuis 2004. Elle entretient avec les Émirats un partenariat stratégique et militaire étroit, et avec l'Éthiopie un dialogue ancien. Elle dispose donc à la fois d'une tribune et de leviers.

La tradition gaulliste de la diplomatie française, celle qui refusait de choisir son camp par alignement plutôt que par principe, devrait guider la réponse. Condamner les frappes d'où qu'elles viennent est nécessaire, mais ne suffit plus. Trois pistes paraissent à portée. D'abord, porter au Conseil de sécurité l'extension de l'embargo à l'ensemble du territoire soudanais, avec un mécanisme crédible de contrôle des livraisons de drones. Ensuite, soutenir une enquête internationale indépendante sur Nyala et sur les frappes recensées en octobre, afin que les bilans contradictoires laissent place à des faits établis. Enfin, demander publiquement à nos partenaires, Abou Dhabi compris, des garanties vérifiables sur l'absence de tout soutien militaire aux belligérants.

Il y a aussi un enjeu de solidarité concrète. Le Soudan connaît, selon l'ONU, la plus grave crise de déplacement au monde, et la malnutrition aiguë des enfants progresse à Nyala même.

Une question pour l'Europe

Pendant que l'attention se porte sur Gaza, l'Ukraine ou le détroit d'Ormuz, la guerre du Soudan tue dans un relatif silence, à quelques heures d'avion de nos frontières et sur une route migratoire qui mène à la Méditerranée. L'Union européenne, qui revendique une diplomatie fondée sur le droit, acceptera-t-elle d'exercer une pression réelle sur les puissances qui alimentent ce conflit, y compris lorsqu'il s'agit de ses propres partenaires commerciaux ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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