Ukraine : l'ONU qualifie de crime contre l'humanité la guerre russe contre l'énergie, l'Europe doit protéger l'hiver ukrainien
Une commission d'enquête mandatée par l'ONU conclut que les frappes russes contre le réseau énergétique ukrainien relèvent du crime contre l'humanité. À l'approche de l'hiver et des pourparlers d'Abou Dhabi, la France et l'Union européenne ne peuvent pas se contenter de prendre acte.

Le constat est d'une grande netteté. Lundi 26 octobre, la Commission d'enquête internationale indépendante sur l'Ukraine, créée en 2022 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, a présenté son rapport à l'Assemblée générale. Ses trois membres, Erik Møse, Pablo de Greiff et Vrinda Grover, concluent que les autorités russes ont commis des crimes de guerre en visant délibérément les infrastructures énergétiques ukrainiennes, et que la répétition de ces attaques, menées dans le cadre d'une politique visant à priver les civils d'électricité, constitue un crime contre l'humanité au titre des « autres actes inhumains ».
Les faits
Selon ONU Info, le rapport s'appuie sur les témoignages de 255 personnes dans neuf régions, complétés par des informations d'autorités, de médecins et d'ONG. Il porte notamment sur l'hiver 2025-2026, quand le thermomètre est descendu jusqu'à moins 21 degrés et que des millions d'Ukrainiens ont été privés pendant de longues périodes de chauffage, d'électricité, de gaz et d'eau. Les commissaires estiment que les commandants russes savaient que les centrales de chauffage visées étaient indispensables aux civils, surtout en hiver.
Les victimes décrites sont d'abord les plus fragiles : personnes âgées, personnes à mobilité réduite, malades dépendant d'appareils médicaux électriques, enfants privés d'école ou tombés malades dans des logements glacés. Une habitante de Kyiv de 74 ans raconte aux enquêteurs être restée couchée, « ayant froid et faim, sans médicaments, sans rien ».
Le même rapport affirme disposer de preuves d'un recours à la traite des êtres humains pour recruter dans l'armée russe des ressortissants de 29 pays, attirés par de fausses offres d'emploi puis envoyés au front. D'après la dépêche de l'agence Belga reprise par La Libre, la majorité de ces recrues ont été tuées, blessées, capturées ou portées disparues.
Surtout, le président de la commission prévient, selon ONU Info, qu'à l'approche du froid les forces russes « ont de nouveau intensifié leurs attaques ». Les attaques se poursuivent : dans la nuit du 26 au 27 octobre, des frappes sur Kyiv ont entraîné des restrictions de circulation sur le pont Sud et coupé en deux une ligne de métro, rapporte le Kyiv Post, qui cite l'administration militaire de la ville.
Les positions en présence
Moscou ne reconnaît pas le mandat de la commission. Selon Euromaidan Press, la mission russe auprès de l'ONU a balayé ses conclusions en évoquant des données « falsifiées ».
On peut objecter, pour défendre ces frappes, que le droit de la guerre admet qu'une infrastructure à double usage puisse être visée sous conditions. Mais ces conditions sont strictes : l'avantage militaire doit être concret, et les dommages aux civils ne doivent pas être excessifs. C'est précisément ce que conteste la commission, qui décrit une stratégie délibérée de privation, pas une suite de frappes ponctuelles.
La commission indique aussi qu'elle a examiné les attaques ukrainiennes contre des installations énergétiques en Russie et dans les territoires occupés. Faute d'accès et de réponse des autorités russes, elle n'a pas pu en évaluer les conséquences, précise ONU Info. Le droit international vaut pour tous, et cette réserve renforce la crédibilité du travail plus qu'elle ne l'affaiblit.
L'analyse : le droit ne doit pas être la variable d'ajustement de la paix
Ce rapport tombe à un moment délicat. Le Kremlin a annoncé des négociations avec l'Ukraine sous médiation américaine, prévues dans la première moitié de novembre à Abou Dhabi, selon l'AFP. Dans le même temps, une trêve locale tient à Olechky, selon la BBC et Reuters cités par la revue Just Security. La tentation sera grande, à Washington comme ailleurs, de ranger les conclusions onusiennes au rayon des obstacles à un accord.
Ce serait une faute. Une paix qui effacerait la question des crimes commis contre des civils ne serait pas durable : elle dirait à tous les agresseurs que priver une population de chauffage est un moyen de pression comme un autre. La tradition gaulliste de la diplomatie française a toujours lié l'indépendance de la France au respect d'un ordre international fondé sur des règles. Défendre la Charte des Nations unies et le droit humanitaire, ce n'est pas de l'idéalisme, c'est la protection des petits États comme des grandes nations.
Il y a aussi une question de solidarité concrète. L'Union européenne affirmait en janvier avoir consacré au moins 3 milliards d'euros à la sécurité énergétique de l'Ukraine, et déployé 447 générateurs de secours, d'après la représentation de la Commission européenne en France. Le ministère ukrainien de l'Énergie indiquait en février que la France s'était engagée à fournir 150 générateurs et 71 millions d'euros pour 2026. Ces efforts comptent, mais ils restent en deçà d'un hiver qui s'ouvre sur une nouvelle intensification des frappes.
Conclusion : faire de l'hiver ukrainien une priorité européenne
La France pourrait porter trois propositions. D'abord, un plan européen d'urgence pour l'hiver, financé en commun, centré sur le chauffage des villes, les hôpitaux et les écoles. Ensuite, un soutien politique et matériel aux mécanismes de justice que la commission appelle de ses vœux, afin que les responsabilités soient établies devant des juridictions indépendantes. Enfin, une exigence claire à Abou Dhabi comme ailleurs : la protection des civils et des infrastructures vitales doit figurer parmi les premiers engagements de toute trêve.
Reste une question que les Européens ne peuvent plus esquiver : s'ils ne sont pas à la table où se décide la paix, comment garantiront-ils que le droit qu'ils invoquent y soit respecté ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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