Ormuz, suite : la guerre des mines reprend, l'Europe puise dans ses stocks et doit défendre le droit de la mer
Depuis jeudi, l'Iran affirme que plusieurs pétroliers ont sauté sur des mines dans le détroit d'Ormuz, ce que Washington conteste, tandis que onze pays européens, dont la France, ouvrent leurs réserves de diesel. Entre la loi du plus fort et la paralysie, la France a une voie à proposer.

Les faits
Depuis jeudi, le détroit d'Ormuz a renoué avec la guerre des mines. Selon un communiqué de la marine des Gardiens de la révolution relayé par l'agence Anadolu et repris par Middle East Monitor, un quatrième pétrolier aurait heurté une mine et pris feu vendredi, un supertanker transportant plus de deux millions de barils de brut. Téhéran affirme que ces navires empruntaient une route « non autorisée » au sud du détroit, le long des côtes omanaises, et qu'ils avaient ignoré des avertissements radio. L'agence Associated Press précise qu'elle n'a pas pu vérifier ces affirmations et que l'Iran n'a identifié ni les navires ni leurs équipages.
Certains faits, eux, sont établis par d'autres sources. Le centre britannique de sécurité maritime UKMTO a signalé un navire touché à bâbord par un projectile non identifié à une quarantaine de milles nautiques au sud de l'île iranienne de Lavan, provoquant un incendie, sans victime parmi l'équipage. D'après la dépêche Belga publiée par La Libre, la marine omanaise a évacué les 25 membres d'équipage du RITI, un navire battant pavillon panaméen visé au large de la péninsule de Musandam. Rien ne permet à ce stade de relier avec certitude ces incidents aux revendications iraniennes.
Le commandement militaire américain au Moyen-Orient conteste la version de Téhéran. Selon AP et Gulf News, le Centcom assure que ses forces ont débarrassé de leurs mines les principales routes maritimes internationales du détroit, et indique avoir accompagné plus de 3 000 navires commerciaux en six mois.
Les positions en présence
Pour Téhéran, le détroit relève de son contrôle depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février par les frappes américaines et israéliennes. L'Iran exige que les navires suivent le couloir qu'il désigne et se coordonnent avec ses forces. Il avait averti le mois dernier que les navires non autorisés s'exposeraient à la « destruction », rappelle AP.
Pour Washington, la liberté de navigation est assurée et les routes reconnues sont sûres. Mais la diplomatie américaine envoie des signaux contradictoires. L'émissaire Tom Barrack a jugé sur CNN les deux parties « très proches » d'une première entente, tandis que, selon AP, des responsables américains ont invité les pays de la région à se préparer à une possible reprise des frappes après les élections de mi-mandat du 3 novembre. Les médiateurs qataris sont de retour à Téhéran, d'après l'agence officielle IRNA. Selon Gulf News, Washington veut d'abord traiter le dossier nucléaire, quand Téhéran réclame d'abord la levée du blocus de ses ports et des sanctions pétrolières.
L'analyse : l'Europe paie déjà la facture
Ce bras de fer se joue loin de nos côtes, mais ses effets arrivent dans les stations-service et sur les factures. Avant la guerre, un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitait par ce passage large d'une trentaine de kilomètres, rappelle la dépêche Belga. Selon un document consulté par Euronews et cité par Tert.am, le Brent s'échangeait à 112 dollars le 20 octobre, contre environ 40 dollars avant le conflit.
L'Europe en tire déjà les conséquences. D'après ce même document, onze États membres, dont la France, l'Allemagne et l'Italie, se sont engagés jeudi à Luxembourg à puiser 20,5 millions de barils de diesel dans leurs stocks stratégiques d'ici fin janvier 2027. C'est le ministre français de l'Énergie, Roland Lescure, qui a présenté l'initiative. Le commissaire européen Dan Jørgensen a écarté le risque de pénurie physique, mais il a prévenu que la hausse des prix frapperait d'abord les plus vulnérables.
Il faut reconnaître à chaque camp une part de ses arguments. Washington a raison de rappeler que le droit de la mer garantit le passage des navires dans un détroit international, et qu'aucun État ne peut s'en arroger seul la police. Téhéran, de son côté, fait valoir qu'il subit un blocus et des frappes depuis huit mois. Mais aucune de ces deux logiques n'ouvre de sortie. Miner une voie maritime, si ces revendications sont exactes, revient à prendre en otage des équipages civils et l'économie mondiale. Préparer une nouvelle campagne de bombardements au lendemain d'une élection intérieure revient à subordonner la paix d'une région à un calendrier politique américain.
La tradition gaulliste a toujours refusé ce face-à-face. Elle tient que la France n'a pas à choisir entre la soumission à un camp et l'impuissance, et que sa voix porte quand elle défend le droit plutôt que la force. C'est le moment de la faire entendre.
Conclusion : une double responsabilité
La France porte une responsabilité extérieure et une responsabilité intérieure. À l'extérieur, elle peut proposer, avec ses partenaires européens, une initiative au Conseil de sécurité pour une mission internationale d'observation et de déminage du détroit sous mandat des Nations unies, qui ne serait ni américaine ni iranienne, et soutenir la médiation qatarie avant le 3 novembre plutôt qu'après. À l'intérieur, puiser dans les stocks ne suffit pas : si les prix restent à ce niveau cet hiver, l'aide doit être ciblée sur les ménages modestes, les agriculteurs et les transporteurs, et la sobriété comme la sortie du pétrole doivent redevenir des priorités de souveraineté.
Reste une question que l'Europe ne peut plus éluder : combien de crises faudra-t-il encore pour qu'elle cesse de dépendre d'un détroit qu'elle ne contrôle pas ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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