Abbas demande à Chypre de jouer les médiateurs : l'Europe doit préparer la prochaine fenêtre de paix
Reçu à Nicosie, Mahmoud Abbas espère rouvrir des négociations avec le futur gouvernement israélien et sollicite la médiation de Chypre. Alors qu'aucune majorité ne se dégage à la Knesset, la France, qui a reconnu l'État de Palestine, doit aider l'Europe à se tenir prête.

À Nicosie, jeudi 29 octobre, Mahmoud Abbas a choisi un lieu et un moment. Le président de l'Autorité palestinienne, reçu par le président chypriote Nikos Christodoulides, a dit espérer que la formation d'un nouveau gouvernement en Israël permette de rouvrir des négociations de paix, et il a demandé à Chypre de jouer les intermédiaires. Le geste est modeste. Il tombe pourtant au moment précis où la scène politique israélienne est suspendue, et il pose à l'Europe, donc à la France, une question qu'elle ne pourra pas esquiver longtemps.
Les faits
Selon Euronews et l'AFP, reprise par le Times of Israel et Arab News, Mahmoud Abbas a rappelé que les Palestiniens tendent la main à Israël depuis longtemps.
We have been extending a hand to the Israeli side — Mahmoud Abbas
Il a souhaité pouvoir engager le dialogue dès qu'un nouveau gouvernement israélien serait formé.
D'après le Cyprus Mail, il a estimé que Chypre, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties, pourrait jouer un rôle « très significatif », à condition que toute médiation repose sur le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Il a cité l'Espagne, la France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas parmi les États européens dont les positions seraient proches de celles des Palestiniens, et plaidé pour un rôle européen plus important. Nikos Christodoulides a répondu que Chypre était prête à assumer le rôle que les Palestiniens jugeraient utile, en se présentant comme un relais entre la région et l'Union européenne.
Le contexte israélien explique le calendrier. Selon les résultats définitifs rapportés par Euronews, le bloc de Benyamin Nétanyahou obtient 53 sièges sur 120, l'opposition menée par Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes un record de 19 sièges. Aucun camp n'atteint la majorité de 61. La nouvelle Knesset doit être installée le 10 novembre, puis le président Isaac Herzog désignera la personnalité la mieux placée pour former une coalition, avec 28 jours prolongeables. Les tractations pourraient donc durer des semaines.
Les positions en présence
Il faut d'abord entendre les sceptiques, et leurs arguments ne sont pas minces. Comme le souligne l'AFP, la négociation d'une solution à deux États a largement disparu du débat politique israélien dominant. Une victoire de l'opposition menée par Gadi Eisenkot, si elle se concrétisait, ne garantirait pas à elle seule une reprise des pourparlers. Côté palestinien, l'Autorité de Mahmoud Abbas n'exerce, rappelle Arab News, qu'une autonomie limitée en Cisjordanie, ce qui fragilise sa capacité à engager tout un peuple. Pour beaucoup en Israël, tendre la main sans offrir de garanties de sécurité ni de réformes internes ne changerait rien.
D'autres jugent au contraire que le moment ne se représentera pas de sitôt. Le gouvernement sortant comptait, selon Arab News, des ministres qui appelaient ouvertement à annexer la Cisjordanie, où plus de 500 000 colons vivent dans des implantations illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens. Le recul du parti d'Itamar Ben-Gvir et la mobilisation inédite de l'électorat arabe, relevés par Euronews, montrent qu'une partie de la société israélienne refuse cette fuite en avant. Une fenêtre, même étroite, existe.
L'analyse
La démarche palestinienne a une habileté évidente : passer par un État membre de l'Union européenne, voisin d'Israël et en bons termes avec lui, plutôt que par les grandes puissances. Elle rappelle aussi une réalité que Paris connaît bien. En septembre 2025, la France a reconnu l'État de Palestine à l'ONU, comme l'a annoncé le ministère des Affaires étrangères, avec plusieurs partenaires européens. Cette reconnaissance n'était pas une fin. Elle n'a de sens que si elle sert à rouvrir un chemin politique.
Or l'Europe a pris l'habitude de commenter plus que d'agir. Elle compte parmi les principaux bailleurs de fonds des Palestiniens, un partenaire commercial majeur d'Israël, et pourtant elle laisse à Washington le monopole de l'initiative. Dans la tradition gaulliste, la diplomatie française a toujours tenu ensemble deux exigences : la sécurité d'Israël, qui n'est pas négociable, et le droit des Palestiniens à un État, qui ne l'est pas davantage. Cette ligne d'équilibre est précisément celle que réclame le droit international.
Attendre qu'une coalition se forme à Jérusalem pour réfléchir serait une erreur. Il faut préparer dès maintenant ce que l'Europe pourrait proposer : des garanties de sécurité crédibles, un soutien conditionné à des réformes et à des élections palestiniennes, un plan de reconstruction pour Gaza, et une position ferme contre toute annexion. Une médiation chypriote n'aura de poids que si elle est adossée à l'Union tout entière.
Conclusion
Mahmoud Abbas a tendu une main dont personne ne sait encore qui la saisira. La réponse appartient d'abord aux Israéliens, dont il faut respecter le vote. Mais la France, qui a franchi le pas de la reconnaissance, a une responsabilité particulière : proposer à ses partenaires européens, avant le 10 novembre, une feuille de route commune pour que la prochaine fenêtre diplomatique ne se referme pas faute d'avoir été préparée. L'Europe saura-t-elle, pour une fois, arriver à l'heure ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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