Israël aux urnes : quand la crise française devient un argument de campagne
À six jours des législatives israéliennes, Benyamin Netanyahou et Itamar Ben-Gvir font des violences du 17-Octobre un thème de campagne, dans le sillage de Donald Trump. Face à ces récits importés, la France doit répondre par les faits et par une diplomatie européenne fidèle au droit international.
À six jours des élections législatives israéliennes du 27 octobre, la France s'est invitée dans la campagne. Les violences du 17 octobre sont devenues, à Jérusalem comme à Washington, le décor de discours tournés vers leur propre électorat.
Les faits
Mardi 20 octobre, dans un entretien accordé à la chaîne i24NEWS, Benyamin Netanyahou a affirmé que la France avait « cédé à l'invasion de l'islam extrémiste », rapportent le Times of Israel et le HuffPost. Le Premier ministre israélien a ajouté avoir prévenu Emmanuel Macron, après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, que la menace finirait par atteindre Paris.
La veille, selon Haaretz, Itamar Ben-Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, publiait une vidéo de campagne générée par intelligence artificielle montrant un Palestinien expédié de Gaza vers Paris. Toujours selon le quotidien israélien, la diplomatie française a répondu sur X par l'ironie. Le ministre israélien est interdit de territoire français depuis le 23 mai 2026, une décision annoncée par Jean-Noël Barrot après le traitement infligé aux militants de la flottille pour Gaza, comme le rappelle Euronews.
Dimanche 18 octobre, Donald Trump écrivait « La France brûle ! » et appelait Paris à fermer ses frontières, d'après i24NEWS. Le même jour, le président américain apportait à Benyamin Netanyahou un soutien qu'il a qualifié de « total et inconditionnel ». Le lendemain, son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, rencontrait le Premier ministre israélien lors d'une visite non annoncée sur la base d'Uvda, selon Al Jazeera, qui cite Reuters.
Le scrutin s'annonce serré. D'après la moyenne des sondages compilée par The New Arab, ni le bloc de Benyamin Netanyahou ni celui de Gadi Eisenkot n'atteindraient les 61 sièges nécessaires, chacun étant crédité d'environ 51 sièges sur 120. Le parti Yashar de l'ancien chef d'état-major devancerait de peu le Likoud, tandis que le parti d'Itamar Ben-Gvir pourrait obtenir huit sièges.
Ce que l'on sait des violences en France
Le récit importé de l'étranger se heurte aux éléments disponibles. La mobilisation portait sur le pouvoir d'achat : 550 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, 800 000 selon la CGT, d'après i24NEWS. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a indiqué ne pas pouvoir confirmer un lien politique des casseurs parisiens avec l'ultragauche, et les personnes interpellées revendiquent peu de choses, rapporte Blick. Aucun élément public ne fonde la thèse d'une « invasion de l'islam extrémiste », relève le HuffPost.
L'attribution des violences fait d'ailleurs débat en France même. Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ont mis en cause des groupes d'ultragauche, et un homme présenté comme proche de cette mouvance a été interpellé dans l'enquête sur l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges, selon l'AFP. Mais Mediapart a publié des échanges dans lesquels un officier du renseignement territorial affirme qu'on aurait demandé à ses services d'attribuer le mouvement à La France insoumise, une thèse que ses collègues jugeraient fausse. Le ministère de l'Intérieur dément toute consigne de ce type, précise LCP.
Les positions en présence
Il faut entendre l'argument du camp Netanyahou. Israël se présente comme une démocratie en première ligne face à l'islamisme, et la France a payé un lourd tribut au terrorisme djihadiste. Le Premier ministre israélien reproche aussi à Paris sa reconnaissance de l'État de Palestine en septembre 2025, qu'il accuse de nourrir l'antisémitisme, rappelle le HuffPost. Pour ses partisans, c'est de la lucidité, non de l'ingérence.
En face, l'opposition israélienne fait campagne sur la sécurité et la responsabilité du 7-Octobre. Gadi Eisenkot conteste la doctrine sécuritaire du Premier ministre, rapporte i24NEWS, et le juge inapte à conduire une nouvelle opération contre l'Iran, selon le Times of Israel. Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, invite cependant à la prudence : sur la question palestinienne, les positions de cette opposition seraient plus proches de celles de Benyamin Netanyahou qu'on ne l'imagine.
L'analyse
À Washington comme à Jérusalem, une crise sociale française est relue à travers le seul prisme de l'immigration et de l'islam. Ce récit efface ce qui a mis les gens dans la rue : le coût de la vie, les prix de l'énergie, l'inquiétude d'une jeunesse qui doute de l'avenir.
Une tradition gaulliste ne s'en accommode pas. La souveraineté, ce n'est pas seulement refuser les ordres ; c'est aussi refuser que d'autres écrivent à notre place le diagnostic de nos fractures. Que des dirigeants étrangers en campagne utilisent la France comme repoussoir ne dit rien de la France, mais beaucoup de leurs propres besoins électoraux. Le danger est ailleurs : à six mois de notre élection présidentielle, ces récits nourrissent ici ceux qui veulent opposer l'ordre au désordre plutôt que traiter les causes sociales des colères.
Pour l'Europe, l'enjeu dépasse la polémique. Si Benyamin Netanyahou l'emporte avec l'appui d'un Itamar Ben-Gvir renforcé, la relation euro-israélienne restera sous tension, notamment sur Gaza et la Cisjordanie. Si l'opposition gagne, rien ne garantit, selon l'IRIS, un changement de cap sur la colonisation.
Une réponse par les faits et le droit
La France n'a rien à gagner à l'escalade verbale. Elle a tout à gagner à répondre par les faits, en publiant, dès que l'enquête le permet, un bilan précis des interpellations et des poursuites. Après le 27 octobre, elle devrait proposer à ses partenaires une ligne européenne claire : dialogue avec tout gouvernement israélien qui respecte le droit international, et sanctions ciblées contre les responsables qui appellent à la haine, comme Paris et Rome l'avaient demandé en mai pour Itamar Ben-Gvir. Reste une question : l'Union européenne saura-t-elle, cette fois, parler d'une seule voix ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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