Brésil : à trois jours du second tour, l'Europe a beaucoup à perdre
Au coude-à-coude dans les sondages, Lula et Flávio Bolsonaro se disputent désormais aussi devant la justice électorale. Dimanche, c'est également l'avenir du partenariat entre l'Europe et le premier pays d'Amérique latine qui se joue.

Les faits
Les Brésiliens départagent dimanche 25 octobre deux candidats que presque rien ne sépare. Au premier tour, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro, fils aîné de l'ancien président Jair Bolsonaro, est arrivé en tête avec 47 % des voix, devant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, à 45 %, rapporte l'AFP. Le dernier sondage Datafolha cité par l'agence donne 51 % au premier et 49 % au second : une égalité statistique, compte tenu de la marge d'erreur.
Comme le rappelle EUobserver, Jair Bolsonaro ne peut pas se présenter : il a été condamné à 27 ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d'État qui a suivi sa défaite de 2022. Son fils, que franceinfo qualifie de candidat d'extrême droite, porte donc les couleurs de son camp.
Depuis quelques jours, la fin de campagne se joue aussi devant les juges. Selon l'AFP, l'équipe de Flávio Bolsonaro a saisi mardi le Tribunal supérieur électoral (TSE) pour demander que Lula soit déclaré inéligible, en l'accusant d'abus de pouvoir pour l'envoi massif de messages WhatsApp vantant l'action du gouvernement. Le camp du président a annoncé un recours symétrique contre la candidature de son adversaire, en invoquant une « manipulation algorithmique » de Meta à son détriment. RFI résume la situation : chacun cherche désormais à disqualifier l'autre.
Le TSE avait donné lundi 24 heures à Meta pour démontrer qu'il traitait les deux candidats à égalité, sous peine d'une amende d'environ 200 000 dollars par jour, selon l'AFP. D'après l'Associated Press, le groupe affirme s'être conformé à cette exigence et avoir instauré un contrôle humain, en moins de deux heures, de tout blocage automatique visant les comptes publicitaires des campagnes. Meta reconnaît des incidents, dont la désactivation par erreur de publicités du camp Lula, mais les attribue à des contraintes techniques et nie tout biais politique.
Les positions en présence
Le camp conservateur a mené campagne sur l'économie, la sécurité et la corruption, note EUobserver. Ces thèmes ne sortent pas de nulle part : l'insécurité liée au crime organisé pèse lourdement sur la vie quotidienne de millions de Brésiliens, et les deux camps se sont mutuellement accusés de corruption. Il faut aussi entendre l'argument du renouvellement face à un président de bientôt 81 ans qui brigue un quatrième mandat. En politique étrangère, selon l'analyse publiée par l'Atlantic Council, une victoire de Flávio Bolsonaro devrait rapprocher Brasília de Washington : coopération renforcée en matière de renseignement et de sécurité, possible adhésion à une coalition régionale contre les cartels, et volonté de négocier plus librement des accords bilatéraux, quitte à bousculer le cadre du Mercosur.
Lula défend de son côté son bilan social, une présence plus forte de l'État fédéral dans la sécurité publique et une diplomatie qui refuse de choisir un camp. L'Atlantic Council relève qu'il a décliné en février une alliance sur les minerais critiques proposée par Washington, qu'il mise sur les BRICS et sur la coopération avec Pékin, mais aussi qu'il a porté la signature de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur.
L'élection dépasse d'ailleurs les frontières. D'après l'AFP, Donald Trump a salué une « belle victoire » de Flávio Bolsonaro au premier tour, sans le soutenir formellement, tandis que Lula accuse le gouvernement américain de chercher à peser sur le scrutin. Brasília a également dénoncé une tentative d'ingérence du président argentin Javier Milei, qui avait laissé entendre que Lula pourrait « voler l'élection ».
Ce que l'Europe joue dimanche
Pour la France et ses partenaires, l'enjeu est d'abord commercial. Selon la Commission européenne, l'accord avec le Mercosur s'applique à titre provisoire depuis le 1er mai 2026, les quatre pays du bloc sud-américain ayant achevé leur ratification, tandis que la ratification complète reste suspendue à l'avis de la Cour de justice de l'Union, saisie par le Parlement européen en janvier. Le Mercosur doit supprimer à terme 91 % de ses droits de douane sur les produits européens, et les exportations françaises de biens vers ces pays atteignent 5,56 milliards d'euros, toujours selon Bruxelles.
Cet accord reste contesté en France, notamment par les agriculteurs. Mais ses garanties environnementales, en particulier le chapitre qui réaffirme l'application de l'accord de Paris, ne valent que si le gouvernement brésilien entend les respecter. Sur la protection de l'Amazonie comme sur la lutte contre le changement climatique, la couleur du pouvoir à Brasília pèse donc autant que le texte signé.
L'enjeu est aussi démocratique. Voir un tribunal électoral sommer une plateforme américaine de garantir l'équité entre candidats devrait interpeller les Européens, à six mois de notre propre élection présidentielle. Le Brésil a choisi de confier à un juge le contrôle de la régularité de la campagne numérique ; l'Europe dispose avec le règlement sur les services numériques d'un outil comparable, encore trop peu utilisé.
Une exigence plutôt qu'une préférence
Il n'appartient pas aux Européens de choisir le président des Brésiliens. Mais l'Union et la France peuvent dire, dès lundi, ce qu'elles attendent de leur partenaire : le respect sans réserve du verdict des urnes par tous les camps, l'application loyale des engagements climatiques inscrits dans l'accord, et une coopération sur la régulation des plateformes. Reste une question ouverte : l'Europe est-elle prête à défendre sa relation avec le Brésil comme un choix stratégique, plutôt que de laisser Washington et Pékin se disputer seuls son allié le plus précieux en Amérique du Sud ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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