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Superprofits, suite : Total double son bénéfice, l'exemplarité ne suffit plus, il faut une règle

TotalEnergies annonce un bénéfice net d'environ 7,45 milliards d'euros au troisième trimestre, plus du double d'il y a un an, alors que le gazole dépasse 2,35 euros le litre. Le gouvernement réclame de l'« exemplarité », la gauche le blocage des prix, le RN une baisse de la TVA : reste à fixer une règle juste.

Par La Rédaction LSRPublié le 30 octobre 2026 à 03:29· 5 min de lecture
Une station-service à Cusset (Allier) et l'affichage des prix des carburants, en avril 2026.
Une station-service à Cusset (Allier) et l'affichage des prix des carburants, en avril 2026. — Crédit : Photo : Tabl-trai, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le chiffre est tombé jeudi 29 octobre et il a immédiatement enflammé le débat. TotalEnergies a publié pour le troisième trimestre 2026 un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars, soit environ 7,45 milliards d'euros, selon Planet.fr et LCP. C'est plus du double du même trimestre de 2025, où le groupe affichait 3,7 milliards de dollars. Dans le même temps, d'après ces mêmes sources, le gazole dépasse en moyenne 2,35 euros le litre en France, quand les stations du groupe le plafonnent à 2,25 euros.

Les faits

Selon le site spécialisé L'Automobiliste, le résultat net ajusté atteint 9,1 milliards de dollars, en hausse de 128 % sur un an. Le baril de Brent s'est établi en moyenne autour de 97 dollars sur le trimestre, contre 69 dollars un an plus tôt. La branche raffinage et chimie aurait dégagé 3,5 milliards de dollars de résultat opérationnel, contre 687 millions un an auparavant, et les marges de raffinage européennes auraient été multipliées par quatre.

Le PDG Patrick Pouyanné, dans le communiqué du groupe rapporté par Planet.fr, attribue ces performances à des prix élevés, à des marges de raffinage à des niveaux historiques, ainsi qu'au modèle intégré et à la diversification géographique de l'entreprise. Le contexte est connu : la guerre au Moyen-Orient tire les cours vers le haut depuis le printemps.

L'État, de son côté, met sur le marché 10 millions de barils de ses stocks stratégiques à partir du 1er novembre, d'après Planet.fr et L'Automobiliste. Le gouvernement en attend une baisse de 12 à 18 centimes par litre, à condition que l'avantage soit entièrement répercuté à la pompe.

Les positions en présence

Le gouvernement refuse l'affrontement. Sa porte-parole, Maud Bregeon, a déclaré sur BFMTV qu'il ne fallait pas « sombrer dans le Total bashing », rapporte LCP, et que la France avait de la chance de disposer d'un grand groupe pétrolier en pleine crise. Elle demande en revanche à l'entreprise d'être « exemplaire » : répercuter à la baisse le bénéfice de la libération des barils et maintenir son plafonnement aussi longtemps que nécessaire.

Cette position a sa cohérence. Le marché de la distribution est ouvert à la concurrence et le groupe est coté en Bourse ; l'exécutif mise donc sur la pression publique plutôt que sur la contrainte, souligne Planet.fr. TotalEnergies, pour sa part, a fait valoir dans une déclaration publiée au printemps que l'essentiel de ses profits pétroliers et gaziers est réalisé et taxé dans les pays producteurs, et qu'une taxe supplémentaire en France reviendrait selon lui à une double imposition. Le groupe affirme acquitter en moyenne 25 milliards de dollars d'impôts par an dans le monde depuis 2022.

À gauche, la réponse est frontale. La députée insoumise Aurélie Trouvé a réclamé sur X que le gouvernement « bloque les prix », rejointe par Manuel Bompard, tandis que Danièle Obono appelle à « taxer les superprofits », selon LCP. Le Rassemblement national choisit un autre angle : Marine Le Pen a jugé « insupportable » une remarque du ministre de l'Économie Roland Lescure sur la fiscalité des carburants, et le député Julien Odoul promet de ramener la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %.

L'analyse

Il faut d'abord rendre justice à un argument du gouvernement : disposer d'un champion énergétique national est un atout de souveraineté, et le plafonnement pratiqué dans les stations du groupe a un coût réel, que Patrick Pouyanné a lui-même estimé sur Public Sénat à environ 500 millions d'euros d'ici la fin de l'année. Mais un rapport parlementaire conduit en juillet par le député socialiste Philippe Brun jugeait, selon LCP, que ce plafonnement relevait d'une « stratégie commerciale » visant à capter des clients, et non d'un geste désintéressé. Rapporté à un bénéfice de plus de 7 milliards d'euros sur un seul trimestre, l'effort paraît modeste.

La baisse massive de la TVA proposée par le RN, elle, profiterait à tous les automobilistes sans distinction de revenus et priverait l'État de recettes au moment même où le budget 2027 peine à trouver une majorité. Le blocage général des prix défendu par LFI se heurte à d'autres limites : il ne cible pas les ménages les plus exposés et pose la question des stations indépendantes, déjà fragilisées.

Reste le cœur du sujet, que l'appel à l'exemplarité ne règle pas. Quand une crise géopolitique transfère des milliards des ménages vers les comptes d'une entreprise, la question n'est pas morale mais politique : qui paie la guerre ? Le gaullisme social a toujours tenu que l'intérêt général prime sur les rentes de situation, et que l'État n'est pas un simple commentateur du marché. Le rapport Brun proposait déjà des pistes précises : une contribution sur les profits exceptionnels, une fiscalité temporaire ajustée au prix du carburant et une aide mieux ciblée sur les travailleurs ruraux modestes. Le rapport relevait qu'à la mi-juin, l'indemnité de 100 euros n'avait été demandée que par 700 000 des 2,9 millions de bénéficiaires alors éligibles : un dispositif remboursé après coup ne règle pas les fins de mois.

Conclusion

Demander à TotalEnergies d'être exemplaire est un vœu ; fixer la règle est un devoir. Plutôt que de choisir entre la complaisance et l'invective, le gouvernement pourrait proposer, dans le cadre du budget en discussion, une contribution temporaire sur les profits de raffinage réalisés en France, entièrement fléchée vers une aide carburant ciblée sur les ménages modestes qui n'ont pas d'autre choix que la voiture. La solidarité nationale ne devrait pas dépendre de la bonne volonté d'un conseil d'administration.

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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