Soldats algériens au Niger : Alger vise l'ancienne base de Barkhane, la France doit repenser sa place au Sahel
Le Parlement algérien a autorisé dimanche l'envoi de troupes au Niger, une première depuis 1973. Derrière la protection affichée des intérêts pétroliers et gaziers, c'est l'équilibre du Sahel qui se recompose, et la France comme l'Europe doivent en tirer les leçons.

C'est une rupture que peu d'observateurs attendaient. Dimanche 25 octobre, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé à l'unanimité l'envoi d'unités de l'Armée nationale populaire au Niger, rapportent Reuters et l'AFP. Si le déploiement a lieu, ce sera la première opération officielle de soldats algériens hors des frontières depuis la guerre israélo-arabe de 1973.
Les faits
Selon Reuters, les unités algériennes doivent s'installer à Madama, dans le nord du Niger, près de la frontière libyenne. Le lieu est chargé de symboles : il s'agit d'une ancienne base avancée de l'opération française Barkhane, comme le souligne le site spécialisé Zone Militaire, qui s'appuie sur des informations de Jeune Afrique. Une source sécuritaire nigérienne citée par Reuters indique toutefois qu'aucun soldat n'a encore été officiellement déployé. Ni le nombre d'hommes ni le calendrier n'ont été rendus publics, note Agence Ecofin.
La base juridique existe depuis la révision constitutionnelle de 2020. Comme l'explique Al Jazeera, l'article 91 permet au président d'autoriser un envoi de troupes à l'étranger, à condition d'obtenir l'accord des deux tiers des membres de chaque chambre. Le vote de dimanche est donc le premier usage de cette possibilité pour une opération bilatérale.
Ce feu vert couronne un rapprochement rapide. D'après Reuters, le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, s'est rendu à Alger le 20 octobre, où un protocole de coopération militaire a été signé, selon l'AFP, sans que son contenu soit publié. En août, Alger avait livré quatre hélicoptères à Niamey, puis envoyé des avions de combat après une tentative de mutinerie au sein de l'armée nigérienne, rapporte l'AFP. Début octobre, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé que l'Algérie défendrait le Niger face aux menaces pesant sur sa stabilité.
Le retournement est spectaculaire. Alger avait condamné le coup d'État de 2023 à Niamey. En 2025, après la destruction par l'armée algérienne d'un drone malien près de la frontière, le Niger avait rappelé son ambassadeur, rappelle Reuters. Le chef de l'État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, s'est ensuite rendu à Alger en février 2026.
Les positions en présence
Alger présente l'opération comme défensive et économique. Cité par l'agence AP et repris par Al Jazeera, le sénateur Belkacem Boulghiti assure que l'objectif n'est pas de combattre :
Nous n'envoyons pas nos soldats faire la guerre au Niger — Belkacem Boulghiti, sénateur algérien
Il s'agirait selon lui de protéger les intérêts économiques et stratégiques de l'Algérie, en particulier ses installations pétrolières. Reuters rappelle que la compagnie publique Sonatrach a signé en 2022 un accord de partage de production dans la région de Kafra, et qu'elle participe avec le Niger et le Nigeria au projet de gazoduc transsaharien, destiné à acheminer du gaz africain vers l'Europe. Le chercheur Abdellah Akir, interrogé par l'AFP, y voit une évolution majeure de la doctrine de défense algérienne, pensée pour protéger la profondeur stratégique du pays.
Ce choix a aussi ses critiques et ses zones d'ombre. Le Niger est dirigé par une junte issue d'un putsch, alliée au Mali et au Burkina Faso au sein de l'Alliance des États du Sahel. Selon Zone Militaire, la mutinerie de l'été a été réprimée avec l'aide du groupe Africa Corps, lié au Kremlin. Une armée algérienne installée dans le nord du pays côtoierait donc, de fait, un dispositif russe. Enfin, l'accord de défense n'a pas été publié, ce qui laisse sans réponse la question des règles d'engagement si les groupes armés liés à Al-Qaïda ou à l'État islamique, actifs au Niger, s'en prenaient aux installations protégées.
L'analyse
Pour la France, l'image est cruelle. Madama, que nos soldats ont tenue pendant des années, accueillera bientôt une autre armée. Mais la nostalgie serait mauvaise conseillère. Le retrait français du Mali, du Burkina Faso puis du Niger, achevé fin 2023, a montré les limites d'une présence militaire qui ne s'accompagnait pas d'un projet politique partagé avec les populations. Les États-Unis ont eux aussi quitté le Niger en 2024, rappelle Al Jazeera.
Il serait tout aussi erroné de voir dans l'arrivée algérienne une simple menace. Un voisin qui partage près de 1 000 kilomètres de frontière avec le Niger, selon l'AFP, et qui a payé cher l'instabilité libyenne a des raisons légitimes de vouloir sécuriser le Sahara. Une présence algérienne peut aussi limiter le tête-à-tête entre Niamey et Moscou. Reste un risque réel : que la sécurisation de tuyaux et de puits passe avant la protection des civils, et que la légitimité d'un pouvoir militaire qui n'est pas issu des urnes soit confortée sans contrepartie démocratique.
L'Europe a un intérêt direct dans cette affaire. Le gazoduc transsaharien vise ses marchés. Les routes migratoires passent par le nord du Niger. Elle ne peut pas rester spectatrice d'une recomposition qui se fait sans elle, ni se contenter de déplorer l'influence russe.
Conclusion
La France et ses partenaires européens gagneraient à prendre acte de ce nouveau rôle algérien plutôt qu'à le subir. Un dialogue sécuritaire franco-algérien sur le Sahel, adossé à l'Union africaine et aux Nations unies, et une aide européenne conditionnée au respect des droits humains et à un calendrier de retour au pouvoir civil, seraient plus utiles que les postures. La question est ouverte : Paris saura-t-il parler au Sahel autrement que par ses bases perdues ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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