Afghans expulsés vers Kaboul : parler aux talibans, oui, mais à quel prix ?
Paris a ouvert un canal « technique » avec le régime taliban pour renvoyer des Afghans jugés dangereux, dans le sillage de l'Allemagne. Une exigence de sécurité légitime, qui se heurte au droit international et aux alertes répétées de l'ONU.
Les faits
Depuis le début du mois d'octobre, la France discute avec le régime des talibans. L'information, révélée le 7 octobre par l'AFP sur la foi d'une source diplomatique, a ensuite été confirmée par le Quai d'Orsay. Paris a engagé des échanges qualifiés de « techniques » avec les autorités de fait à Kaboul afin de faciliter le renvoi d'Afghans en situation irrégulière que le gouvernement considère comme une menace pour la sécurité des Français. Selon Euronews, qui reprend l'AFP, ces discussions porteraient sur « des centaines » de personnes.
Interrogé par RFI, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, a décrit « un dialogue strictement technique pour faciliter l'expulsion des citoyens afghans » en situation irrégulière. Il a assuré que cette démarche ne valait pas reconnaissance du gouvernement taliban. La France n'entretient plus de relations diplomatiques avec l'Afghanistan depuis août 2021 et son ambassade à Kaboul reste fermée.
Ce jeudi, Le Monde donne la parole à ceux que cette décision inquiète. Des exilés afghans installés en France y disent leur crainte d'être « remis entre les mains de leurs bourreaux ». Selon une estimation du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Didier Leschi, citée par Euronews, plus de 100 000 Afghans vivaient en France en 2024.
Un mouvement européen
Paris n'est pas seul. D'après Euronews, une vingtaine d'États membres de l'Union européenne souhaitent accélérer les renvois vers l'Afghanistan. L'Allemagne, qui compte environ 450 000 Afghans, a ouvert la voie : des représentants talibans se sont rendus à Berlin à la fin de l'été, et plusieurs vols d'expulsion ont déjà eu lieu, selon le média afghan en exil KabulNow. La Belgique et la Suède suivraient la même logique, selon la presse espagnole.
Le cadre européen évolue dans le même sens. Le 1er octobre, à Luxembourg, les ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept ont adopté de nouvelles règles sur les retours, rapporte KabulNow. Elles permettent notamment de créer des centres de retour hors de l'Union et d'allonger certaines rétentions au-delà de 24 mois. La Commission européenne justifie ce durcissement par un taux de retour jugé trop faible : 28 % en 2025.
Les arguments du gouvernement
Il faut entendre loyalement la position de l'exécutif. Un État a le devoir de protéger ses citoyens. Lorsqu'une personne sans droit au séjour a été condamnée pour des faits graves, l'impossibilité de l'éloigner nourrit un sentiment d'impuissance publique, que les extrêmes exploitent sans relâche. Le gouvernement fait valoir que le dialogue reste limité à des aspects pratiques, qu'il ne s'agit ni de normaliser les relations avec Kaboul ni de renvoyer des réfugiés protégés, mais des individus jugés dangereux. Ne rien faire, disent ses défenseurs, reviendrait à laisser l'Allemagne et d'autres définir seuls la politique européenne.
Ce que dit le droit, ce que disent les faits
Ces arguments méritent d'être pris au sérieux. Ils ne règlent pas pour autant la question centrale : que deviennent les personnes renvoyées ?
L'ONU a déjà répondu. Le 22 mai dernier, à Genève, la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, Shabia Mantoo, a rappelé que le principe de non-refoulement interdit ces renvois lorsque la personne risque de graves violations. Elle citait un rapport de la mission des Nations unies en Afghanistan faisant état d'arrestations arbitraires, de détentions, de tortures et de mauvais traitements infligés à des Afghans renvoyés. Les femmes, les anciens membres des forces de sécurité, les journalistes et les militants seraient particulièrement exposés. Elle s'inquiétait aussi explicitement des nouvelles règles européennes.
Le contexte humanitaire aggrave le tableau. Selon le Haut-Commissariat, près de 270 000 Afghans avaient déjà été renvoyés depuis le début de l'année 2026 au moment de son intervention, surtout depuis l'Iran et le Pakistan. Les agences des Nations unies alertent en outre sur une insécurité alimentaire massive.
Il y a enfin un enjeu politique. Discuter avec les talibans, même « techniquement », c'est leur offrir une forme de reconnaissance de fait. Le régime de Kaboul n'a pas changé de nature : les Nations unies continuent de dénoncer l'exclusion des femmes et des filles de l'éducation et de la vie publique. Quel levier la France garde-t-elle si elle obtient des talibans un service sans rien exiger en retour ?
Une autre voie
La tradition gaulliste n'a jamais eu peur de parler à des régimes hostiles. Mais elle le faisait pour défendre des intérêts et des principes clairs, pas pour sous-traiter un problème intérieur. La France peut éloigner les personnes réellement dangereuses tout en restant fidèle au droit international. Cela suppose trois garanties : un examen individuel du risque par un juge avant tout renvoi, comme le demande l'ONU ; un suivi indépendant des personnes renvoyées, confié par exemple aux agences onusiennes ; et une information complète du Parlement sur le contenu et les limites de ce canal.
Paris pourrait aussi porter à Bruxelles une exigence simple : aucun accord de retour avec Kaboul sans contrepartie mesurable sur les droits des femmes. En 2021, la France avait évacué de Kaboul des Afghans menacés pour avoir travaillé avec elle ou défendu les libertés. La question est désormais posée : saura-t-elle concilier la sécurité de ses citoyens avec la parole qu'elle a donnée à ceux qui ont cru en elle ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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