Cisjordanie : après Hébron, Netanyahou promet une opération historique, l'Europe doit poser ses limites
Après une attaque qui a tué deux soldats israéliens près d'Hébron, Benyamin Netanyahou a ordonné le bouclage de la Cisjordanie et annoncé une opération d'ampleur, à quatre jours des législatives. Le droit d'Israël à se défendre est réel, mais une punition collective éloignerait encore la paix, et la France comme l'Europe ont leur mot à dire.

Vendredi matin, vers 7 h 30 selon le Times of Israel, deux hommes armés ont ouvert le feu sur un point de contrôle militaire à l'entrée d'Hébron, dans le sud de la Cisjordanie occupée. D'après l'armée israélienne, citée par l'AFP, deux soldats ont été tués et trois autres blessés. Les deux assaillants, présentés par l'armée comme des Palestiniens originaires d'Hébron, ont été abattus après un échange de tirs d'une vingtaine de minutes.
Le chef d'état-major, Eyal Zamir, a affirmé qu'une importante quantité de munitions retrouvée dans leur véhicule laissait penser qu'une attaque plus vaste était prévue. Le Hamas a salué une « opération héroïque », sans la revendiquer formellement, rapporte l'AFP.
Une réponse d'ampleur, à quatre jours du vote
La riposte politique a été immédiate. Benyamin Netanyahou a ordonné le bouclage d'Hébron et demandé à l'armée de préparer celui de toute la Cisjordanie. Il a annulé les réunions électorales du Likoud prévues dans la journée. En début d'après-midi, selon l'AFP, il a annoncé une opération d'ampleur : évacuation des habitants du quartier des assaillants, fouilles « de maison en maison », et l'hypothèse d'une opération sans précédent depuis la guerre des Six-Jours de 1967, dont il fixerait lui-même le calendrier.
Le contexte pèse lourd. Les Israéliens votent mardi 27 octobre. Selon la moyenne des sondages publiée par Jewish Insider avant l'interdiction légale de publier de nouvelles enquêtes à partir de ce vendredi, le bloc de Benyamin Netanyahou obtiendrait 54 sièges et celui de l'opposition menée par l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot 50, loin tous deux de la majorité de 61. L'agence AP rappelle que le gouvernement avait mis en garde contre des attaques avant le scrutin, et qu'il s'agit du quatrième bouclage de l'ensemble du territoire en un mois.
Les positions en présence
Le gouvernement israélien fait valoir un argument qu'on ne peut balayer : deux jeunes soldats sont morts, et un État a le devoir de protéger ses citoyens. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, va plus loin. Il réclame le démantèlement de l'Autorité palestinienne et estime, selon l'AFP, qu'il ne faut pas attendre « qu'un 7-Octobre se produise ». D'après AP, il juge que la sécurité des habitants compte infiniment plus que la liberté de circulation des Palestiniens.
L'opposition reste sur le terrain de la sécurité. Gadi Eisenkot a salué le courage des soldats qui ont empêché une attaque plus grave, sans contester à ce stade la réponse annoncée. Côté palestinien, aucune réaction officielle de l'Autorité ne figurait dans les dépêches consultées. Mais le bouclage pèse sur toute une population : selon AP, barrages et points de contrôle reliant les villages palestiniens aux grands axes sont fermés, tandis que les routes israéliennes restent ouvertes aux colons.
Sécurité légitime, punition collective interdite
Le droit d'Israël à se défendre n'est pas en cause. Ce qui l'est, c'est la proportion et la cible. Évacuer un quartier entier parce que deux de ses habitants ont commis une attaque, démolir des maisons, boucler un territoire de près de trois millions d'habitants : ces mesures touchent d'abord des civils qui n'ont rien fait. Or l'article 33 de la quatrième convention de Genève, que la France a ratifiée comme Israël, interdit les peines collectives dans un territoire occupé.
Le contexte rend l'escalade plus dangereuse encore. Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, au moins 1 113 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis octobre 2023, en majorité par des soldats israéliens. Au moins 49 Israéliens ont été tués sur la même période, selon des chiffres israéliens. Les violences de colons se sont multipliées pendant la récolte des olives. Le 17 octobre, à Taybeh, des colons s'en sont pris à un convoi de diplomates français, belges et polonais, et ont frappé à coups de pied le maire d'Aulnoye-Aymeries, Bernard Baudoux, 78 ans. L'Union européenne a « fermement » condamné cette attaque, rappelle Toute l'Europe. Le 13 octobre, d'après l'AFP, Benyamin Netanyahou avait aussi affirmé que les déplacés des camps de Jénine, Nour Chams et Tulkarem ne rentreraient pas, malgré une décision de la Cour suprême.
On ne peut ignorer non plus le calendrier. Il serait injuste d'affirmer que le Premier ministre agit d'abord par calcul électoral, et rien ne permet de l'établir. Mais une campagne qui se joue sur la peur pousse toujours à la surenchère, et ce sont les civils, des deux côtés, qui en paient le prix.
Ce que la France et l'Europe peuvent faire
Pour Paris, l'affaire n'est pas lointaine. Un élu français a été agressé il y a six jours. La France a reconnu l'État de Palestine et défend une solution à deux États que chaque nouvelle opération d'ampleur rend plus improbable. Le 11 octobre, elle demandait encore aux dirigeants palestiniens d'organiser des élections au plus vite, selon l'AFP. Cette exigence démocratique vaut aussi pour la sécurité : elle ne peut se construire sur l'humiliation de tout un peuple.
L'Union européenne, premier partenaire commercial d'Israël, dispose de leviers : l'accord d'association, qui comporte une clause sur les droits de l'homme, et les sanctions contre les colons violents. Une ligne gaulliste consisterait à dire clairement, avant mardi, que l'Europe condamne l'attaque d'Hébron, soutient le droit d'Israël à poursuivre ses auteurs, et refuse toute punition collective ou tout déplacement forcé de population. La question reste ouverte : quel que soit le vainqueur mardi, Paris et Bruxelles auront-ils le courage de faire du droit international la condition de leur partenariat ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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