Olechky : la trêve obtenue par Melania Trump sauve des vies, mais laisse l'Europe hors jeu
Une trêve locale a commencé mardi matin autour d'Olechky, ville occupée du sud de l'Ukraine où ne vivraient plus que deux mille personnes, à l'initiative de Melania Trump. Le geste humanitaire est réel, mais il se passe de tout tiers neutre et confirme la mise à l'écart des Européens avant les pourparlers d'Abou Dhabi.

Une trêve locale a commencé mardi 27 octobre au matin autour d'Olechky, ville du sud de l'Ukraine occupée depuis février 2022. Selon l'AFP, les combats ont été suspendus vers 01h00 GMT et les deux capitales ont confirmé l'arrêt des hostilités, sans que l'agence puisse le vérifier sur place dans l'immédiat. La durée et le périmètre exact de cette suspension restent flous.
L'initiative ne vient ni de l'ONU ni d'une organisation humanitaire, mais de Melania Trump, qui se présente dans un communiqué de la Maison-Blanche du 23 octobre comme « intermédiaire exclusive » et dit avoir fixé elle-même les objectifs, les procédures et le calendrier de l'accord. Ce texte annonçait un début au 29 octobre : il a visiblement été avancé.
Une ville que la guerre a vidée
Olechky se trouve sur la rive gauche du Dniepr, face à Kherson, à moins de dix kilomètres. La ville comptait environ 24 000 habitants avant la guerre, il en resterait quelque 2 000 selon l'AFP. La Maison-Blanche avance une fourchette de 1 700 à 2 000 personnes, essentiellement âgées, dont une cinquantaine d'enfants.
Elle a été inondée en 2023 après la destruction du barrage de Kakhovka, que Kiev attribue à la Russie. Les routes d'accès sont minées, les drones des deux camps visent les véhicules, et d'anciens résidents interrogés par l'AFP début octobre décrivaient des pénuries de nourriture et de médicaments.
L'accord prévoit l'entrée d'aide, un déminage, un passage sécurisé, la visite de responsables civils au domicile des habitants, puis un transport vers la destination de leur choix, en Russie ou en Ukraine. Le ministère russe de la Défense a annoncé une « reconnaissance technique » pour sécuriser ce couloir. Dmitri Peskov a confirmé que l'armée russe en coordonnait le calendrier, rapporte ABC News, et l'état-major ukrainien a indiqué qu'il appliquerait les ordres.
Les positions en présence
Washington met en avant un résultat concret là où les canaux officiels n'en produisaient plus. L'argument n'est pas mince : deux mille personnes isolées valent mieux qu'un communiqué de principe.
Moscou accepte le cadre. Le Kremlin s'est dit lundi ouvert à d'autres trêves humanitaires de ce type, tout en écartant le cessez-le-feu général réclamé par Kiev et les Européens, et en précisant que les négociations de novembre n'impliquent aucun ralentissement des opérations militaires. La séquence lui est doublement favorable : elle montre une Russie coopérative sans rien coûter au front.
Kiev, lui, se méfie du mécanisme plus que du principe. Volodymyr Zelensky a accusé dimanche la Russie d'organiser le déminage pour que les civils « partent côté russe et restent là-bas ». La nuit lui donne des arguments : des salves de missiles balistiques ont frappé Kiev dans la nuit de lundi à mardi, endommageant des locaux universitaires et des infrastructures du métro selon le maire Vitali Klitschko. Côté occupé, un autocar reliant Moscou à la Crimée a été touché par un drone ukrainien, faisant un mort et trente et un blessés selon le gouverneur installé par Moscou, Evgueni Balitski.
Ce qui manque à cette trêve
Deux choses manquent à ce dispositif. La première est un tiers neutre. Les documents publics consultés, communiqué de la Maison-Blanche comme dépêches d'agence, ne mentionnent aucun rôle du Comité international de la Croix-Rouge, seule institution mandatée par les Conventions de Genève pour vérifier qu'un déplacement de population est volontaire. À sa place, le communiqué annonce qu'une « organisation de presse américaine impartiale », non nommée, accompagnera les équipes sur le terrain. Un média témoigne, il ne garantit rien. Or le droit humanitaire interdit les transferts forcés de population en territoire occupé, et c'est précisément ce que redoute Kiev.
La seconde absence est celle de l'Europe. Le 23 octobre, Dmitri Peskov a annoncé à l'agence TASS des pourparlers russo-ukrainiens sous médiation américaine en novembre à Abou Dhabi, dont les Européens seraient écartés dans un premier temps. Face à cela, la réponse européenne a été dispersée : le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre ont appelé Vladimir Poutine pour lui demander d'engager de vraies négociations, un échange que Stubb a qualifié de « franc et substantiel », tandis que la Danoise Mette Frederiksen jugeait l'initiative peu utile et rappelait l'exigence d'unité, rapporte Euronews. Les deux dirigeants ont précisé qu'ils ne parlaient pas au nom de l'Union.
Ce désordre n'est pas une querelle de protocole. Un continent qui finance, arme et accueillera les conséquences de cette guerre ne peut se contenter d'apprendre par la presse ce qui se décide sur sa frontière orientale.
Ce qu'il faudrait exiger
Une trêve qui nourrit deux mille personnes est une bonne nouvelle, et il serait absurde de la dédaigner parce qu'elle vient d'un canal inattendu. Mais une bonne nouvelle n'est pas une méthode. La diplomatie personnelle produit des gestes, pas des garanties : elle dépend d'une volonté privée et laisse sans recours ceux qu'elle déplace.
L'Europe, et la France en particulier, aurait deux exigences simples à porter. Que toute opération d'évacuation en territoire occupé se fasse en présence du CICR, qui recueille le choix des habitants hors de la vue des armées. Et qu'une délégation européenne unique, mandatée par le Conseil et la Commission, soit présente à Abou Dhabi dès le premier tour, non comme observatrice mais comme partie.
Reste la question que personne ne pose : si une trêve de quelques jours a pu être obtenue pour une ville, qu'est-ce qui empêche réellement d'en obtenir pour les autres, sinon l'absence, chez ceux qui mènent cette guerre, d'une volonté politique de l'arrêter ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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