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Nord Stream : Bruxelles ferme la porte à Washington et Moscou, l'Europe doit maintenant payer son indépendance avec justice

Alors que le gaz européen a retrouvé mercredi son niveau de 2022, la Commission a fait savoir que Nord Stream ne rouvrirait pas, même après la guerre. Une fermeté juste face aux projets américano-russes, qui ne vaudra que si l'Europe protège aussi les ménages modestes de la facture.

Par La Rédaction LSRPublié le 28 octobre 2026 à 21:28· 5 min de lecture
Point d'arrivée du gazoduc Nord Stream à Lubmin, sur la côte allemande de la Baltique, en septembre 2011.
Point d'arrivée du gazoduc Nord Stream à Lubmin, sur la côte allemande de la Baltique, en septembre 2011. — Crédit : Photo : Chron-Paul, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le jour même où le gaz européen retrouvait son prix de la crise de 2022, la Commission européenne a fermé une porte que Washington et Moscou cherchaient à entrouvrir. Nord Stream ne rouvrira pas après la guerre, a fait savoir Bruxelles ce mercredi 28 octobre, comme le rapporte Euronews.

Les faits

Interrogée sur les projets prêtés aux États-Unis et à la Russie, la porte-parole en chef de la Commission, Paula Pinho, a rappelé que l'Union connaît, selon ses mots, « les coûts cachés de la dépendance à la Russie ». Elle a ajouté, toujours d'après Euronews, que Moscou avait fait de l'énergie une arme et que les Européens en avaient payé le prix. La porte-parole chargée de l'énergie, Anna-Kaisa Itkonen, a précisé que la sortie du gaz russe n'était liée ni aux sanctions ni à un quelconque événement géopolitique : elle se fera quoi qu'il arrive.

Cette sortie repose sur un texte de droit européen, le règlement (UE) 2026/261 adopté le 26 janvier 2026 et publié sur EUR-Lex. Selon l'AFP, il interdit le gaz naturel liquéfié russe sous contrat long à partir du 1er janvier 2027 et le gaz russe par gazoduc à partir du 30 septembre 2027, au plus tard le 1er novembre 2027. Ce choix d'un règlement adopté à la majorité qualifiée, plutôt que de sanctions votées à l'unanimité, visait à éviter le veto de la Hongrie et de la Slovaquie, rappelait l'AFP lors de l'accord de décembre 2025. Revenir sur cette loi exigerait une nouvelle proposition de la Commission et une majorité qualifiée d'États, souligne Euronews.

Ce rappel à l'ordre vise un projet précis. Le 8 octobre, Reuters, citant cinq sources, a rapporté que l'envoyé américain Jared Kushner et Kirill Dmitriev, conseiller de Vladimir Poutine, auraient évoqué l'entrée d'un investisseur américain dans Nord Stream. La Maison Blanche a démenti toute discussion récente sur ce sujet, selon la même agence. Le contexte, lui, est tendu : d'après Reuters, le contrat de référence TTF a touché 100 euros le mégawattheure ce mercredi, une première depuis décembre 2022, sous l'effet des perturbations venues du Moyen-Orient et de stocks européens au plus bas.

Les positions en présence

Les partisans d'une réouverture ne manquent pas d'arguments, et il faut les entendre. Pour les ménages et les industriels, un gaz russe acheminé par tube serait moins cher que le GNL américain, que l'Union a payé au prix fort pour remplacer les volumes perdus, comme le note Euronews. En Allemagne, la dirigeante de l'AfD, Alice Weidel, défend ce retour au nom du pouvoir d'achat des consommateurs et de la compétitivité des entreprises. À Washington, l'idée s'inscrit dans une stratégie assumée : offrir à Moscou des perspectives économiques pour l'amener à négocier. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a même accusé les Européens d'« hypocrisie », relevait l'AFP le 12 octobre, puisqu'ils achètent encore de l'énergie russe.

L'accusation n'est pas sans fondement. Selon les données d'Eurostat citées par l'AFP, la Russie fournissait encore 17,3 % des importations de GNL de l'Union au deuxième trimestre 2026. Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak revendique, chiffre non vérifié, 21,3 milliards de dollars d'achats européens d'hydrocarbures russes sur les neuf premiers mois de l'année.

En face, le chancelier allemand Friedrich Merz accuse l'AfD de prendre le parti de Moscou et ne voit de sécurité d'approvisionnement durable que dans les renouvelables. Berlin a fait savoir, selon Reuters, qu'aucune autorisation de redémarrage n'était ni accordée ni souhaitée.

L'analyse

Sur le fond, Bruxelles a raison, et pour des raisons que le gaullisme reconnaîtrait sans peine : on ne confie pas son chauffage à une puissance qui bombarde les centrales de son voisin. Rouvrir Nord Stream au moment où la Russie mène la guerre en Ukraine reviendrait à financer l'agresseur et à rendre à Moscou le levier qu'il a utilisé en 2022. Que ce projet soit, de surcroît, négocié entre Washington et le Kremlin, au-dessus de la tête des Européens et avec un intérêt financier américain à la clé, rend la chose plus inacceptable encore. La souveraineté énergétique ne se délègue ni à Moscou ni à Washington.

Mais la fermeté ne suffit pas. D'abord, elle ne sera crédible que si l'Europe cesse réellement d'acheter du GNL russe d'ici la fin de l'année, faute de quoi le reproche d'hypocrisie restera difficile à écarter. Ensuite, un gaz à 100 euros n'est pas une abstraction : il pèse sur les factures des ménages modestes, sur les hôpitaux, les écoles et les collectivités, sur les industries qui chauffent ou transforment. Une politique qui demande des efforts au nom de la sécurité collective doit les répartir avec justice, faute de quoi elle nourrira le discours de ceux qui promettent le gaz russe comme remède.

Pour la France, l'enjeu est double. Le pays peut s'appuyer sur son parc nucléaire et ses terminaux méthaniers, mais il reste exposé aux prix du marché européen. Et une entité française figure, selon Reuters, parmi les actionnaires minoritaires de la société qui contrôle les gazoducs, aux côtés de Gazprom, majoritaire à 51 %.

Conclusion

Dire non à Nord Stream est nécessaire. Reste à dire oui à autre chose : des achats groupés de gaz pour peser face aux fournisseurs, un bouclier tarifaire ciblé sur les ménages les plus fragiles plutôt que des aides indifférenciées, et une accélération des économies d'énergie et des renouvelables financée à l'échelle européenne. La question est désormais posée aux Vingt-Sept, et à Paris en premier lieu : l'Europe aura-t-elle le courage de payer elle-même le prix de son indépendance, plutôt que d'en laisser la facture aux plus modestes ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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