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Espagne : la collision d'Urda bouscule la campagne, le rail public mérite mieux qu'un procès électoral

Au moins 68 personnes ont été tuées mercredi dans la collision de deux trains à grande vitesse près de Tolède, la deuxième catastrophe ferroviaire de l'année en Espagne. À un mois des législatives, la droite réclame des comptes, l'extrême droite accuse, et l'Europe entière devrait en tirer les leçons.

Par La Rédaction LSRPublié le 29 octobre 2026 à 09:30· 4 min de lecture
Un train AVE de la Renfe sur la ligne à grande vitesse entre Madrid et l'Andalousie, à Adamuz (province de Cordoue), en janvier 2017.
Un train AVE de la Renfe sur la ligne à grande vitesse entre Madrid et l'Andalousie, à Adamuz (province de Cordoue), en janvier 2017. — Crédit : Photo : Pablo Nieto Abad, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Mercredi 28 octobre, vers 8 h 53, un train à grande vitesse AVE de la compagnie publique Renfe a percuté par l'arrière un train de l'opérateur privé Iryo, à l'arrêt à l'entrée de la gare d'Urda, dans la province de Tolède. Selon l'AFP, au moins 68 personnes ont été tuées. D'après Castilla-La Mancha Media, plus d'une centaine de blessés ont été pris en charge dans les hôpitaux de la région et de Madrid. Le gouvernement a décrété trois jours de deuil officiel, du 29 au 31 octobre.

Ce que l'on sait

Le ministre des Transports, Óscar Puente, a livré une première chronologie. Selon ses déclarations rapportées par l'AFP et l'agence AP, le système automatique de contrôle des trains est tombé en panne vers 8 h 30 sur une soixantaine de kilomètres de voie, ce qui a immobilisé toutes les rames du secteur. Le centre de régulation d'Adif, le gestionnaire public du réseau, aurait ensuite autorisé la reprise de la circulation avant que le système ne soit rétabli. Le train de la Renfe aurait alors parcouru environ 25 kilomètres, peut-être à près de 200 km/h, avant le choc.

Le ministre a qualifié cette décision d'« inexplicable » et a mis hors de cause les conducteurs, selon AP. Des sources citées par Castilla-La Mancha Media indiquent que la réglementation aurait imposé une marche à vue à 40 km/h. Ces éléments restent préliminaires : un juge d'Orgaz a été saisi et la commission d'enquête sur les accidents ferroviaires doit établir les responsabilités. Interrogé sur une éventuelle démission, Óscar Puente a répondu qu'il se concentrait sur l'accident.

C'est le deuxième accident mortel de la grande vitesse espagnole cette année. En janvier, une collision en Andalousie avait fait 46 morts. Le réseau espagnol, le deuxième du monde par sa longueur après celui de la Chine, n'avait connu aucun accident mortel en plus de trente ans d'exploitation, rappelle AP.

Une campagne suspendue, sauf pour l'extrême droite

Le drame survient à un mois des élections législatives anticipées du 29 novembre. Pedro Sánchez les a convoquées le 5 octobre, trois jours après le rejet par le Congrès de ses mesures sur le logement, selon l'AFP. Depuis Urda, il a promis d'aller « jusqu'au bout » de l'enquête et de répondre « avec une totale fermeté » si des négligences sont établies, d'après le quotidien La Cerca. Il a jugé inacceptable qu'un pays comme l'Espagne subisse deux accidents de ce type la même année, tout en estimant que les deux drames n'ont très probablement pas la même origine.

Le Parti socialiste, le Parti populaire, la coalition de gauche et Podemos ont suspendu leurs meetings, rapporte le site Demócrata. Le chef de la droite, Alberto Núñez Feijóo, a réclamé une revue complète et indépendante de tout le réseau et demandé où étaient passés les investissements, sans désigner de responsable. Selon AP, il a appelé au respect des morts, des blessés et de leurs familles.

Vox a fait un autre choix. Santiago Abascal a maintenu son meeting à Valladolid, ouvert par une minute de silence. D'après AP, il a qualifié le gouvernement d'« organisation criminelle ». Selon Demócrata, il a aussi lié l'accident au « fanatisme climatique ». La moyenne des sondages compilée par ce site place le PP à 31 %, le PSOE à 27,3 % et Vox à 18,9 %.

Le rail public mérite mieux qu'un procès instruit en quelques heures

Il faut entendre les arguments de l'opposition. Deux catastrophes en dix mois sur un réseau longtemps cité en exemple justifient des questions sérieuses sur l'entretien, le contrôle et la chaîne de commandement. La demande d'un audit indépendant, portée par le Parti populaire, est légitime, et un gouvernement au pouvoir depuis 2018 doit en rendre compte.

Mais deux dérives sont à éviter. La première consiste à transformer la douleur en arme de campagne avant que les faits soient établis. Accuser un gouvernement d'être « criminel » le jour même du drame, comme l'a fait Vox, n'aide ni les familles ni la vérité. La seconde serait de tout faire porter à un agent du centre de régulation. Si une décision humaine a été déterminante, il faudra comprendre pourquoi elle a été possible : effectifs, formation, procédures en cas de panne, garde-fous techniques.

La question dépasse l'Espagne. La grande vitesse espagnole a été ouverte à la concurrence en 2021, et les deux accidents de l'année impliquaient un train de la Renfe et un train d'Iryo, note AP. Rien n'indique à ce stade que l'ouverture du marché soit en cause : la défaillance décrite par le ministre touche le gestionnaire public de l'infrastructure. Mais plus il y a de trains et d'opérateurs sur les mêmes voies, plus la régulation centrale doit être robuste, financée et dotée de personnel. La France est directement concernée : Ouigo España, filiale de SNCF Voyageurs, circule sur le réseau d'Adif, et notre propre réseau s'ouvre lui aussi à de nouveaux opérateurs.

Une exigence européenne

Pour une tradition attachée à l'État et au service public, la leçon est simple : la sécurité ferroviaire n'est pas une variable d'ajustement budgétaire. L'Espagne devra publier, avant le scrutin si possible, les premières conclusions de son enquête, sans les tordre au profit d'un camp. L'Union européenne, qui a voulu un espace ferroviaire unique, pourrait aussi se saisir du dossier : pourquoi ne pas confier à l'Agence ferroviaire européenne un retour d'expérience public, utile à tous les réseaux du continent, et vérifier que la libéralisation s'accompagne partout des moyens humains nécessaires dans les centres de contrôle ?

La France ferait bien, elle aussi, de se poser la question. Nos postes d'aiguillage et nos systèmes de signalisation sont-ils financés à la hauteur du trafic que nous souhaitons y faire circuler demain ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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