Iran : le baril à 117 dollars et la menace de nouvelles frappes, l'Europe doit peser avant le 3 novembre
Pétrole au plus haut, ambassades américaines allégées, menaces croisées entre Washington et Téhéran : la guerre d'Iran menace de repartir. À Istanbul, la France et sept autres pays ont plaidé pour la retenue, encore faut-il que cette voix pèse.

Huit mois après le début de la guerre, le 28 février, l'Iran et les États-Unis semblent à nouveau au bord d'une escalade majeure. Le pétrole s'envole, les chancelleries se vident et Washington évoque ouvertement de nouvelles frappes. Dans ce contexte, la réunion d'Istanbul du 23 octobre, à laquelle participait la France, mérite plus d'attention qu'elle n'en a reçu.
Les faits
Selon CBS News, le baril de Brent a dépassé 117 dollars jeudi 23 octobre, son plus haut niveau depuis le printemps, alors qu'il était sous les 97 dollars début octobre. Cette flambée suit les annonces des Gardiens de la révolution, qui affirment avoir touché sept pétroliers dans le détroit d'Ormuz ou à ses abords, d'après Al Jazeera. Quelques jours plus tôt, Reuters rapportait que deux pétroliers avaient pris feu au sud du détroit après avoir heurté des mines. Ces revendications iraniennes n'ont pas toutes été vérifiées de manière indépendante, et Donald Trump accuse Téhéran d'exagérer ces attaques pour faire monter les prix avant les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre.
Côté américain, le département d'État a annoncé une réduction de ses effectifs dans les ambassades en Jordanie, au Liban, au Qatar et aux Émirats arabes unis, qui restent ouvertes, selon CBS News et l'agence AP. Le directeur du renseignement national, Jay Clayton, a averti dans une note que l'Iran aurait nettement accru ses efforts pour viser du personnel américain à l'étranger. L'ambassadeur américain en Turquie, Tom Barrack, a jugé possible une frappe dès ce week-end, tout en assurant que le président restait ouvert à un accord.
Pourrait-il y avoir une frappe ce week-end ? Absolument. — Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie
Téhéran a répondu sur le même ton. Le chef d'état-major des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, a affirmé samedi que les navires de guerre américains ne seraient jamais autorisés à revenir dans le golfe Persique, comme le rapportent Al Jazeera et CBS News. Dans le même temps, les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran, multiplient les tirs contre l'Arabie saoudite, dont Riyad, selon l'AFP.
Istanbul, une diplomatie à huit
Vendredi 23 octobre, les ministres des Affaires étrangères de huit pays se sont réunis à Istanbul à l'initiative de la Turquie : la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie d'un côté, la Turquie, l'Arabie saoudite, le Pakistan et l'Égypte de l'autre. Ni Washington ni Téhéran n'y participaient. Selon l'AFP, les huit pays ont appelé les belligérants à cesser les hostilités et à faire preuve de la plus grande retenue, et ont décidé de se retrouver régulièrement dans un format informel.
Le ministre turc Hakan Fidan a résumé la position commune, selon Al Jazeera :
L'intervention militaire en Iran n'est en aucun cas une solution. — Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères
Pour la France, Jean-Noël Barrot a estimé, d'après l'AFP, qu'une nouvelle escalade entre l'Iran et les États-Unis ne ferait que des perdants et pèserait lourdement sur les prix des hydrocarbures. L'Italien Antonio Tajani a plaidé pour le dialogue afin de rouvrir le détroit d'Ormuz.
Les arguments en présence
Il faut entendre loyalement ceux qui défendent la manière forte. À Washington comme à Jérusalem, où Benyamin Netanyahou affronte des élections le 27 octobre, on soutient que seule une pression militaire maximale forcera Téhéran à négocier et que le régime iranien, qui frappe la navigation civile et menacerait des diplomates, ne comprend que le rapport de force. L'Allemagne elle-même, par la voix de Johann Wadephul, tient l'Iran et les Houthis pour responsables de l'instabilité, rapporte Al Jazeera. Ces griefs sont sérieux : les attaques contre des navires marchands et la marée noire signalée au large des Émirats violent le droit de la mer et menacent des populations qui n'ont rien demandé.
Mais l'expérience des huit derniers mois plaide dans l'autre sens. Les frappes de février n'ont pas fait tomber le régime, le cessez-le-feu négocié par le Pakistan au printemps puis le mémorandum d'Islamabad signé en juin n'ont pas tenu, et le détroit d'Ormuz reste largement entravé. Côté iranien, l'ambassadeur à Islamabad affirme, selon AP, que Téhéran reste ouvert à des discussions dans ce cadre. Chaque nouvelle séquence militaire a durci les positions au lieu de les rapprocher.
Ce que la France a à perdre
Pour la France et l'Europe, cette guerre n'est pas lointaine. Elle se lit à la pompe : le prix moyen du gazole dans l'Union européenne a atteint un record de 2,24 euros le litre début octobre, selon une compilation des données nationales relayée par Boursorama. Elle se lit aussi dans la rue, où la colère contre la vie chère mobilise depuis plusieurs semaines. Une nouvelle flambée du baril frapperait d'abord les ménages modestes, les ruraux qui dépendent de leur voiture, les artisans et les agriculteurs.
Il y a là une leçon gaullienne à méditer. La France n'a jamais été aussi utile au monde que lorsqu'elle a su parler à tous et dire non quand il le fallait, comme en 2003 face à l'aventure irakienne. Le format d'Istanbul, qui associe Européens et puissances régionales sans les États-Unis, va dans ce sens. Il ne vaudra pourtant que s'il débouche sur des propositions concrètes : une mission européenne de protection de la navigation civile sous mandat clair, un mécanisme de garanties pour rouvrir Ormuz en échange d'un allègement du blocus, et une parole commune adressée à Washington avant le 3 novembre.
Une question ouverte
La retenue réclamée à Istanbul suffira-t-elle si les Européens ne pèsent pas davantage ? Le droit international, la sécurité des marins et le pouvoir d'achat des Français plaident pour une Europe qui ose porter une initiative diplomatique propre, plutôt que d'attendre, une fois encore, de subir les décisions prises ailleurs.
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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