LSR

Dette : à deux jours du verdict de Moody's, l'illusion de l'effacement et l'urgence de la justice

Alors que Moody's pourrait dégrader la note de la France vendredi, Jean-Luc Mélenchon défend l'annulation de la dette détenue par la BCE. Entre promesse indolore et austérité aveugle, une autre voie existe : un redressement juste et une ambition européenne.

Par La Rédaction LSRPublié le 21 octobre 2026 à 08:29· 4 min de lecture
L'hôtel de Toulouse, siège de la Banque de France, rue Radziwill à Paris, en septembre 2016.
L'hôtel de Toulouse, siège de la Banque de France, rue Radziwill à Paris, en septembre 2016. — Crédit : Photo : Guilhem Vellut, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Vendredi 23 octobre, l'agence Moody's doit rendre son verdict sur la note de la France. Selon TF1 Info et des économistes interrogés par BFM Business, une dégradation serait probable. Au même moment, la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'effacer la part de la dette détenue par la Banque centrale européenne revient dans le débat de la présidentielle. Deux manières opposées de parler du même problème, qui méritent d'être examinées sans caricature.

Les faits

D'après l'Agence France Trésor, Moody's note la France Aa3 avec une perspective négative depuis avril 2026. Comme le rapportait Reuters début octobre, l'agence jugeait alors très incertaine l'adoption du budget 2027 et ne voyait pas de sortie rapide de la fragmentation politique. Le contexte ne s'est pas éclairci : selon la presse économique, le vote sur le volet recettes du projet de loi de finances a été repoussé au 27 octobre, faute d'avoir pu examiner à temps plus de 2 000 amendements.

Les chiffres sont connus. Selon l'INSEE, la dette publique atteignait 3 595,5 milliards d'euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119 % du PIB, contre 117,5 % trois mois plus tôt. Elle a progressé de près de 60 milliards en un trimestre.

C'est dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon défend son idée. Sur son blog, le candidat insoumis propose de « congeler » les titres détenus par la BCE, qui représenteraient selon lui environ un cinquième de la dette française. Public Sénat et Euronews évoquent environ 18 % de la dette, soit quelque 600 milliards d'euros selon Euronews. Lors de la braderie de Lille, rapporte L'Express, il a précisé viser la seule dette détenue par la BCE, pas celle des prêteurs privés.

Les positions en présence

Il faut d'abord exposer loyalement l'argument insoumis. Pour Jean-Luc Mélenchon, l'opération serait un jeu d'écriture dans le bilan de la banque centrale, sans perdant. Il rappelle que l'Allemagne a bénéficié en 1953 d'un large effacement de ses dettes et imagine une coalition avec l'Italie, l'Espagne, la Grèce et la Belgique. Le banquier Matthieu Pigasse défend une idée voisine. Et l'opinion n'y est pas hostile : selon un sondage YouGov pour le HuffPost cité par L'Express, 47 % des Français y étaient favorables début septembre, contre 31 % d'opposants.

Les objections sont nombreuses. Sur le plan juridique, les traités interdisent le financement monétaire des États, et la Banque de France ne décide pas seule : elle appartient à l'Eurosystème, dont le Conseil des gouverneurs est collégial. Thierry Breton, cité par Euronews, juge l'opération impossible pour cette raison. Christine Lagarde l'avait qualifiée d'« inenvisageable » en 2021, rappelle Public Sénat. Sur le plan économique, Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, fait valoir selon Euronews que l'État économiserait des intérêts mais perdrait d'autant les bénéfices que lui reverse la Banque de France. Des économistes interrogés par Public Sénat redoutent enfin un signal de défiance envers tous les créanciers, et donc une hausse des taux. À droite, Jordan Bardella a mis en garde contre l'inquiétude des investisseurs ; au gouvernement, le ministre de l'Économie Roland Lescure parle de risque de crise financière.

L'analyse

Le débat est mal posé des deux côtés. La proposition insoumise touche une vraie question : la charge des intérêts pèse de plus en plus sur le budget et prive l'État de marges pour l'école, l'hôpital ou la transition écologique. Mais elle promet une solution indolore à un problème qui ne l'est pas. Si Olivier Blanchard a raison, le gain net serait faible ; si les marchés réagissent comme le craignent les économistes cités, il serait même négatif. Surtout, une France qui agirait seule romprait avec ses partenaires européens. Pour une tradition gaulliste attachée à la parole de l'État, la souveraineté ne consiste pas à renier ses engagements, mais à garder la maîtrise de son destin financier.

À l'inverse, ceux qui réduisent la question à la note des agences oublient l'essentiel. Une dégradation n'est pas une fatalité morale, c'est le constat d'une impasse politique. Et la sortie de cette impasse ne peut pas reposer sur les seuls services publics ou les retraités. Le redressement des comptes n'est acceptable que s'il est juste : contribution des plus hauts patrimoines, lutte résolue contre l'optimisation fiscale, revue des aides aux entreprises sans contrepartie.

Le mérite involontaire de Jean-Luc Mélenchon est de rappeler que la dette est aussi une affaire européenne. Après le Covid, l'Union a su emprunter en commun pour investir. C'est sur ce terrain, celui d'une capacité d'investissement européenne pour le climat, l'énergie et la défense, que la France pourrait peser, avec des alliés plutôt que contre eux.

Conclusion

Vendredi, Moody's jugera moins nos chiffres que notre capacité à décider. La meilleure réponse ne serait ni l'effacement magique ni l'austérité aveugle, mais un budget adopté, juste dans la répartition de l'effort, et une initiative française pour relancer l'emprunt européen d'investissement. La question est posée aux candidats de 2027 : qui osera proposer un redressement qui ne sacrifie ni la parole de la France ni la justice sociale ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

Partager

L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

À lire aussi