Israël : sans majorité, Nétanyahou accuse le vote arabe, l'Europe doit défendre l'intégrité du scrutin
Les résultats définitifs des législatives israéliennes ne donnent la majorité à aucun camp, et les partis arabes obtiennent un score historique de 19 sièges. Face aux accusations de fraude lancées sans preuve par le camp sortant, la France et l'Europe doivent rappeler que le suffrage de chaque citoyen compte.

Deux jours après le scrutin du 27 octobre, la Commission électorale centrale israélienne a publié jeudi les résultats définitifs du dépouillement. Ils confirment une impasse : aucun des deux grands camps n'atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner, et les partis arabes, avec un score sans précédent, se retrouvent au centre de l'équation.
Les faits
D'après les chiffres de la Commission repris par le Times of Israel, le Likoud de Benyamin Nétanyahou reste la première force de la Knesset avec 27 sièges. Avec ses alliés ultraorthodoxes et d'extrême droite (Judaïsme unifié de la Torah et Otzma Yehudit, 7 sièges chacun, Shas et Sionisme religieux, 6 chacun), le bloc sortant totalise 53 sièges. En face, l'opposition réunit 48 sièges : Yashar, le parti de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, en obtient 21, B'Yachad de Naftali Bennett 12, les Démocrates de Yaïr Golan 8 et Israël Beitenou d'Avigdor Liberman 7.
Le fait marquant du scrutin est ailleurs. Selon i24NEWS, la Liste jointe obtient 11 sièges et Raam, le parti de Mansour Abbas, 8, soit 19 sièges au total, contre 10 dans l'assemblée sortante. La chaîne fait état d'une participation record d'environ 80 % dans la population arabe, qui représente près d'un cinquième des Israéliens. La participation générale atteint 77,9 %, d'après le Times of Israel.
Le calendrier est désormais fixé : les résultats officiels doivent être remis au président Isaac Herzog le 4 novembre, et la nouvelle Knesset prêtera serment le 10 novembre.
Une campagne qui se prolonge sur le terrain de la fraude
Le camp sortant a réagi en mettant en cause la régularité du vote. Comme le rapporte ABC News, Benyamin Nétanyahou a affirmé, sans apporter de preuve, que l'élection avait été « volée par les partis arabes ». Le Likoud a parlé, selon l'AFP citée par la RTBF, d'un « attentat contre la démocratie », et le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir a réclamé l'arrestation de dirigeants arabes soupçonnés d'avoir reçu des fonds du Qatar.
Ces soupçons font l'objet d'une enquête. Le président de la Commission électorale a saisi le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, qui précise, d'après i24NEWS, que ses investigations ne visent pas une communauté dans son ensemble. Mais l'administration électorale a déjà tracé une limite claire. Le directeur général par intérim de la Commission a déclaré, selon ABC News citant la radio publique Kan, qu'il n'existait « aucun fondement » aux accusations de vol de l'élection, et la Commission a indiqué que cette enquête n'affecterait pas les résultats définitifs. Mansour Abbas, de son côté, nie tout lien avec un financement étranger et promet de coopérer avec les enquêteurs.
Les positions en présence
Les partisans du gouvernement sortant font valoir un argument qui mérite d'être entendu : une ingérence étrangère dans un scrutin serait une atteinte grave à la souveraineté d'un pays, et il est légitime qu'elle soit examinée. Selon le Jerusalem Post, tous les dirigeants de l'opposition ont d'ailleurs demandé une enquête complète sur une éventuelle influence qatarie, et Gadi Eisenkot accuse surtout le Likoud d'utiliser ces soupçons pour discréditer le résultat et retarder l'installation de la Knesset.
Le président Herzog a choisi une voie d'équilibre. D'après la RTBF, il a demandé qu'on ne jette pas l'opprobre sur toute la communauté arabe, tout en souhaitant que les soupçons soient instruits. Il a aussi appelé les dirigeants à négocier l'esprit ouvert pour éviter un nouveau scrutin.
Reste l'arithmétique. L'opposition et les partis arabes totalisent 67 sièges, mais, comme le souligne i24NEWS, ce total ne fait pas une coalition. Avigdor Liberman refuse de siéger avec les partis arabes comme avec Benyamin Nétanyahou, et n'envisage qu'une alliance de partis sionistes, Likoud compris, mais sans son chef. Gadi Eisenkot exclut de servir sous l'actuel Premier ministre, même dans un gouvernement à rotation. Seul Yaïr Golan plaide ouvertement, selon le Jerusalem Post, pour un gouvernement formé avec les partis arabes. La Liste jointe s'est dite prête, d'après ABC News, à une « coopération politique » pour écarter le gouvernement sortant.
Analyse : le respect du suffrage n'est pas négociable
Dans une démocratie, aucun électeur ne vaut moins qu'un autre. Que les citoyens arabes d'Israël se soient rendus massivement aux urnes est une bonne nouvelle pour la démocratie israélienne, pas une menace. Une enquête sur d'éventuels financements étrangers est nécessaire ; transformer un soupçon individuel en accusation collective contre un cinquième de la population serait en revanche une faute contre la cohésion nationale.
Pour la France et l'Europe, l'enjeu dépasse la politique intérieure israélienne. Paris a reconnu l'État de Palestine à la tribune de l'ONU en septembre 2025, comme le rappelait alors Le Temps, au nom d'une solution à deux États. Toute perspective de paix suppose un partenaire israélien stable, issu d'un vote incontesté. Un pays plongé dans une crise de légitimité, ou contraint à un nouveau scrutin, n'offrira ni l'un ni l'autre. La tradition gaulliste de la diplomatie française, faite d'amitié lucide avec Israël et de fidélité au droit international, commande de ne pas se taire quand l'intégrité d'un scrutin est mise en cause sans preuve.
Conclusion
Il n'appartient ni à Paris ni à Bruxelles de choisir le prochain gouvernement israélien. Mais la France et l'Union européenne peuvent rappeler publiquement deux principes simples : les enquêtes doivent aller à leur terme, et les résultats proclamés par une commission indépendante doivent être respectés. La question posée aux responsables israéliens est désormais la suivante : accepteront-ils de considérer les élus arabes comme des partenaires politiques ordinaires, ou laisseront-ils le soupçon tenir lieu de programme ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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