Climat : l'ONU acte le dépassement de 1,5 °C, l'Europe doit tenir son rang à Antalya
Selon le rapport annuel du PNUE publié le 21 octobre, le monde se dirige vers un réchauffement de 2,6 °C et ne pourra plus éviter de franchir le seuil de 1,5 °C. À trois semaines de la COP31, l'Europe a les moyens de peser, à condition d'allier ambition climatique, souveraineté et justice sociale.
Les faits
Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a publié le 21 octobre son rapport annuel sur l'écart entre les émissions de gaz à effet de serre et les objectifs climatiques, intitulé cette année « Le point de retour ». Son constat marque une rupture : selon le PNUE, le dépassement du seuil de 1,5 °C fixé par l'accord de Paris est désormais inévitable. Dans le meilleur scénario étudié, la température culminerait vers 1,7 à 1,8 °C au milieu du siècle, avant de redescendre sous 1,5 °C d'ici 2100, avec environ une chance sur deux d'y parvenir.
Les engagements actuels des États restent très en deçà. D'après le rapport, l'application complète des contributions nationales ne réduirait les émissions mondiales que de 5 à 8 % d'ici 2030 et de 11 à 15 % d'ici 2035, alors qu'il faudrait les baisser de 18 %, puis 45 %, puis 69 % en 2040 par rapport à 2025. Comme le rapporte l'AFP, cela place la planète sur une trajectoire de 2,6 °C à la fin du siècle, et de 2,8 °C si l'on s'en tient aux seules politiques en vigueur. La projection est plus sombre que l'an dernier, notamment en raison du retrait des États-Unis de l'accord de Paris, précise l'agence.
Selon RFI, les émissions mondiales de 2025, autour de 58,4 milliards de tonnes d'équivalent CO2, sont restées stables, sans que le PNUE puisse affirmer qu'un pic a été atteint. Les fossiles fournissent encore 80 à 86 % de l'énergie primaire mondiale.
Le rapport relève aussi des motifs d'espoir. D'après le centre d'information des Nations unies, la directrice du PNUE, Inger Andersen, souligne que les capacités renouvelables ont progressé trois fois plus vite que prévu depuis 2015. L'AFP note que l'Union européenne figure, selon des données préliminaires, parmi les rares grands émetteurs à avoir réduit leurs émissions en 2025, avec l'Inde et la Russie, tandis que celles des États-Unis, de la Chine et de l'Indonésie ont augmenté.
Les positions en présence
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui achève son mandat en fin d'année, refuse le fatalisme. RFI rapporte cette formule :
« Dépasser ne signifie pas capituler. » — Antonio Guterres
Pour lui, selon le centre d'information des Nations unies, l'écart d'émissions est devenu un écart de leadership.
Les organisations non gouvernementales sont plus sévères. Le Réseau Action Climat (CAN) reproche aux gouvernements, en particulier ceux des pays du Nord, de continuer à autoriser de nouveaux projets fossiles, et réclame des feuilles de route nationales pour en sortir de manière juste. Mohamed Adow, de l'ONG Power Shift Africa, parle selon l'AFP d'un « échec historique du leadership politique ».
D'autres voix appellent à la prudence, et leurs arguments doivent être entendus. Un argument revient souvent dans le débat européen : le coût de la transition pour les ménages et pour l'industrie, dans un contexte d'énergie chère. Le compromis adopté en mars par l'Union européenne porte la marque de ces arbitrages : selon le Conseil de l'UE, l'objectif de réduction de 90 % des émissions nettes en 2040 s'accompagne d'un report à 2028 du marché carbone sur le chauffage et les carburants, et de la possibilité de compter jusqu'à 5 % de crédits internationaux à partir de 2036. Une transition perçue comme injuste nourrit la colère sociale et, avec elle, les extrêmes.
L'analyse
Ce rapport adresse trois messages à la France et à l'Europe.
Le premier concerne la mise en œuvre. La COP31 s'ouvrira le 9 novembre à Antalya, en Turquie, coprésidée par la Turquie et l'Australie, rappelle RFI. Le 12 octobre, les ministres de l'Environnement des Vingt-Sept ont arrêté une position centrée sur l'électrification bas carbone, et la France y plaide pour une décision contraignante et des engagements sur le méthane, d'après l'AFP. C'est une ligne cohérente avec le rapport, qui demande notamment de tripler les capacités renouvelables d'ici 2035. Mais la même dépêche indique que les ministres n'ont annoncé aucun financement climatique nouveau. Sans moyens, l'Europe convaincra difficilement les pays du Sud.
Le deuxième touche à la souveraineté. Chaque mètre cube de gaz et chaque baril de pétrole que l'Europe cesse d'importer réduit sa dépendance envers des fournisseurs qui n'ont pas toujours ses intérêts à cœur. La transition est aussi une politique d'indépendance. Le retrait américain laisse par ailleurs un vide diplomatique. L'Europe, qui a inscrit son objectif 2040 dans la loi, est l'un des rares acteurs capables de défendre le multilatéralisme climatique, que la diplomatie française a porté jusqu'à l'accord de Paris en 2015.
Le troisième est social. RFI relève que le rapport ne mentionne pas la sobriété énergétique. C'est pourtant là que se jouera l'acceptation de l'effort. Si la transition repose sur les ménages modestes, contraints à la voiture et logés dans des passoires thermiques, elle sera rejetée. Si elle s'appuie sur des services publics de transport, sur l'aide à la rénovation et sur une juste contribution des plus gros émetteurs, elle peut devenir un projet commun. La justice sociale n'est pas un frein à l'ambition climatique : elle en est la condition.
Conclusion
L'ONU ne dit pas que la bataille est perdue, mais que le temps des promesses doit laisser place aux actes. La France pourrait porter à Antalya une proposition simple : lier l'électrification à un fonds social européen renforcé et à un engagement financier chiffré envers les pays les plus exposés. Reste une question : l'Europe, inquiète pour sa compétitivité et pour ses budgets, acceptera-t-elle de mettre l'argent au service de son ambition ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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