LSR
AnalyseMonde

Serbie, suite : participation record face à Vučić, l'Europe attendue sur l'après-scrutin

Les Serbes ont voté en masse ce dimanche aux législatives anticipées, avec une participation de 46,4 % à 14 heures, près de quatorze points au-dessus de 2023 selon CeSID et Ipsos. Avant les résultats attendus dans la soirée, ce scrutin sous tension engage aussi la crédibilité de l'Union européenne dans les Balkans.

Par La Rédaction LSRPublié le 25 octobre 2026 à 17:28· 4 min de lecture
La Maison de l'Assemblée nationale de Serbie, à Belgrade, en novembre 2023.
La Maison de l'Assemblée nationale de Serbie, à Belgrade, en novembre 2023. — Crédit : Photo : kallerna, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Des files d'attente de plus d'un kilomètre à Belgrade, des queues devant les 93 bureaux ouverts à l'étranger, de Paris à Chicago : ce dimanche 25 octobre, les Serbes se sont rendus aux urnes en nombre rarement vu. L'AFP parle d'un scrutin en forme de « référendum anti-Vucic ». Les bureaux ferment à 20 heures, et les premiers résultats partiels sont attendus vers 22 heures, heure locale, selon Reuters. Ce texte a été écrit avant leur publication.

Les faits

D'après les estimations des instituts CeSID et Ipsos, relayées par le Courrier des Balkans, la participation atteignait 27,3 % à 11 heures, contre 15,1 % à la même heure lors des législatives de décembre 2023. À 14 heures, elle était de 46,4 %, soit environ quatorze points de plus qu'il y a trois ans. Environ 6,45 millions d'électeurs étaient appelés à choisir entre 18 listes.

Comme le rappelle RFI, ce vote anticipé a été provoqué par Aleksandar Vučić lui-même. Au pouvoir depuis 2014, il a dissous le Parlement en septembre puis quitté la présidence de la République pour conduire la liste de son Parti progressiste serbe (SNS) et briguer la tête du gouvernement. Face à lui, la liste étudiante, menée par le cardiologue Ilija Srdanović, est née du mouvement de contestation déclenché par l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, qui avait fait seize morts en novembre 2024. Un sondage de l'institut NSPM, réalisé début octobre et cité par le Courrier des Balkans, plaçait les deux camps au coude à coude, avec un léger avantage aux étudiants, dans la marge d'erreur.

La journée n'a pas été sans incidents. L'organisation d'observation CRTA indique avoir constaté des bulletins photographiés dans un quart des bureaux observés, et des irrégularités pouvant signaler des tentatives de contrôle du vote dans 9 % d'entre eux. Le Courrier des Balkans fait aussi état de soupçons d'achat de voix à Novi Sad et dans la localité de Veternik, ainsi que de bureaux perturbés à Doljevac et Pančevo. Ces signalements restent à confirmer par les autorités électorales et par la mission de l'OSCE, dont les conclusions préliminaires sont attendues lundi 26 octobre.

Les positions en présence

Après avoir voté, Aleksandar Vučić a voulu rassurer sur l'issue du scrutin.

« Si nous perdons, nous reconnaîtrons la volonté des électeurs » — Aleksandar Vučić, cité par RFI

Il a ajouté, selon la même source, qu'en cas de victoire personne ne la lui retirerait. Le dirigeant défend son bilan en matière d'autoroutes, de voies ferrées et d'hôpitaux, promet des hausses de pensions et de salaires publics, et rejette les accusations de corruption et d'espionnage de l'opposition. Il accuse les étudiants d'être financés depuis la Croatie et le Monténégro, ce que le mouvement dément.

Ses partisans soulignent la croissance du pays et la stabilité qu'il a assurée dans une région fragile. C'est un argument qui mérite d'être entendu : la Serbie a attiré des investissements importants et ses infrastructures ont progressé.

Côté étudiant, le ton est celui d'une alternance attendue.

« Nous élirons légitimement un nouveau gouvernement en Serbie » — Ilija Srdanović, cité par RFI

Le programme de la liste porte surtout sur la lutte contre la corruption et l'éducation, beaucoup moins sur la politique étrangère, note RFI. Et on ignore encore qui deviendrait Premier ministre en cas de victoire.

L'analyse

Une participation aussi forte est d'abord une bonne nouvelle pour la démocratie serbe. Après deux ans de manifestations, une partie de la société a choisi de transformer la colère de la rue en bulletins de vote. C'est la voie que toute démocratie doit souhaiter.

Mais la qualité d'une élection ne se mesure pas seulement aux files d'attente. Les observateurs de la CRTA et du Bureau des institutions démocratiques de l'OSCE avaient alerté, avant le vote, sur l'usage des ressources de l'État au profit du parti au pouvoir et sur des pressions contre des candidats d'opposition. Selon le Courrier des Balkans, plus de 500 000 électeurs seraient inscrits sans adresse précise. Si le résultat est serré, ces fragilités pèseront lourd dans la reconnaissance du verdict.

Pour l'Europe, l'enjeu est direct. La Serbie est candidate à l'Union, qui reste son premier partenaire commercial, tout en entretenant des liens étroits avec la Chine et la Russie, son principal fournisseur de gaz, rappelle RFI. La commissaire à l'élargissement, Marta Kos, avait déclaré en septembre devant le Parlement européen, selon Agence Europe, que les Serbes auraient l'occasion de décider de leur chemin, et que les progrès vers l'Union dépendraient du prochain gouvernement.

La France, qui entretient avec la Serbie une amitié ancienne, a une responsabilité particulière. Elle ne peut pas se contenter d'un communiqué de circonstance. Elle doit dire, avec ses partenaires, que le respect du résultat, quel qu'il soit, est la condition de toute suite au processus d'adhésion. Ce n'est pas de l'ingérence : c'est le contenu même des critères que Belgrade a acceptés en demandant à rejoindre l'Union.

Conclusion

Quel que soit le vainqueur, la Serbie qui se réveillera lundi ne sera plus tout à fait la même : une génération a montré qu'elle croyait encore aux urnes. À l'Europe d'être à la hauteur de cette confiance. Une proposition simple : que l'Union conditionne explicitement la poursuite des négociations à une transition ordonnée et à l'application des recommandations de l'OSCE, et qu'elle l'annonce avant même la proclamation des résultats. La question reste ouverte : Bruxelles osera-t-elle traiter l'État de droit à Belgrade avec la même exigence qu'à Budapest ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

Partager

L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

À lire aussi

Photo : Vinnytsia Oblast State Administration, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
AnalyseMonde

À Oslo, l'Europe tente de garder l'Ukraine à la table face au virage de Trump

Volodymyr Zelensky a entamé ce mardi en Norvège des discussions avec l'émissaire américain Steve Witkoff, en présence de représentants européens, avant un possible déplacement de ce dernier à Moscou. Entre l'accord sur le diesel russe et des missiles payés par les Européens mais bloqués à Washington, la rencontre révèle surtout la dépendance stratégique de l'Europe.

La Rédaction LSR · 20 octobre 2026 · 4 min

Photo : anisoboy, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
AnalyseMonde

Roumanie : un gouvernement enfin, mais un sursis de six mois face à l'extrême droite

Après plus de cinq mois de crise, le Parlement roumain a investi mardi le gouvernement minoritaire du diplomate pro-européen Luca Niculescu. Ce répit fragile, sous la pression de l'un des plus lourds déficits de l'Union et d'une extrême droite en tête des sondages, concerne directement la France et l'Europe.

La Rédaction LSR · 21 octobre 2026 · 4 min