Ukraine : Helsinki et Oslo appellent Poutine, l'Europe doit enfin choisir qui parle en son nom
Le président finlandais et le Premier ministre norvégien ont parlé quatre-vingt-dix minutes avec Vladimir Poutine, une première pour des alliés de Kiev depuis l'été 2025. Critiquée par Copenhague, l'initiative met l'Union au pied du mur avant la reprise des pourparlers d'Abou Dhabi.
Pour la première fois depuis l'appel d'Emmanuel Macron en juillet 2025, des dirigeants de pays alliés de l'Ukraine ont parlé directement à Vladimir Poutine. Le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre l'ont appelé mardi 27 octobre depuis Helsinki. L'initiative a aussitôt rouvert une question que l'Europe repousse depuis des mois : qui parle en son nom ?
Les faits
Selon le communiqué de la présidence finlandaise, l'appel a été passé à l'initiative des deux dirigeants, en consultation avec l'Ukraine, et prolonge une réunion tenue à Oslo le 20 octobre. D'après Le Grand Continent, cette réunion avait rassemblé Volodymyr Zelensky et les émissaires de Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner. The Moscow Times rapporte que Steve Witkoff s'est ensuite rendu à Saint-Pétersbourg pour rendre compte de ces discussions à Vladimir Poutine.
L'échange a duré environ quatre-vingt-dix minutes, selon EUobserver. Helsinki évoque des messages transmis en vue de futures négociations, en lien avec des rencontres prévues à Abou Dhabi, ainsi que la sécurité en mer Baltique et dans le Grand Nord. Alexander Stubb a qualifié la discussion de « franche et substantielle ». Jonas Gahr Støre dit avoir insisté sur la désescalade. Les deux hommes ont précisé qu'ils s'exprimaient au nom de leurs pays, et non de l'Europe.
Le compte rendu du Kremlin, relayé par The Moscow Times et Euronews, est d'une autre tonalité. Vladimir Poutine y rappelle ce qu'il présente comme les « causes profondes » de la guerre et accuse les politiques des pays de l'Union européenne et de l'OTAN de prolonger les hostilités. Selon EUobserver, il n'a fait aucune concession, notamment sur les territoires ukrainiens revendiqués par Moscou. Le Kremlin se dit toutefois prêt à reprendre en novembre, à Abou Dhabi, les pourparlers sous médiation américaine, sans date arrêtée.
Après l'appel, les deux dirigeants nordiques ont informé Volodymyr Zelensky. D'après The Moscow Times, le président ukrainien demande des gestes concrets de désescalade, en particulier sur les frappes contre les infrastructures énergétiques avant l'hiver.
La Russie doit cesser de faire traîner la guerre. — Volodymyr Zelensky
Les positions en présence
La critique la plus nette est venue de Copenhague. Selon EUobserver, la Première ministre danoise Mette Frederiksen affirme que l'appel n'avait été coordonné avec aucun allié. Citée par LaPresse, elle ajoute : « Je ne sais pas ce qu'ils pensent pouvoir obtenir ainsi. » Elle rappelle l'importance que les Européens restent unis face à Moscou.
Les intéressés présentent une autre version. Selon le site ukrainien LIGA.net, Alexander Stubb assure que l'appel a été préparé avec Kiev et Washington, et que les pays nordiques avaient été prévenus. Euronews indique, de son côté, que la Commission et le Conseil européen auraient été informés à l'avance, et que Bruxelles prépare une équipe commune pour porter la position de l'Union dans les négociations.
Les arguments de ceux qui défendent la démarche méritent d'être entendus. Laisser Washington seul face à Moscou, c'est risquer un accord négocié sans les Européens, alors que leur sécurité est en jeu. La Finlande partage plus de 1 300 kilomètres de frontière avec la Russie, la Norvège une frontière arctique : leur intérêt pour un canal direct n'a rien d'une lubie. À l'inverse, les sceptiques font valoir que Moscou cherche à diviser. Cité par Le Grand Continent, l'analyste finlandais Henri Vanhanen estime que le Kremlin pourrait exploiter ces contacts pour creuser les désaccords européens. Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov a d'ailleurs déclaré le 25 octobre, selon la même source, vouloir dialoguer avec l'Europe tout entière.
L'analyse
Les deux camps ont en partie raison, et c'est bien le problème. Le dialogue avec un adversaire n'est pas une faiblesse : la tradition gaulliste a toujours su parler à Moscou sans rien céder sur l'essentiel. Mais un dialogue utile suppose un mandat, une ligne commune et une parole qui engage. Deux dirigeants qui précisent ne pas parler pour l'Europe peuvent transmettre des messages ; ils ne peuvent pas négocier pour elle.
Or le calendrier se resserre. Si le cycle d'Abou Dhabi reprend en novembre, les termes d'un éventuel cessez-le-feu seront discutés entre Washington, Kiev et Moscou. Le Grand Continent rapporte, en citant le Telegraph, que plusieurs noms circuleraient pour représenter l'Europe : Giorgia Meloni, Alexander Stubb, Jonas Gahr Støre, Petr Pavel et Mette Frederiksen. Rien n'est tranché. Chaque semaine d'hésitation renforce le risque que l'Europe découvre un accord au lieu de l'écrire.
Pour la France, l'enjeu est double. Paris a porté depuis 2022 l'idée d'une Europe capable de garantir sa propre sécurité ; elle ne peut pas se satisfaire de voir la diplomatie européenne se morceler entre initiatives nationales. Et le droit international doit rester la boussole : aucune paix durable ne peut reposer sur la reconnaissance de conquêtes obtenues par la force, ni oublier les civils ukrainiens qui affrontent un nouvel hiver sous les frappes.
Conclusion
L'appel d'Helsinki a au moins un mérite : il oblige l'Europe à sortir de l'ambiguïté. Plutôt que de reprocher aux Nordiques d'avoir pris les devants, les Vingt-Sept devraient désigner rapidement, avec la Norvège et le Royaume-Uni, une équipe de négociation dotée d'un mandat clair et approuvé par les chefs d'État et de gouvernement. La France a vocation à pousser pour cette solution. Reste une question ouverte : l'Europe saura-t-elle s'accorder avant Abou Dhabi, ou laissera-t-elle d'autres fixer les conditions de sa propre sécurité ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
À lire aussi
Photo : Vinnytsia Oblast State Administration, CC BY 4.0, via Wikimedia CommonsÀ Oslo, l'Europe tente de garder l'Ukraine à la table face au virage de Trump
Volodymyr Zelensky a entamé ce mardi en Norvège des discussions avec l'émissaire américain Steve Witkoff, en présence de représentants européens, avant un possible déplacement de ce dernier à Moscou. Entre l'accord sur le diesel russe et des missiles payés par les Européens mais bloqués à Washington, la rencontre révèle surtout la dépendance stratégique de l'Europe.
La Rédaction LSR · 20 octobre 2026 · 4 min
Alberta : les trois quarts disent non à la sécession, une leçon pour l'Europe
Les électeurs de l'Alberta ont largement refusé, lundi 19 octobre, d'engager leur province sur la voie de la séparation, malgré les encouragements venus de l'entourage de Donald Trump. À dix jours d'un sommet entre l'Union européenne et le Canada, ce vote rappelle que l'unité d'un pays allié est aussi un enjeu européen.
La Rédaction LSR · 20 octobre 2026 · 5 min
Roumanie : un gouvernement enfin, mais un sursis de six mois face à l'extrême droite
Après plus de cinq mois de crise, le Parlement roumain a investi mardi le gouvernement minoritaire du diplomate pro-européen Luca Niculescu. Ce répit fragile, sous la pression de l'un des plus lourds déficits de l'Union et d'une extrême droite en tête des sondages, concerne directement la France et l'Europe.
La Rédaction LSR · 21 octobre 2026 · 4 min
