Le Pentagone prie les Baltes de baisser le ton face à Moscou : l'Europe ne doit pas se laisser dicter sa voix
Selon Reuters, des responsables américains ont demandé à la Lituanie, à la Lettonie et à l'Estonie de modérer leurs avertissements publics sur la menace russe. Alors que Washington pousse les Européens à assumer leur défense tout en les tenant à l'écart des négociations sur l'Ukraine, la France doit défendre leur liberté de parole.
Selon une enquête de l'agence Reuters publiée vendredi 30 octobre et reprise notamment par Stars and Stripes et la radiotélévision publique lettone LSM, des responsables du Pentagone ont demandé ces dernières semaines à plusieurs alliés de l'OTAN, dont la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, de modérer leurs avertissements publics sur la menace russe. L'information repose sur quatre sources anonymes. Le département américain de la Défense n'a ni confirmé ni démenti.
Les faits
D'après Reuters, le message a été transmis lors de rencontres bilatérales, sur un ton décrit comme courtois plutôt que conflictuel. Parmi les messagers figurerait Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense chargé de la politique, l'un des principaux architectes de la stratégie américaine envers l'Europe. Selon l'une des sources, il aurait déconseillé de « provoquer » Moscou et jugé peu utile l'image d'une Russie acculée « comme un rat ». Reuters n'a pas pu établir à quelle déclaration il faisait allusion. Le Premier ministre estonien Kristen Michal avait employé une image proche fin septembre, en évoquant les actes de sabotage attribués à la Russie en Europe, ce que Moscou dément.
Un responsable européen cité par le Kyiv Post résume la demande américaine en quelques mots :
Ne faites pas de bruit. — un responsable européen, cité par le Kyiv Post
Interrogé, un responsable du Pentagone a seulement indiqué que les conversations privées entre alliés devaient le rester.
Les positions en présence
À Tallinn, la réponse a été nette. Selon LSM, qui cite la télévision publique estonienne ERR, le ministre des Affaires étrangères Margus Tsahkna a assuré que Washington n'avait fait aucune proposition « officielle » en ce sens. Le secrétaire général de son ministère, Jonatan Vseviov, a ajouté qu'une telle demande serait de toute façon rejetée. Le ministère estonien de la Défense a lui aussi indiqué, selon Stars and Stripes, n'avoir rien reçu par les canaux officiels. LSM relève que le choix répété du mot « officiel » laisse ouverte la possibilité de pressions informelles. Les ministères lituanien et letton n'ont pas répondu à Reuters.
Il faut entendre l'argument américain. L'administration Trump cherche à relancer la négociation entre l'Ukraine et la Russie, avec un nouveau cycle de discussions prévu à Abou Dhabi du 6 au 10 novembre, selon Volodymyr Zelensky cité par Al Jazeera. Dans cette logique, une rhétorique jugée trop martiale pourrait compliquer la recherche d'un accord. Comme le relève le site spécialisé armees.com, certains responsables estiment aussi qu'un discours trop alarmiste peut servir les objectifs de Moscou.
À l'inverse, les pays baltes, frontaliers de la Russie ou de la Biélorussie, estiment depuis des années que nommer la menace est la condition pour s'y préparer, convaincre leurs opinions de financer leur défense et maintenir le soutien à Kyiv.
Ce que révèle l'épisode
Cette demande s'inscrit dans un contexte plus large. Selon Stars and Stripes, Elbridge Colby porte l'initiative baptisée « OTAN 3.0 », qui vise à rendre les Européens principalement responsables de leur défense conventionnelle afin de redéployer les forces américaines vers l'Indo-Pacifique et le continent américain. Le Kyiv Post rappelle que Washington réexamine sa présence militaire en Europe et pourrait la réduire sensiblement. Il rapporte aussi que Washington presse Kyiv de cesser ses frappes contre l'énergie russe et envisagerait un allègement des sanctions pour Moscou.
Dans le même temps, le Kremlin a fait savoir par la voix de Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine cité par Al Jazeera, que les Européens ne participeraient pas aux pourparlers d'Abou Dhabi, ce que le président finlandais Alexander Stubb a contesté. Et selon le Kyiv Post, Vladimir Poutine s'est dit jeudi « prêt » à une guerre avec l'Europe tout en affirmant ne pas la vouloir.
La contradiction saute aux yeux. On demande aux Européens d'assumer l'essentiel de leur sécurité, mais de taire la nature de la menace qu'ils doivent affronter. On les écarte de la table où se négocie l'avenir de leur continent, et on leur conseille la discrétion. Un allié qui paie la facture de sa défense acquiert aussi le droit de dire ce qu'il voit.
L'analyse : la souveraineté commence par la parole
La tradition gaulliste a toujours tenu ensemble deux exigences : la fidélité à l'Alliance atlantique et l'indépendance de jugement. Ce principe vaut pour Tallinn, Riga et Vilnius comme pour Paris.
Il ne s'agit pas d'encourager l'outrance. Les comparaisons animalières n'ajoutent rien à la sécurité de quiconque, et la diplomatie gagne à la mesure. Mais la mesure doit être un choix des Européens, pas une consigne venue d'ailleurs. Les pays baltes connaissent la Russie mieux que quiconque au sein de l'Alliance, et leurs alertes sur les sabotages et la guerre hybride rejoignent celles de nombreux services de renseignement occidentaux, comme le rappelle le Kyiv Post.
Pour la France, l'enjeu est concret. Si l'Europe doit porter l'essentiel de sa défense, elle doit aussi parler d'une seule voix, fixer ses propres lignes rouges et obtenir sa place dans toute négociation qui engage sa sécurité. Laisser Washington et Moscou discuter seuls de l'Ukraine, tout en demandant aux Européens de se taire, reviendrait à accepter une Europe payeuse mais muette.
Conclusion
La France aurait tout intérêt à apporter publiquement son soutien aux pays baltes et à proposer, avec ses partenaires européens, une position commune avant les discussions d'Abou Dhabi : aucun accord sur la sécurité européenne sans les Européens. La solidarité au sein de l'Alliance ne se mesure pas au volume sonore, mais à la liberté de chaque allié de dire la vérité sur la menace. Les Européens sauront-ils défendre ensemble ce droit élémentaire ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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