Diesel russe, suite : trois pétroliers font route vers les États-Unis, l'Europe doit tenir ses sanctions et balayer devant sa porte
Moscou annonce que trois pétroliers chargés de diesel russe naviguent vers les États-Unis, dont au moins deux visés par des sanctions occidentales. L'accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine fragilise la cohérence des sanctions et oblige l'Europe à regarder en face ses propres achats de gaz russe.

Trois semaines après l'annonce de l'accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine, le diesel russe est désormais en mer. Selon l'AFP, le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a indiqué mardi 27 octobre que trois pétroliers faisaient route vers les États-Unis et qu'un quatrième devait appareiller ce mercredi.
Les faits
D'après le Financial Times, repris par le média ukrainien UNITED24, les trois navires transportent environ 140 000 tonnes de gazole. Le premier, l'Agioi Fanendes, est attendu à New York vers le 7 novembre, le Talisman vers le 9 et le Leruo vers le 11, soit quelques jours après les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre.
Le détail compte : au moins deux de ces navires figurent sur des listes de sanctions occidentales. Selon Fox News, le Talisman est sanctionné par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne. Le Leruo, sous pavillon de Sierra Leone, a été sanctionné en 2025 par l'Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada, pour des transferts de cargaison en mer et des pratiques destinées à masquer ses trajets, rapporte UNITED24.
L'accord, annoncé le 9 octobre, prévoit selon Fox News que Moscou remette sur le marché mondial 300 000 tonnes de diesel, puis 500 000 tonnes en novembre, et peut-être un million de tonnes par mois ensuite. D'après Al Jazeera, le Trésor américain a suspendu jusqu'en avril 2027 les sanctions visant ces ventes. Le 16 octobre, un décret présidentiel a en outre suspendu les sanctions et droits de douane prévus par une loi votée mi-septembre par le Congrès, au nom de « l'intérêt national », selon une dépêche AFP publiée par la DH. Kirill Dmitriev, conseiller du Kremlin, y a vu un moment « historique ».
Les positions en présence
À Washington, l'argument est d'abord celui du pouvoir d'achat. Le gallon de diesel coûte en moyenne 6,34 dollars, contre 3,66 un an plus tôt, selon les chiffres cités par le Financial Times. L'administration fait valoir que davantage de diesel russe sur le marché mondial détendra les prix, mis sous pression par la guerre avec l'Iran et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. Jeremy Paner, ancien responsable du Trésor interrogé par Fox News, estime que le président a bien le pouvoir d'autoriser ces importations par une licence.
Cette lecture est contestée jusqu'au Congrès. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal juge, toujours selon Fox News, qu'une simple licence ne peut pas primer sur la loi de 2022 qui interdit le pétrole russe. Des élus des deux partis, dont le républicain Thom Tillis, ont prévenu banques, ports et distributeurs qu'ils pourraient faire l'objet d'enquêtes.
En Europe, la réponse a été nette dès le 10 octobre. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a estimé, selon l'AFP, que lever ces sanctions :
donne à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre — Kaja Kallas
L'Allemagne a rejeté tout assouplissement, et le président tchèque Petr Pavel a jugé que cette décision affaiblissait la pression en faveur d'un cessez-le-feu, rapporte UNITED24. Le porte-parole du Quai d'Orsay, Pascal Confavreux, a résumé la ligne française le 12 octobre :
oui pour un cessez-le-feu, mais non pour céder face à la Russie — Pascal Confavreux
L'analyse
Sur le plan économique, l'effet de ces cargaisons reste incertain. Le chercheur Federico Santopinto, de l'IRIS, jugeait sur la RTBF que l'accord relevait surtout d'une logique électorale et ne devrait pas modifier sensiblement les prix. Les dates d'arrivée, postérieures au scrutin, ne contredisent pas cette lecture.
Le problème est ailleurs. Des sanctions ne valent que par leur cohérence. Quand un navire inscrit sur la liste noire européenne est accueilli dans un port américain, c'est tout l'édifice occidental qui perd en crédibilité, et les flottes fantômes en tirent une leçon simple : contourner les règles peut payer. Selon Jeremy Paner, la licence américaine ne couvre d'ailleurs pas les entreprises européennes, qui restent tenues par le droit de l'Union.
Mais l'Europe ne sera crédible que si elle balaie aussi devant sa porte. D'après Al Jazeera, plus de 12 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié russe sont arrivées dans les ports de l'Union entre janvier et septembre 2026, en hausse de 9,5 % sur un an, et la France aurait été en septembre le premier acheteur, pour environ 446 millions d'euros. La feuille de route européenne prévoit, selon l'AFP, l'arrêt des importations de gaz russe d'ici novembre 2027. On peut reprocher à Washington de financer la guerre par le diesel ; il est plus difficile de le faire en continuant d'acheter du gaz.
Une politique fidèle à la tradition gaulliste ne consiste ni à s'aligner sur Washington ni à se payer de mots. Elle consiste à tenir une ligne : le droit international, la solidarité avec un pays agressé, et une sécurité énergétique qui ne dépende ni de Moscou ni des humeurs électorales américaines. Cela suppose d'accélérer la sortie du gaz russe et d'investir dans les renouvelables et la sobriété, en protégeant les ménages modestes qui paient le prix fort à la pompe.
Conclusion
Les pétroliers arriveront après le 3 novembre, quand le scrutin américain sera joué. L'Europe, elle, aura encore la question devant elle. La France pourrait proposer à ses partenaires d'avancer la date d'interdiction du GNL russe et de renforcer les contrôles sur les navires sanctionnés qui croisent au large de ses côtes. Paris est-il prêt à payer ce prix pour être cohérent ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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