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Tunisie : la colère gronde autour de Tunis, l'Europe ne peut plus regarder ailleurs

Après la mort d'un homme interpellé par la police, la banlieue de Tunis et la région de Sfax ont connu jeudi des affrontements rares. Une semaine après une manifestation d'ampleur contre Kaïs Saïed, l'Union européenne, liée à Tunis par un accord migratoire, doit dire ce qu'elle soutient vraiment.

Par La Rédaction LSRPublié le 23 octobre 2026 à 10:31· 4 min de lecture
L'avenue Habib-Bourguiba, artère centrale de Tunis, en février 2015.
L'avenue Habib-Bourguiba, artère centrale de Tunis, en février 2015. — Crédit : Photo : Bahbouhe, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les faits

Jeudi 22 octobre, la police tunisienne a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants à Ettadhamen, quartier populaire de la périphérie de Tunis, rapporte l'agence Reuters. Des habitants ont bloqué des routes, brûlé des pneus et jeté des pierres. À l'origine de la colère : la mort d'un jeune homme interpellé chez lui, soupçonné de trafic de stupéfiants.

Les versions divergent. Selon le site tunisien Business News, le père du défunt affirme dans une vidéo que son fils aurait été frappé par des agents lors de la descente, et annonce son intention de poursuivre les responsables. Une source sécuritaire citée par Mosaïque FM soutient au contraire que le suspect aurait avalé des stupéfiants pendant l'intervention avant que son état ne se dégrade. Une enquête a été ouverte et, selon Reuters, le ministère de l'Intérieur ne s'était pas exprimé jeudi. Rien ne permet de trancher à ce stade.

D'après Reuters, des heurts ont aussi éclaté à Jebiniana et à Agareb, dans la région de Sfax, après la mort d'un homme survenue, selon ses proches, lors d'une poursuite policière. À Sfax, des étudiants ont manifesté après le décès d'une camarade, en reprochant à l'ambulance d'être arrivée trop tard faute d'équipements.

Ces incidents surviennent dans un climat déjà tendu. Le samedi 17 octobre, plusieurs milliers de personnes, plus de 3 000 selon l'AFP citée par Al Jazeera, ont défilé sur l'avenue Habib-Bourguiba à l'appel de la centrale syndicale UGTT, avec des partis d'opposition, pour réclamer la libération des opposants détenus et le retour des libertés. Mercredi 21 octobre, le tribunal militaire permanent de Tunis a condamné Olfa Hamdi, présidente du parti Troisième République, à quatre ans de prison pour complot contre la sûreté de l'État et incitation de militaires à la désobéissance, a indiqué son avocat à l'AFP, selon Business News. Les poursuites visaient des publications Facebook critiques du pouvoir.

Les positions en présence

Kaïs Saïed, qui a suspendu le Parlement en 2021 puis fait adopter en 2022 une Constitution renforçant les pouvoirs présidentiels, met en avant l'unité de l'État et la reddition des comptes. Ses partisans y voient une lutte nécessaire contre la corruption et contre un système partisan jugé impuissant après la révolution de 2011.

En face, l'UGTT et une opposition longtemps divisée dénoncent la concentration du pouvoir, la hausse des prix, les pénuries de médicaments et les coupures d'eau et d'électricité, selon Al Jazeera. Le secrétaire général du syndicat, Salah Eddine Salmi, a prévenu que le silence ne serait plus acceptable.

Côté européen, l'Union est liée à Tunis par un protocole d'accord signé le 16 juillet 2023, présenté par la Commission comme un partenariat stratégique et global. Ses défenseurs font valoir que la stabilité tunisienne et la baisse des départs vers l'Europe justifient de travailler avec le pouvoir en place. Quarante-six ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, estiment au contraire, dans une déclaration commune publiée en juillet 2026, que les 105 millions d'euros du volet migratoire soutiennent des forces impliquées dans de graves abus. Elles contestent aussi l'inscription de la Tunisie, en février 2026, sur la liste européenne des pays d'origine sûrs.

L'analyse

Il faut se garder de deux erreurs. La première serait de voir dans les heurts d'Ettadhamen une répétition de 2011 : les faits connus ne le permettent pas. La seconde serait de les ranger parmi les faits divers. Quand une banlieue s'embrase après la mort d'un homme interpellé, quand des étudiants accusent le manque d'ambulances et quand le premier syndicat du pays descend dans la rue, c'est la promesse sociale de l'État qui est en cause.

L'argument de la stabilité mérite d'être pris au sérieux. Aucun gouvernement européen ne souhaite une Tunisie en désordre, et la France moins que tout autre, tant les liens entre les deux rives sont étroits. Mais la stabilité ne se décrète pas. Elle repose sur des services publics qui fonctionnent, sur une justice indépendante et sur la possibilité de critiquer le pouvoir sans finir devant un tribunal militaire. Un pays où l'on manque de médicaments ne retiendra pas durablement sa jeunesse, quels que soient les moyens donnés à ses garde-côtes.

La tradition diplomatique française, de De Gaulle à Chirac, repose sur le respect de la souveraineté des États. Elle n'a jamais signifié l'indifférence. En novembre 2025, Kaïs Saïed avait convoqué l'ambassadeur de l'Union européenne, Giuseppe Perrone, après sa rencontre avec la direction de l'UGTT, rapportait allAfrica. Bruxelles avait répondu que dialoguer avec la société civile relevait du travail normal d'un diplomate. C'était la bonne réponse, et elle vaut pour les familles qui demandent aujourd'hui la vérité.

Le défaut de l'accord de 2023 tient à son équilibre : en concentrant l'attention sur le contrôle des frontières, l'Europe traite les conséquences plutôt que les causes, à savoir le chômage des jeunes, la hausse des prix et des services publics à bout de souffle.

Conclusion

La France pourrait porter au Conseil de l'Union une proposition simple : maintenir le partenariat avec la Tunisie, mais réorienter une part des fonds vers la santé, l'eau et l'emploi des jeunes, et conditionner le volet migratoire à un contrôle indépendant du respect des droits humains, comme y invitent les recommandations de 2024 de la Médiatrice européenne et de la Cour des comptes européenne rappelées par les ONG. La question reste posée : l'Europe veut-elle une Tunisie qui retient ses migrants, ou une Tunisie où l'on a envie de rester ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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