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Abou Dhabi : Moscou, Washington et Kiev se reparlent, l'Europe doit obtenir sa place

Le Kremlin annonce des pourparlers à trois avec l'Ukraine et les États-Unis à Abou Dhabi en novembre, en tenant les Européens à l'écart. Pour peser sur une paix qui engage leur propre sécurité, les Vingt-Sept doivent enfin parler d'une seule voix.

Par La Rédaction LSRPublié le 24 octobre 2026 à 08:28· 4 min de lecture
Alexander Stubb, Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky à Washington, le 18 août 2025, lors d'une rencontre sur la guerre en Ukraine.
Alexander Stubb, Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky à Washington, le 18 août 2025, lors d'une rencontre sur la guerre en Ukraine. — Crédit : Photo : European Commission, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Après huit mois de silence diplomatique, la Russie, l'Ukraine et les États-Unis devraient se retrouver autour d'une même table. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé vendredi 23 octobre que des pourparlers à trois étaient prévus à Abou Dhabi dans la première quinzaine de novembre, rapporte l'AFP reprise par Euronews. Kiev a confirmé. Mais Moscou a pris soin de préciser le cadre : la négociation sera trilatérale, et l'Europe attendra.

Les faits

Selon Euronews, l'annonce intervient au terme d'une semaine chargée pour l'émissaire américain Steve Witkoff. Il a d'abord rencontré Volodymyr Zelensky à Oslo, le 20 octobre, en présence du président finlandais Alexander Stubb et du Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, d'après le Kyiv Independent. Il s'est ensuite entretenu avec Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.

Le processus était à l'arrêt depuis le début de l'année. Comme le rappelle la RTBF, la dernière rencontre entre délégations russe et ukrainienne remonte à février, à Genève. Une réunion prévue à Abou Dhabi en mars avait été annulée après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, qui a absorbé l'attention de Washington pendant des mois.

Le contexte reste lourd. D'après Al Jazeera, qui cite le parquet ukrainien, plus de 19 000 civils ukrainiens ont été tués depuis le début de l'invasion à grande échelle, dont 762 enfants. Seul signe concret de contact, les deux camps ont échangé vendredi 270 prisonniers chacun, selon le ministère russe de la Défense.

Les positions en présence

Moscou fixe l'ordre du jour. Selon la RTBF, Dmitri Peskov affirme que les discussions porteront sur la sécurité des deux pays une fois la transition vers un accord de paix amorcée. Dans un entretien télévisé, Vladimir Poutine a ajouté qu'il ne s'agissait pas de négocier une trêve de courte durée, mais les conditions d'un accord final. Al Jazeera rappelle que la Russie maintient des exigences maximales : la cession de larges pans du territoire ukrainien et le renoncement de Kiev à l'OTAN.

Kiev accepte tout format, à tout moment, selon Euronews. Volodymyr Zelensky juge que l'arrêt des combats sur la ligne de front actuelle reste la voie la plus réaliste, selon l'AFP. Il réclame des garanties de sécurité solides ainsi que dix ans de financement pour son armée, d'après Al Jazeera. Il demande aussi que les Européens soient associés aux pourparlers.

Washington, enfin, avance avec ses propres priorités. Euronews indique que l'administration Trump souhaite reprendre les discussions techniques après les élections de mi-mandat du 3 novembre. Selon le Kyiv Independent, l'accord américain sur des livraisons de diesel russe, annoncé début octobre, a tendu les relations avec Kiev, et plusieurs dirigeants européens estiment, selon Al Jazeera, qu'il donne à Moscou un motif d'espoir.

Quant à l'Europe, elle cherche sa place. La Commission a assuré qu'elle serait présente lors des futures discussions multilatérales, sans préciser comment, rapporte Euronews. Les Vingt-Sept ont évoqué la désignation d'un émissaire spécial lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre, sans parvenir à un consensus. Le nom d'Alexander Stubb circule. Le Kremlin dit pouvoir l'accepter, mais à condition, toujours selon Euronews, qu'il ne se contente pas de répéter la position européenne.

Rien ne peut être exclu a priori — Dmitri Peskov, cité par Euronews

L'analyse

Il faut d'abord saluer la reprise du dialogue. Ceux qui jugent toute négociation prématurée tant que la Russie occupe une partie de l'Ukraine ont un argument sérieux : négocier sous la menace, c'est risquer de récompenser l'agression. Mais une guerre qui tue chaque jour des civils ne se termine pas sans parler à l'adversaire. Le refus de principe n'est pas une politique.

La question décisive est ailleurs : qui négocie, et sur quelles bases ? Le format retenu par Moscou n'a rien d'un détail. En renvoyant l'architecture de sécurité européenne à une étape ultérieure, il fait courir un risque : que le sort de l'Ukraine se règle en tête à tête entre Moscou et Washington, et que l'addition soit ensuite présentée au continent. Or ce sont les Européens qui financent une large part de l'effort ukrainien, qui accueilleront les conséquences d'un mauvais accord et qui vivront demain avec la Russie à leurs frontières.

La tradition gaulliste a toujours refusé que le sort de l'Europe se décide sans elle. Elle n'a jamais pour autant confondu fermeté et refus de parler : le général de Gaulle dialoguait avec Moscou en pleine guerre froide, sans jamais renoncer à l'Alliance. Cette leçon vaut aujourd'hui. L'Europe n'a pas à choisir entre la soumission à l'agenda américain et la chaise vide. Elle doit parler d'une seule voix, avec un mandat clair.

Ce mandat existe déjà en partie dans le droit international : respect de l'intégrité territoriale, refus des annexions par la force, retour des enfants déportés, justice pour les crimes commis. Il doit s'accompagner d'une solidarité concrète. Une paix durable suppose une Ukraine capable de se défendre, donc un financement européen pérenne et une industrie de défense commune, plutôt qu'une dépendance renouvelée à des décisions prises à Washington.

Conclusion

Il reste deux à trois semaines avant Abou Dhabi. C'est peu, mais assez pour que les Vingt-Sept désignent enfin leur émissaire et fixent ses lignes rouges. La France, membre permanent du Conseil de sécurité, a vocation à porter cette exigence. La question est simple : l'Europe veut-elle être autour de la table, ou se contenter de lire le menu ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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