Brésil : Lula ou Bolsonaro fils, un second tour que l'Europe ne peut pas regarder de loin
À deux jours du second tour, Lula et Flávio Bolsonaro sont à égalité dans les sondages et se disputent jusque devant la justice électorale. De l'accord avec le Mercosur à l'Amazonie, l'issue du scrutin pèsera directement sur les choix de la France et de l'Europe.

Dimanche 25 octobre, 158 millions d'électeurs brésiliens départageront Luiz Inácio Lula da Silva et Flávio Bolsonaro. Rarement un second tour aura semblé aussi indécis, et rarement l'Europe aura eu autant à perdre ou à gagner dans une élection sud-américaine.
Un pays coupé en deux
Au premier tour, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président, est arrivé en tête avec 47,03 % des suffrages exprimés contre 45,16 % pour le président sortant, selon le décompte officiel du Tribunal supérieur électoral repris par The Rio Times. La plupart des instituts avaient pourtant annoncé une courte avance de Lula.
Depuis, l'écart s'est resserré. D'après l'AFP, relayée par Europe 1, le dernier sondage Datafolha, publié jeudi, place les deux hommes à égalité parfaite, à 50 % chacun. La moyenne des enquêtes compilée par The Rio Times le crédite toutefois d'un léger avantage, autour de 51 %.
La fin de campagne se joue aussi devant les juges. Selon l'AFP, citée par La DH, l'équipe de Lula a demandé mercredi au Tribunal supérieur électoral de disqualifier son adversaire, en invoquant une « manipulation algorithmique » qui aurait profité à ce dernier sur les réseaux de Meta. La veille, les avocats de Flávio Bolsonaro avaient déposé une demande symétrique, accusant le président d'« abus de pouvoir » pour la diffusion de contenus vantant son action sur WhatsApp. Meta conteste les accusations, tout en ayant reconnu des « incidents » techniques la semaine précédente.
Des diplomates étrangers en poste au Brésil discuteraient d'une reconnaissance rapide du vainqueur, afin de décourager toute proclamation prématurée de victoire, rapporte Reuters. Aucun plan formel n'existerait à ce stade.
Deux Brésil, deux visions du monde
Les arguments du camp Bolsonaro méritent d'être entendus. Lors du premier débat télévisé, le 18 octobre, Flávio Bolsonaro a concentré ses attaques sur l'insécurité et le coût de la vie, deux préoccupations majeures des Brésiliens, selon l'AFP. Il a aussi évoqué des soupçons de corruption visant le fils du président, surnommé « Lulinha ». Ses soutiens défendent une ouverture commerciale plus bilatérale et un rapprochement assumé avec Washington.
Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, a répliqué en accusant la famille Bolsonaro de servir les intérêts américains, en référence aux droits de douane imposés par l'administration Trump au Brésil. Il a aussi interrogé son rival sur une enquête de corruption visant le financement d'un film consacré à son père, condamné en 2025 à 27 ans de prison pour sa participation à une tentative de coup d'État. Flávio Bolsonaro est par ailleurs mis en cause par le site Intercept Brasil, cité par le Peterson Institute, pour des liens avec le propriétaire de la Banco Master, banque effondrée sur fond d'accusations de fraude. Il n'a été condamné pour aucun fait.
Sur la politique étrangère, l'écart est net. L'Atlantic Council décrit un Lula attaché à la souveraineté, au multilatéralisme, à la diversification des partenaires et au BRICS. Un président Flávio Bolsonaro chercherait au contraire un accord commercial bilatéral avec les États-Unis et rejoindrait l'initiative de sécurité de Donald Trump baptisée « Bouclier des Amériques ».
Ce que l'Europe joue dimanche
Le premier enjeu est commercial. L'accord entre l'Union européenne et le Mercosur s'applique provisoirement depuis le 1er mai avec les pays qui l'avaient ratifié, dont le Brésil, selon la Commission européenne. Le Parlement européen a pourtant saisi la Cour de justice de l'UE en janvier, par 334 voix contre 324, rappelle Toute l'Europe, et tous les eurodéputés français avaient voté pour cette saisine.
Or, selon une analyse de la Fondation Friedrich Naumann, Flávio Bolsonaro parle de libérer le Brésil des « chaînes » du Mercosur au profit de traités bilatéraux. La fondation juge flou son projet : retrait, suspension ou renégociation, notamment des exigences environnementales. Paradoxe pour la France : ceux qui combattent l'accord au nom de nos agriculteurs pourraient voir un président brésilien le fragiliser, mais pour de mauvaises raisons, en affaiblissant précisément les garanties climatiques et sanitaires que Paris réclamait.
Le second enjeu est politique. Le Brésil a accueilli la COP30 à Belém en 2025 et reste un partenaire décisif pour la protection de l'Amazonie et pour un multilatéralisme qui ne se résume pas à l'alignement sur Washington ou Pékin. Une victoire de Flávio Bolsonaro ajouterait un grand pays au camp des dirigeants proches de Donald Trump, au moment où l'Europe cherche des alliés pour défendre le droit international et l'accord de Paris.
Une ligne pour la France
Il n'appartient pas à Paris de choisir le président des Brésiliens. Une diplomatie fidèle à la tradition gaulliste peut fixer trois principes. D'abord, reconnaître sans délai le résultat proclamé par la justice électorale brésilienne, quel que soit le vainqueur, et dire clairement que toute contestation hors des voies légales serait inacceptable : le souvenir de l'assaut contre les institutions à Brasília, en janvier 2023, l'impose.
Ensuite, exiger que les géants du numérique rendent des comptes. Si les soupçons d'interférence algorithmique se confirmaient, ce serait un avertissement pour les démocraties européennes elles-mêmes, que le règlement européen sur les services numériques doit protéger.
Enfin, cesser de penser l'accord UE-Mercosur comme un simple marché de viande contre automobiles. Avec Lula ou avec Flávio Bolsonaro, la France devra défendre des clauses environnementales et sociales contraignantes, car c'est là que se joue la justice de l'échange.
Reste une question : l'Europe saura-t-elle parler d'une seule voix lundi matin, ou laissera-t-elle à d'autres le soin de dire au Brésil ce que vaut son vote ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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