Venezuela : Machado rentrée d'exil, l'Europe doit garantir une transition qui ne se décide pas qu'à Washington
Prix Nobel de la paix et principale figure de l'opposition, María Corina Machado est rentrée à Caracas dimanche, sous les acclamations de milliers de partisans. Exclue des négociations parrainées par Washington, elle se dit prête à dialoguer avec la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, qui a raillé un « show ».

María Corina Machado est rentrée au Venezuela dimanche 25 octobre, après près d'un an d'exil. Selon RFI, des milliers de partisans l'ont accompagnée sur quelque 400 kilomètres, de Barquisimeto jusqu'à Caracas, où elle est arrivée dans la nuit. Prix Nobel de la paix 2025, principale figure de l'opposition, elle reste pourtant exclue des négociations sur la transition que Washington parraine depuis la capture de Nicolás Maduro par l'armée américaine, en janvier dernier.
Les faits
Comme le rapportent Euronews et l'agence AP, María Corina Machado avait quitté clandestinement le pays en décembre 2025 pour recevoir son prix à Oslo. Selon son parti, Vente Venezuela, elle aurait tenté de rentrer au moins sept fois sans y parvenir. Elle s'est installée au Panama pendant son exil. Son itinéraire de retour n'a pas été rendu public ; des médias proches de l'opposition évoquent un passage par la Colombie, d'après RFI.
Le pays est dirigé par intérim par Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente de Nicolás Maduro, arrivée au pouvoir avec l'appui de Washington. Une partie de l'opposition, menée par Dinorah Figuera, négocie avec elle une refonte des institutions. Selon Reuters, un responsable du département d'État a indiqué lundi que ces discussions devaient aboutir à un nouveau Tribunal suprême de justice d'ici la fin de l'année, puis à un nouveau Conseil national électoral. Aucune date d'élection n'est fixée. Le camp Machado réclame un scrutin présidentiel en 2027 et le droit pour sa dirigeante de s'y présenter, ce qui lui avait été refusé en 2024.
Les positions en présence
Le camp Machado se dit prêt à discuter. Sa porte-parole, Claudia Macero, a affirmé sur Unión Radio que l'opposante était disposée à rencontrer Delcy Rodríguez, avec transparence et un ordre du jour précis. Selon RFI, elle estime qu'aucune transition crédible n'est possible sans elle.
La présidente par intérim a répondu sur un ton plus sec. D'après le quotidien colombien El Tiempo, elle a jugé que ce retour aurait pu éviter le « show », tout en reconnaissant qu'il faudra s'asseoir avec Machado pour trouver des accords en vue d'élections. Diosdado Cabello, ministre de l'Intérieur et chef du parti chaviste, a dit ne pas la craindre, rapporte RFI.
Washington tient une ligne prudente. Selon Reuters, le secrétaire d'État Marco Rubio a estimé que le système électoral vénézuélien avait été conçu pour truquer les scrutins et devait être remplacé avant tout vote valable. Il a ajouté une mise en garde :
Si quelqu'un tente de faire dérailler ce processus, il fait beaucoup de mal au Venezuela — Marco Rubio
Marco Rubio assure avoir demandé aux autorités intérimaires de laisser l'opposante rentrer sans encombre. Donald Trump, lui, a déclaré ne pas avoir été prévenu de ce retour, tout en affirmant que tout se passe très bien au Venezuela, selon Euronews.
L'Union européenne a salué ce retour. Son porte-parole, Anouar El Anouni, y voit, d'après RFI, une « opportunité » d'ouvrir l'espace politique vers des élections libres et équitables.
L'analyse
Il faut reconnaître aux partisans de la méthode américaine un argument sérieux : après la présidentielle de 2024, dont les résultats officiels ont été largement contestés, organiser un vote sans réformer d'abord la justice et l'autorité électorale risquerait de reproduire les mêmes soupçons. Une transition négociée, même imparfaite, peut éviter un effondrement de l'État dans un pays déjà frappé, selon El Tiempo, par un double séisme en juin.
Mais une transition qui écarte la principale figure de l'opposition pose un problème de légitimité. Selon l'AP, citée par Euronews, la répression qui a suivi la présidentielle de 2024 a fait 28 morts et plus de 2 400 détenus. Confier la refonte des institutions à l'ancienne numéro deux du régime, sous le seul arbitrage de Washington, sans calendrier électoral, c'est prendre le risque d'une démocratie sous tutelle.
L'autre ombre au tableau est pétrolière. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées du monde. D'après Euronews, Delcy Rodríguez a ouvert aux États-Unis l'accès à une part importante de son brut et signé des accords avec des groupes étrangers. Reuters relève que des critiques accusent Donald Trump d'une approche néocoloniale. On peut ne pas partager ce mot et s'inquiéter tout de même d'une transition où les contrats semblent avancer plus vite que les urnes.
Pour la France et l'Europe, l'enjeu dépasse l'Amérique latine. Le droit international et la souveraineté des peuples ne sont pas des principes à géométrie variable : on ne peut les invoquer en Ukraine et s'en désintéresser à Caracas. L'Europe compte en outre une importante diaspora vénézuélienne, notamment en Espagne, et a tout intérêt à une stabilisation durable plutôt qu'à un simple partage des ressources.
Conclusion
La tradition gaulliste a toujours défendu une diplomatie indépendante, capable de parler à tous sans s'aligner sur personne. C'est le moment de l'appliquer. La France pourrait proposer, avec ses partenaires européens, que l'Union se porte garante d'un calendrier électoral public et d'une observation indépendante du futur scrutin, en lien avec l'ONU. Une question reste ouverte : Washington acceptera-t-il qu'un vote libre puisse donner un résultat qui ne lui convienne pas ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
À lire aussi
Photo : Vinnytsia Oblast State Administration, CC BY 4.0, via Wikimedia CommonsÀ Oslo, l'Europe tente de garder l'Ukraine à la table face au virage de Trump
Volodymyr Zelensky a entamé ce mardi en Norvège des discussions avec l'émissaire américain Steve Witkoff, en présence de représentants européens, avant un possible déplacement de ce dernier à Moscou. Entre l'accord sur le diesel russe et des missiles payés par les Européens mais bloqués à Washington, la rencontre révèle surtout la dépendance stratégique de l'Europe.
La Rédaction LSR · 20 octobre 2026 · 4 min
Alberta : les trois quarts disent non à la sécession, une leçon pour l'Europe
Les électeurs de l'Alberta ont largement refusé, lundi 19 octobre, d'engager leur province sur la voie de la séparation, malgré les encouragements venus de l'entourage de Donald Trump. À dix jours d'un sommet entre l'Union européenne et le Canada, ce vote rappelle que l'unité d'un pays allié est aussi un enjeu européen.
La Rédaction LSR · 20 octobre 2026 · 5 min
Roumanie : un gouvernement enfin, mais un sursis de six mois face à l'extrême droite
Après plus de cinq mois de crise, le Parlement roumain a investi mardi le gouvernement minoritaire du diplomate pro-européen Luca Niculescu. Ce répit fragile, sous la pression de l'un des plus lourds déficits de l'Union et d'une extrême droite en tête des sondages, concerne directement la France et l'Europe.
La Rédaction LSR · 21 octobre 2026 · 4 min
