Starlink : Trump rouvre le robinet, l'Europe découvre le prix de sa dépendance
Donald Trump assure qu'Elon Musk a rétabli l'accès de l'Ukraine à Starlink, après dix jours de bridage qui ont gêné les drones de Kiev, tandis que Volodymyr Zelensky affirme que les débits ne sont pas revenus. L'épisode rappelle à l'Europe qu'une armée qu'elle soutient dépend du bon vouloir d'un industriel et d'un allié américains, et que sa propre constellation, IRIS², n'arrivera pas avant 2029.

Jeudi 22 octobre, Donald Trump a assuré qu'Elon Musk avait rétabli l'accès de l'Ukraine à Starlink, le réseau internet par satellite dont dépendent une bonne partie des communications et des drones de l'armée ukrainienne. Interrogé sur un éventuel appel au patron de SpaceX, le président américain a refusé de confirmer, estimant en substance que peu importe qui a téléphoné, pourvu que le service soit revenu, rapporte Reuters. Le même jour, Volodymyr Zelensky affirmait pourtant que les débits n'avaient pas été rétablis.
Dix jours de flou
Selon Al Jazeera, qui s'appuie sur l'AFP et Reuters, les autorités ukrainiennes ont signalé dès le 13 octobre un bridage soudain du service, notamment pour les terminaux se déplaçant à plus de 160 km/h. Une restriction qui, d'après un conseiller de la présidence ukrainienne, a réduit la capacité de Kiev à faire voler ses drones, utilisés aussi bien pour frapper que pour intercepter les Shahed russes.
Depuis, chacun se renvoie la responsabilité. Elon Musk a écrit que l'usage de Starshield, la version militaire de Starlink, relevait en dernier ressort de l'armée américaine et du président. Le secrétaire d'État Marco Rubio a répondu, le 21 octobre, qu'il s'agissait d'un contrat commercial privé et que la décision appartenait à SpaceX. Le Wall Street Journal, cité par Reuters, a affirmé que Musk aurait lui-même ordonné le ralentissement après en avoir discuté avec Donald Trump, puis que ce dernier lui aurait demandé de lever les restrictions. Reuters précise n'avoir pas pu vérifier ces informations de façon indépendante, et Donald Trump dément toute implication.
L'épisode survient dans un climat déjà tendu. Toujours selon Reuters, Washington a levé des sanctions sur le diesel russe, demandé à Kiev de cesser ses frappes contre les raffineries russes et appelé les Ukrainiens à remplacer leur président.
Les positions en présence
À Bruxelles, la Commission européenne n'a pas attendu. Son porte-parole pour la défense, Thomas Regnier, s'est inquiété le 21 octobre de ces informations, a demandé à SpaceX de rétablir d'urgence le service complet et a reconnu que l'Europe devait faire plus. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avait auparavant admis que l'Union ne pouvait pas remplacer immédiatement les capacités de Starlink. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, dont le pays finance une partie des abonnements ukrainiens, a accusé Elon Musk de faire de la politique avec ses produits, prévenant que les clients européens regardaient de près, relève Al Jazeera.
Profondément préoccupantes et incohérentes avec la manière dont la société fournissait ces services — Thomas Regnier, Commission européenne
Il faut entendre l'argument inverse. Starlink est un service privé, d'une efficacité que personne n'égale aujourd'hui, et l'Ukraine en a largement bénéficié depuis 2022. Ses défenseurs rappellent qu'une entreprise reste libre des conditions de son offre, et qu'un allié qui soutient l'effort de guerre peut vouloir peser sur son cours. Et en Europe, certains jugent coûteux de bâtir un réseau concurrent quand il suffirait de négocier avec un fournisseur qui existe déjà.
L'analyse : une leçon de souveraineté
Ces arguments ont leur logique, mais ils butent sur un fait simple : une armée qui défend son territoire face à une agression, en violation flagrante du droit international, ne peut pas voir ses communications dépendre de l'humeur d'un industriel ou du calendrier électoral d'un allié. Que la décision vienne de SpaceX ou de la Maison-Blanche, la conséquence est la même. Les soldats ukrainiens, et les civils que les drones protègent, en paient le prix.
Le général de Gaulle n'a pas doté la France de la dissuasion et d'une industrie spatiale par goût du prestige, mais parce qu'une nation qui ne maîtrise pas ses outils stratégiques ne maîtrise pas son destin. La même idée vaut aujourd'hui pour l'Europe. La réponse existe sur le papier : IRIS², la constellation européenne de 348 satellites que la Commission présente comme la garantie d'une connectivité sécurisée pour les institutions, la défense, les secours et les zones rurales mal desservies.
Le problème est le calendrier. Selon Euronews, la Commission et le consortium SpaceRISE ne se sont accordés sur la mise en œuvre qu'en août 2026, et les premiers lancements sont attendus en 2029, avec des services initiaux en 2029 ou 2030. Des médias évoquent un retard d'environ deux ans sur le plan initial, et la cadence des lancements d'Ariane 6 est citée comme un goulot d'étranglement. Le chiffrement doit reposer sur l'infrastructure européenne de communication quantique.
Ce réseau n'est pas qu'un outil militaire. C'est un service public au sens plein : couvrir les territoires oubliés du haut débit, assurer la continuité des secours lors d'une catastrophe, protéger les réseaux électriques et hospitaliers. Investir dans IRIS², c'est à la fois défendre l'Ukraine, la sécurité des Européens et l'égalité entre territoires.
Conclusion : accélérer, et assumer d'en payer le prix
L'Europe sait désormais ce que coûte la dépendance. Elle peut répondre de trois façons : accélérer IRIS² en lui donnant les moyens d'un financement commun dans le prochain budget européen, sécuriser les capacités de lancement, et organiser d'ici là une solution de secours pour Kiev avec les opérateurs européens existants. La France, qui a toujours fait de l'autonomie stratégique un principe, a vocation à porter ce combat à Bruxelles. Reste une question que les Vingt-Sept ne pourront pas éluder longtemps : sont-ils prêts à payer pour leur souveraineté, ou continueront-ils à la louer ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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