Hongrie, 70 ans après 1956 : Magyar renoue avec l'Europe, l'État de droit passe son vrai test
À Budapest, Péter Magyar a fait de l'anniversaire de l'insurrection de 1956 le symbole du retour de la Hongrie en Europe, en l'absence remarquée d'Emmanuel Macron. Dans le même temps, l'arrestation de l'ancien gouverneur de la banque centrale György Matolcsy ouvre l'heure des comptes, qui devra respecter le droit autant qu'elle exige la justice.

Le 23 octobre 1956, des étudiants de Budapest réclamaient des élections libres, la liberté de la presse et le départ des troupes soviétiques. Soixante-dix ans plus tard, jour pour jour, la Hongrie de Péter Magyar a choisi cet anniversaire pour signifier son retour dans le giron européen. Dans la même semaine, la justice hongroise plaçait en détention l'un des piliers économiques de l'ère Orbán. Deux images d'un même pays, qui disent beaucoup de ce que l'Europe attend de Budapest, et de ce qu'elle doit exiger d'elle-même.
Les faits
Selon l'agence AP, reprise par ABC News, Péter Magyar s'est adressé vendredi à des dizaines de milliers de personnes réunies place Kossuth, devant le Parlement. Il a salué les insurgés de 1956, tombés pour une Hongrie démocratique et indépendante, et lancé une phrase que chacun a comprise comme visant son prédécesseur : le pouvoir d'un dirigeant ne doit jamais compter davantage que la liberté de son pays. Il a aussi affirmé que la Hongrie ne pouvait pas éternellement hésiter entre l'Est et l'Ouest.
À ses côtés, Ursula von der Leyen et António Costa. La présidente de la Commission a salué, toujours selon AP, le « nouveau chapitre » ouvert par les électeurs hongrois il y a six mois. C'est sa première visite en Hongrie depuis 2024, rappelle Euronews.
La cérémonie a pourtant eu un goût d'inachevé. D'après Euronews, une quarantaine de pays avaient envoyé une délégation, mais la plupart des États membres n'étaient représentés que par des ministres ou des présidents d'assemblée. Des invitations parties tardivement, en septembre, expliqueraient en partie ces absences. Emmanuel Macron, dont Péter Magyar avait annoncé la venue, n'est pas venu : l'ambassade de France a précisé que la visite n'avait jamais été confirmée. Euronews relie ce rendez-vous manqué à un message publié par le Premier ministre hongrois, qui associait les violences survenues en France à l'immigration. Le 21 octobre, depuis Doha, le président de la République a dénoncé, sans nommer personne selon l'édition française d'Euronews, des commentaires « inacceptables autant que stupides » de dirigeants étrangers.
Le même jour, la police hongroise interpellait György Matolcsy, ministre de l'Économie de Viktor Orbán de 2010 à 2013 puis gouverneur de la banque centrale jusqu'en 2025. Selon l'agence Xinhua, un tribunal de Budapest a ordonné vendredi son placement en détention pour un mois. Son avocat a indiqué au média Telex, cité par AP, qu'il est soupçonné de fraude économique ayant causé un préjudice important et d'usage de faux. L'enquête porterait sur les fondations de la banque centrale et sur la rénovation de son siège. György Matolcsy conteste toute faute et reste présumé innocent.
Quant à Viktor Orbán, il n'était pas à Budapest le jour de la fête nationale. Le site hongrois Index l'a retrouvé à Paris, où il a déclaré être en vacances avec sa petite-fille et réserver ses commentaires à son retour.
Les positions en présence
Pour le gouvernement Magyar, la séquence est cohérente. Selon AP, ses réformes ont permis de débloquer 16,4 milliards d'euros de fonds européens gelés sous Orbán. La RTBF rappelle que la Russie est désormais officiellement désignée comme une menace pour la sécurité du pays, et Euronews que Budapest a accepté l'ouverture de quatre chapitres de négociation dans l'adhésion de l'Ukraine. La lutte contre la corruption, menée notamment par un nouvel office de recouvrement des avoirs créé en juillet, serait la condition de ce redressement.
Du côté du Fidesz, désormais dans l'opposition, on fait bloc. Le parti a tenu sa propre commémoration, où a été lue la lettre d'un ancien ministre aujourd'hui emprisonné, rapporte Index. Viktor Orbán, lui, a renvoyé à plus tard tout commentaire sur l'arrestation de son ancien ministre. Une inquiétude, pourtant, mérite d'être entendue au-delà de ce camp : qu'une majorité des deux tiers, hier au service d'un camp, serve aujourd'hui l'autre. Six mois après la défaite d'Orbán, la société hongroise reste profondément divisée, souligne Le Monde.
L'analyse
Il serait trop simple de célébrer sans réserve. L'Europe a reproché à Viktor Orbán d'avoir plié les institutions à sa volonté. Elle serait mal placée pour applaudir si le nouveau pouvoir faisait de même dans l'autre sens. Une « super-autorité » capable de mobiliser police, parquet et administration fiscale, selon les mots mêmes de Péter Magyar rapportés par AP, peut être un outil précieux. Elle peut aussi devenir une arme. Tout dépendra des garanties : contrôle des juges, droits de la défense, transparence des procédures.
Mais l'exigence de justice n'est pas la vengeance. Rendre des comptes sur l'usage de l'argent public, national comme européen, est la base même d'un État qui se respecte. Les contribuables hongrois, et ceux de l'Union, ont le droit de savoir ce que sont devenues les sommes confiées aux fondations de la banque centrale.
Reste la France. Notre diplomatie a raison de ne pas laisser passer un amalgame entre troubles intérieurs et immigration, d'où qu'il vienne. Mais un désaccord de mots ne doit pas faire oublier l'essentiel : une Hongrie qui tourne le dos à Moscou et rejoint le camp du droit est une chance pour l'Europe. Le général de Gaulle savait distinguer les humeurs des dirigeants de l'intérêt des nations.
Conclusion
La France a manqué un rendez-vous symbolique. Elle peut se rattraper sur le fond. Pourquoi ne pas proposer, avec ses partenaires, que le versement des fonds européens à Budapest s'accompagne d'un suivi indépendant des enquêtes anticorruption, pour garantir à la fois l'efficacité et l'équité des procédures ? Ce serait rendre hommage aux insurgés de 1956, qui ne réclamaient pas un nouveau maître, mais des institutions libres.
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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