Serbie : la rue étudiante défie Vučić dans les urnes, l'Europe ne peut pas rester spectatrice
Environ 150 000 personnes ont défilé jeudi à Belgrade derrière la liste étudiante, à trois jours des législatives anticipées du 25 octobre. Face à un Aleksandar Vučić qui a quitté la présidence pour viser la tête du gouvernement, le scrutin teste autant la démocratie serbe que la cohérence de l'Union européenne.

Ils étaient environ 150 000 jeudi soir dans le centre de Belgrade, selon l'Archive des rassemblements publics, un collectif indépendant qui compte les foules, cité par l'agence bulgare Novinite. Le cortège a convergé vers la place Slavija pour le dernier grand meeting de la liste étudiante avant les législatives anticipées de ce dimanche 25 octobre. Près de deux ans après le drame de Novi Sad, la contestation née dans les facultés se présente désormais devant les électeurs.
Les faits
Tout part de novembre 2024 : l'auvent en béton de la gare de Novi Sad, tout juste rénovée, s'effondre et tue seize personnes. Comme le rappelle l'AFP, la catastrophe, largement imputée à la corruption, a provoqué les plus grandes manifestations depuis la chute de Slobodan Milošević en 2000. En mars 2025, un rassemblement à Belgrade avait réuni environ 300 000 personnes selon un décompte indépendant.
Face à cette pression, Aleksandar Vučić a dissous l'Assemblée nationale le 9 septembre, rapporte Toute l'Europe. Le 28 septembre, il a quitté la présidence de la République, sept mois avant la fin de son second mandat, pour conduire la liste du camp au pouvoir et briguer le poste de Premier ministre, selon Euronews. La Constitution lui interdisait un troisième mandat présidentiel. La présidente du Parlement, Ana Brnabić, assure l'intérim, et une présidentielle doit se tenir d'ici fin décembre.
En face, la liste étudiante aligne 250 candidats pour 250 sièges. D'après l'AFP, la plupart n'ont jamais exercé de mandat ; beaucoup viennent de l'université. Le mouvement n'a pas de chef : des assemblées de facultés désignent les candidats. Son programme met la lutte contre la corruption au centre, avec l'accès aux soins et le logement abordable. Une coalition pro-occidentale, Serbie européenne, se présente séparément.
Un scrutin incertain, une campagne contestée
Les sondages se contredisent. Euronews cite une enquête Faktor Plus de septembre qui donne 48,6 % à la liste de Vučić contre 37,1 % aux étudiants, et une étude de l'ONG CRTA, réalisée en juin sur un échantillon plus large, qui inverse le rapport : 44,9 % pour les étudiants, 35,7 % pour le Parti progressiste serbe (SNS). Les deux mesures sont difficiles à comparer, et Novinite souligne l'absence de sondages indépendants fiables.
Les conditions de la campagne posent question. Selon des données d'observation électorale reprises par Euronews, Vučić a occupé 46 % du temps d'antenne consacré aux responsables politiques sur quatre chaînes nationales, et 91 % des contenus sur la liste étudiante avaient un ton négatif. Des organisations de la société civile, citées par Novinite, dénoncent intimidations, arrestations et usage des moyens publics, et estiment que les conditions d'un scrutin libre et équitable ne sont pas réunies. Le gouvernement a par ailleurs annoncé une enveloppe de 980 millions d'euros pour les retraités et les anciens combattants, que l'opposition assimile à une campagne avant l'heure, rapporte Toute l'Europe.
Les positions en présence
Le pouvoir défend son bilan et sa stature. Vučić se présente comme un dirigeant indispensable, capable de tenir l'équilibre entre Bruxelles et Moscou, note l'AFP. Il a appelé ses partisans à protéger l'État et qualifie le mouvement étudiant de tentative de coup d'État financée par l'étranger. Il rejette les accusations de violences contre ses opposants et de liens avec le crime organisé. Son camp met aussi en avant le geste de clémence annoncé fin septembre : grâce ou amnistie pour 49 personnes impliquées dans des affaires liées aux manifestations, dont onze de ses propres soutiens, selon Euronews.
Ces arguments méritent d'être entendus : la stabilité compte dans une région marquée par les guerres des années 1990, et un mouvement sans chef ni expérience du pouvoir soulève de vraies questions sur sa capacité à gouverner. Mais l'accusation d'ingérence étrangère, répétée sans preuve publique, ne répond pas à la question posée depuis Novi Sad : qui est responsable, et la justice a-t-elle pu faire son travail ?
Les étudiants gagnent ! — Jugoslav Gašić, professeur et candidat de la liste étudiante
Ce que l'Europe joue à Belgrade
La Serbie est candidate à l'Union européenne depuis 2012, mais le processus est enlisé, faute de réformes suffisantes sur l'État de droit et en raison des tensions avec le Kosovo, rappelle Toute l'Europe. Belgrade n'a pas appliqué les sanctions contre la Russie depuis 2022. Parmi les exigences de Bruxelles figurent justement des conditions d'élections libres et équitables.
Sept eurodéputés de six groupes politiques observent le vote au sein de la mission du BIDDH de l'OSCE, indique Eunews. Leur déclaration conjointe est attendue lundi. Elle comptera : pendant des années, l'Union a ménagé un dirigeant jugé utile pour la stabilité des Balkans, au risque de paraître fermer les yeux sur le recul démocratique.
Pour la France, l'enjeu est double. Fidèle à une tradition gaulliste attachée à l'amitié franco-serbe et à l'équilibre européen, Paris a intérêt à une Serbie stable. Mais une stabilité qui ne repose pas sur un pluralisme réel des médias et sur une justice indépendante n'est qu'un sursis. Et une jeunesse qui réclame des infrastructures sûres, des institutions honnêtes et une justice qui fonctionne parle le langage que l'Europe prétend défendre.
Et lundi ?
Quel que soit le résultat, l'Union devra choisir sa ligne. Si les observateurs constatent des atteintes graves, Bruxelles et Paris devraient le dire clairement et conditionner les fonds de préadhésion à des réformes vérifiables sur l'indépendance de la justice et des médias. Si la liste étudiante l'emporte, il faudra l'aider à transformer une colère légitime en institutions solides. La question reste ouverte : l'Europe saura-t-elle, cette fois, préférer la démocratie à la commodité ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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