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Cuba : à l'ONU, l'embargo américain divise l'Europe, la France doit défendre le droit contre l'extraterritorialité

L'Assemblée générale des Nations unies a de nouveau condamné l'embargo américain contre Cuba, mais avec le soutien le plus faible depuis des années. L'Allemagne et l'Italie se sont abstenues pour la première fois, révélant une Europe divisée sur un principe qui la concerne directement.

Par La Rédaction LSRPublié le 28 octobre 2026 à 17:28· 4 min de lecture
La salle de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU à New York, en février 2024.
La salle de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU à New York, en février 2024. — Crédit : Photo : Mojnsen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pour la trente-quatrième année consécutive, l'Assemblée générale des Nations unies a demandé ce mercredi 28 octobre la levée de l'embargo américain contre Cuba. Mais le résultat, rapporté par l'agence AP et par l'agence espagnole EFE, marque une rupture : 130 voix pour, 17 contre et 25 abstentions. L'an dernier, le texte avait recueilli 165 voix pour, 7 contre et 12 abstentions.

Les faits

Selon l'AP, trois pays occidentaux se sont abstenus pour la première fois en trente-quatre ans : l'Allemagne, l'Italie et la Lettonie. La Lituanie et la Slovénie, deux autres membres de l'Union européenne, ont voté contre, tout comme les Émirats arabes unis. Plusieurs pays d'Amérique latine qui soutenaient traditionnellement La Havane, dont la Colombie, le Costa Rica et le Chili, ont voté contre ou se sont abstenus, sans que l'agence précise la répartition.

Le vote est intervenu au terme d'un débat d'une rare tension. Selon ONU Info, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a interrompu mardi l'ambassadeur américain Mike Waltz, et le président de l'Assemblée a dû suspendre brièvement la séance. D'après l'AP, Bruno Rodríguez a ensuite accusé Washington, sur le réseau X, de proférer des « mensonges grossiers » pour justifier son « agression économique ».

Le contexte humanitaire est lourd. Comme le rappelle l'AP, Donald Trump a annoncé fin janvier des droits de douane contre tout pays qui vend ou fournit du pétrole à Cuba, ce qui a largement coupé l'île de son carburant et provoqué des coupures d'électricité à grande échelle. La semaine dernière, le président américain a évoqué la possibilité d'une intervention militaire. Selon ONU Info, le coordinateur résident des Nations unies à Cuba, Francisco Pichon, a mis en garde contre un possible effondrement humanitaire, et plus de 100 000 opérations chirurgicales avaient été reportées en mai.

Les positions en présence

Washington conteste le principe même du débat. Mike Waltz a affirmé devant l'Assemblée qu'il n'existe « aucun blocus », selon ONU Info. Il attribue la crise au gouvernement cubain lui-même, accusé d'avoir capté la richesse au profit d'une élite, et souligne que les États-Unis ont exporté plus de 876 millions de dollars vers l'île au cours des huit premiers mois de 2026.

Il faut aussi entendre les raisons de certains Européens. Lors d'un débat d'urgence en juillet, l'Union européenne, tout en reconnaissant l'impact humanitaire négatif de l'embargo, avait estimé que la situation dramatique des Cubains ne lui était pas uniquement imputable, d'après le compte rendu officiel des Nations unies. Elle avait surtout reproché à La Havane une position sur la guerre russe en Ukraine incompatible avec la Charte des Nations unies. Selon le site américain Responsible Statecraft, Mike Waltz a d'ailleurs mis en avant la présence de Cubains combattant aux côtés de la Russie pour convaincre les capitales européennes. Le même média indique qu'environ vingt États auraient changé de position sous la pression américaine.

La Havane, de son côté, accuse Washington de menaces de sanctions douanières, de refus de visas et de suspensions d'aide. Responsible Statecraft relève toutefois que le ministre cubain n'a présenté aucune preuve concrète de ces accusations.

L'analyse

Les critiques adressées au régime cubain méritent d'être entendues. Son alignement sur Moscou, relevé par l'Union européenne, et l'état des libertés publiques sur l'île ne doivent pas être passés sous silence. Mais la résolution votée chaque année ne porte pas sur la nature du régime. Elle porte sur un principe : un État peut-il imposer ses sanctions au reste du monde ?

C'est là que l'Europe est directement concernée. Comme le rappelle ONU Info, le texte vise notamment la loi Helms-Burton de 1996, dont les effets extraterritoriaux frappent aussi les entreprises étrangères. L'Union européenne s'était dotée la même année d'un règlement dit de blocage pour protéger ses entreprises contre ces sanctions américaines. Les droits de douane imposés depuis janvier aux fournisseurs de pétrole de Cuba relèvent de la même logique : punir des pays tiers pour des échanges parfaitement légaux à leurs yeux.

Une Europe qui se divise sur ce vote affaiblit sa propre défense. Elle qui conteste les sanctions extraterritoriales américaines quand elles visent ses entreprises en Iran ou ailleurs ne peut guère en accepter le principe lorsqu'il s'applique à une île des Caraïbes. Les abstentions de Berlin et de Rome, et les votes contraires de Vilnius et de Ljubljana, montrent que l'Union n'a pas su parler d'une seule voix. Les dépêches consultées ne signalent pas de changement de position de la France, qui soutient traditionnellement la résolution.

La fidélité au multilatéralisme, héritée de la diplomatie gaullienne, commande de distinguer deux choses. On peut condamner fermement l'alignement de La Havane sur Moscou et défendre les droits des Cubains. On peut en même temps refuser qu'une population entière soit privée d'électricité, de soins et de carburant par des mesures unilatérales qui contournent le droit international.

Conclusion

Ce vote non contraignant ne lèvera pas l'embargo, que seul le Congrès américain peut abolir. Mais il dit quelque chose de l'état du monde : la pression américaine fonctionne, y compris sur des alliés européens. La France pourrait proposer à ses partenaires une position commune fondée sur deux piliers, une aide humanitaire européenne renforcée pour la population cubaine et une application ferme du règlement de blocage. Faute de quoi, l'Union risque de découvrir que les sanctions qu'elle tolère aujourd'hui contre d'autres pourront demain viser ses propres entreprises.

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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