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Carburants : l'État ouvre ses stocks, Total chiffre son plafond à 500 millions, les superprofits attendent leur réponse

Le gouvernement met sur le marché 10 % des réserves stratégiques de gazole pour faire baisser les prix à la pompe, tandis que TotalEnergies chiffre le coût de son plafonnement. À la veille des résultats trimestriels du groupe, la question d'une contribution des profits exceptionnels revient au premier plan.

Par La Rédaction LSRPublié le 28 octobre 2026 à 07:30· 4 min de lecture
Une station-service à Cusset (Allier) et l'affichage des prix des carburants, en avril 2026.
Une station-service à Cusset (Allier) et l'affichage des prix des carburants, en avril 2026. — Crédit : Photo : Tabl-trai, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les faits

Le gazole reste le symbole le plus visible de la vie chère. Devant la commission des affaires économiques du Sénat, mardi 27 octobre, la ministre Maud Bregeon a détaillé, selon Public Sénat, la mise sur le marché de 10 millions de barils issus des stocks stratégiques français, soit environ 10 % de ces réserves. Les ventes s'étaleront de novembre à janvier. Le gouvernement en attend une baisse de 12 à 18 centimes par litre à la pompe, pour les particuliers comme pour le gazole non routier des agriculteurs et du bâtiment.

Ces barils sont cédés à leur prix d'acquisition, selon la ministre près de quatre fois inférieur au prix de marché. D'après Enerzine, cette opération est la part française d'un déblocage coordonné de 100 millions de barils décidé par le G7 le 2 octobre. Un décret publié au Journal officiel le 24 octobre impose, selon Public Sénat, que l'avantage soit intégralement répercuté au client final. L'exécutif promet un suivi hebdomadaire et se réserve, en cas d'abus, la possibilité d'encadrer les marges.

Le contexte reste tendu. Le Brent a atteint 115 dollars le baril, rapporte Public Sénat, sur fond d'attaques houthies contre l'Arabie saoudite et de craintes d'escalade entre Washington et Téhéran. Le prix réglementé du gaz augmentera de 6,6 % au 1er novembre pour six millions de foyers.

La veille, sur le même média, Patrick Pouyanné a chiffré le coût du plafonnement pratiqué par TotalEnergies depuis le 22 juillet, à 1,99 euro le litre d'essence et 2,25 euros le litre de gazole. Le PDG estime la facture à environ 500 millions d'euros d'ici la fin de l'année. Il reconnaît une décision « pas très rationnelle, pour être honnête », mais la présente comme un investissement dans l'image de la marque. Le groupe publiera ses résultats du troisième trimestre jeudi 29 octobre. Selon Economie Matin, citant les données de l'entreprise, sa marge de raffinage européenne a bondi de 146 % sur le trimestre, à 33,2 dollars par baril.

Les positions en présence

Le gouvernement défend une ligne de prudence budgétaire. Plutôt qu'une baisse générale des taxes, il privilégie des aides ciblées, qui atteignent près de 1,5 milliard d'euros depuis le début de la crise selon Maud Bregeon. L'indemnité de 100 euros pour les gros rouleurs, couvrant octobre à décembre, est désormais ouverte à 5,5 millions de personnes, contre 3 millions auparavant. L'argument mérite d'être entendu : avec une dette qui inquiète les agences de notation, chaque milliard compte.

TotalEnergies, de son côté, fait valoir qu'un grand groupe pétrolier français protège mieux les consommateurs qu'une taxe. Patrick Pouyanné affirme que les Français préfèrent le plafond à une imposition de l'entreprise, et avait déjà averti au printemps, comme l'avait rapporté franceinfo, qu'une taxe sur les superprofits pourrait remettre en cause ce plafonnement.

La gauche réclame depuis des mois une contribution exceptionnelle sur les profits pétroliers et gaziers. Selon NosParlementaires, la commission des finances de l'Assemblée a adopté le 8 octobre un amendement de l'écologiste Eva Sas instaurant une taxe temporaire de 66 % sur ces superprofits, qui devait être de nouveau soumis au vote en séance. Mais le climat budgétaire ne lui est guère favorable : mardi soir, rapporte LCP, les députés ont supprimé à deux voix près la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, contre l'avis du gouvernement.

L'analyse

Il faut reconnaître ce qui fonctionne. Le recours aux stocks stratégiques, coordonné avec nos partenaires du G7, est une réponse d'État, rapide et encadrée. Le plafond de TotalEnergies, quels qu'en soient les calculs commerciaux, soulage réellement des automobilistes.

Mais le tableau d'ensemble interroge. D'un côté, l'État puise dans une réserve de sécurité nationale, bâtie avec l'argent public, pour contenir les prix. De l'autre, les raffineurs profitent de marges multipliées par deux et demie en un trimestre. Quand une crise géopolitique enrichit certains acteurs pendant que d'autres paient plus cher pour se chauffer ou aller travailler, la question de la juste contribution n'est pas idéologique, elle est républicaine.

Le plafonnement volontaire pose en outre un problème de principe. Il fait dépendre la protection des ménages de la bonne volonté d'une entreprise et de sa stratégie de marque. Le PDG le dit lui-même : chaque point de part de marché gagné a un coût, et ce coût est un investissement. Une politique publique ne peut pas reposer sur un geste commercial révocable, surtout lorsque ce geste est explicitement opposé à l'impôt.

Enfin, l'aide ciblée a ses angles morts. Le chèque énergie, rappelle Public Sénat, touche 800 000 bénéficiaires automatiques de moins qu'en 2024 selon le sénateur Daniel Gremillet, et sa valeur n'a quasiment pas bougé depuis 2018. Les plus modestes, qui n'ont pas toujours de voiture mais doivent se chauffer, risquent d'être les grands oubliés de l'hiver.

Et maintenant ?

Les résultats de TotalEnergies, jeudi, donneront la mesure exacte des profits tirés de la crise. Ce sera le moment pour le gouvernement de dire clairement s'il accepte qu'une partie de ces gains finance la protection des ménages, par une contribution temporaire, ciblée sur les marges exceptionnelles et sans pénaliser l'investissement dans la transition. La France l'a fait en 2022 sous l'impulsion européenne. Pourquoi ne pas reprendre ce chemin, en l'adossant à une revalorisation du chèque énergie avant l'hiver ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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